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Bernard Pardo : « L’Olympique de Marseille est le club qui m’a le plus marqué »

20/05/2020 à 13:01

Bordeaux, Marseille, Paris, Saint-Etienne... Bernard Pardo a porté les couleurs des plus grands clubs de l'hexagone. À 59 ans, l'ancien milieu défensif de l'équipe de France jette un coup d’œil dans le rétroviseur pour Actufoot !

Bernard, pour commencer, que devenez-vous depuis la fin de votre carrière de footballeur ?

Je suis rentré à Gardanne dans mon village natal. J’ai un bar avec mon frère depuis 20 ans et je suis conseiller municipal à la mairie.

L’Olympique de Marseille vient de perdre successivement Michel Hidalgo et Pape Diouf. Deux grosses pertes pour le peuple marseillais et le football français…

Oui, de grands bonhommes, des mecs adorables, des mecs compétents. Des hommes que j’ai eu la chance de côtoyer. J’espère qu’à la fin du confinement, ils auront un bel hommage à la hauteur de ce qu’ils méritent !

Vous avez commencé le football à l’US Gardanne, le club de votre père. C’était votre volonté ?

J’étais Gardannais et c’était le seul club dans mon village à l’époque. Tous mes petits copains jouaient au football.

« Une période d’acclimations dans le Nord et le Pas-de-Calais »

Vous avez ensuite joué pour l’US Boulogne, le Lille OSC et puis le Brest Armorique FC, où vous allez vous faire remarquer. Racontez-nous cette épopée dans le Finistère et ce titre en D2…

J’ai eu une période d’acclimations dans le Nord et dans le Pas-de-Calais, je m’étais mis un peu au climat de la région. Dès la première année à Brest, nous avons été champions. Il y avait deux groupes (A et B). Montpellier avait terminé champion dans l’autre groupe, et on avait gagné à Montpellier et à Brest. On avait une très belle équipe, elle venait de descendre et l’objectif du club était de remonter tout de suite.

De grosses performances vous permettent d’être appelé en équipe de France. Une grosse fierté de porter ce maillot ?

C’est l’aboutissement pour un joueur professionnel de porter les couleurs de son pays, c’est extraordinaire !

Vous partez au bout de cinq ans à l’AS Saint-Etienne avec une montée encore…

Oui, on monte en première division, on a joué le titre de champion de France contre le Racing de France.

Puis, retour finalement dans le Sud, à Toulon pour 3 trois saisons…

Ma mère avait des problèmes de santé, elle devait se faire opérer. Mon frère était très jeune, je n’avais plus mon père. J’ai demandé aux dirigeants de Saint-Etienne de me laisser partir, de rejoindre le Sud et être au plus près de ma famille. Le président Laurent m’avait dit à l’époque : « on a beaucoup investi sur toi, il faut attendre que quelqu’un rachète ton contrat ». Toulon l’a fait et ça m’a permis de me rapprocher de ma famille.

« Toulon ? On avait une bonne équipe mais pas une grosse équipe »

Quelle était la force de Toulon à l’époque ?

C’était notre solidarité, on avait une bonne équipe mais pas une grosse équipe. Défensivement, on était costaud. D’ailleurs, si on a été la meilleure défense du championnat avec Toulon, ce n’est pas pour rien. Malheureusement, nous étions en perte d’attaquants et le budget ne nous permettait pas d’investir sur eux. La pression était forte à Mayol, stade relativement petit, avec beaucoup de supporters : le stade était chaud ! Le rugby avait été champion aussi à cette époque et l’ambiance dans la ville était très chaude.

Vous allez ensuite connaître les trois plus grands clubs de l’époque : Bordeaux, Marseille et Paris Saint-Germain. Un beau parcours ?

C’est sûr, pour un footballeur professionnel de pouvoir jouer dans les plus grands clubs du moment et parachever par l’équipe de France, je le souhaite à tous les jeunes joueurs qui commencent. C’est quelque chose d’extraordinaire à vivre !

Quel club vous a le plus marqué ?

C’est l’Olympique de Marseille, c’est le club où mon père m’emmenait voir les matches quand j’étais petit. C’est le club de ma maison, c’était l’aboutissement pour moi de signer à l’OM. Après j’ai pris plaisir dans tous les clubs que j’ai connu.

Et quel président vous a le plus marqué ?

Il y en a deux : Claude Bez et Bernard Tapie, deux personnages. Mais, il y en a eu d’autres : François Yvinec à Brest ou encore Charles Biétry et Michel Denisot au PSG. Ils étaient aussi de grands bonhommes.

Avez-vous une anecdote à nous raconter ?

C’était à l’époque de Franz Beckenbauer à l’OM (1990-1991). Il avait plu la veille, le gardien du stade ne voulait pas nous laisser nous entraîner et Beckenbauer n’avait jamais vu ça. Il se demandait ce qui arrivait !

Aujourd’hui, suivez-vous toujours l’actualité de vos anciens clubs ?

Oui, je suis récemment monté à Brest pour donner le coup d’envoi lors du match pour la montée contre Lens. Toulon en National, je les vois un peu. Et je vais régulièrement voir l’OM. Je suis invité à tous les matches.

Bernard Pardo

Que manque-t-il à l’OM et à Bordeaux pour revenir au niveau du PSG ?

Il manque des finances. Il manque les Qataris. Financièrement, le PSG est au-dessus de tout le monde. Si les Qataris prennent Lyon, Marseille, ça sera la même. Le PSG domine le championnat français mais depuis certaines années il aurait dû passer le cap des 1/8èmes de finale de la Ligue des Champions. À part cette saison, mais malheureusement pour eux il y a eu le covid-19.

Vous avez connu Michel Platini avec l’équipe de France. Il était comment comme sélectionneur ?

Il était très proche, il parlait beaucoup, ça ne faisait pas longtemps qu’il avait quitté les terrains. Il s’entraînait souvent avec nous.

Des blessures et de graves problèmes physiques vous obligent à arrêter le football. Avez-vous eu de l’amertume ?

Non, je crois qu’il ne faut pas avoir d’amertume. Il y a des joueurs qui ne sont jamais blessés et font des plus grosses carrières que d’autres. J’ai été blessé à deux moments clefs : en fin de contrat à Brest et juste avant le 1/14 de finale retour de Ligue des Champions contre le Milan AC. Deux périodes charnières où j’avais l’occasion de partir à l’étranger (à Neuchâtel, Naples ou l’Atlético Madrid). Ce sont les aléas du football.

De quoi êtes-vous le plus fier dans votre carrière ?

De l’ensemble, d’avoir joué dans tous ces clubs, d’avoir tout donné. Et puis l’aboutissement, c’est l’équipe de France.

« Le football amateur s’en sortira »

Dans le championnat français actuel qui ressemble à Bernard Pardo ?

Il n’y en pas des masses, mon physique était particulier. Moi, je parlais beaucoup sur les terrains, je faisais beaucoup de kilomètres. Maintenant, ce sont des joueurs stéréotypés, c’est tristounet quelques fois.

Didier Deschamps avait-il votre profil ?

Il a joué à côté de moi, je l’ai guidé dans ses premiers pas. C’était un gars très doué, il n’a jamais connu de blessures. Il a fait une carrière incroyable et il le mérite. C’est un très gentil garçon.

Avec la crise sanitaire actuelle, le football dans son ensemble et le foot amateur vont-ils s’en sortir ?

Il n’y a pas trop d’enjeu pour le football amateur, il s’en sortira… Le plus dramatique va être pour l’entre-deux. À partir du National 1, Ligue 2, Ligue 1, ça va être problématique sur le plan financier. Des clubs avaient vachement investi pour monter et vont se retrouver le bec dans l’eau. Ça va être compliqué. Il va y avoir quelques séquelles.

Propos recueillis par Farid Rouas.

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