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Walid Tebane, du foot amateur au toit du monde

21/02/2020 à 20:38

Quel meilleur moyen d’entrer dans le monde du efoot que d’en rencontrer l’une des légendes ? Originaire de Colombes, Walid Tebane, alias « US MAKABYLE 92 » est tout simplement le meilleur joueur de l’histoire du jeu PES édité par Konami ! Triple champion du monde, vainqueur de la première saison de l’efootball Pro et actuel leader de la deuxième sous les couleurs de l’AS Monaco Esports, Walid nous a accordé un long entretien avant d’affronter le FC Barcelone ce samedi dans la capitale catalane.

Avant de marquer des buts sur PES, tu étais plutôt du genre à les arrêter sur le terrain. Tu peux nous en dire plus sur ton parcours footballistique ?

Comme tu le dis, j’étais gardien de but et j’ai joué pendant 18/19 ans sans discontinuer. J’ai commencé au Racing 92, j’y suis resté jusqu’en U17, puis j’ai rejoint l’ES Colombienne. Nous étions en DSR, l’équivalent actuel de la R2. Puis entre des problèmes de genou et mon activité efoot c’est devenu compliqué. Mais ça me manque et j’ai envie de reprendre. Il va d’abord falloir que je me remette physiquement, car le niveau régional ça commence à être exigeant, surtout en région parisienne. La R2/R1 à Paris, c’est proche du niveau N3 voire N2.

« J’essayais juste de battre mon frère qui était plus âgé que moi. Je gagnais assez souvent, mais je n’avais pas un talent incroyable. »

Tu te souviens de ton tout premier jeu de foot sur console ?

ISS Deluxe sur Nintendo 64 à la fin des années 90, j’avais 4/5 ans, impossible d’oublier ! Ensuite j’ai aussi eu FIFA 99. Pendant plusieurs années je n’ai joué qu’à ces deux jeux, puis j’en ai testé d’autres, jusqu’à l’arrivée de la PlayStation 2 vers 2002/2003. À ce moment-là ISS était devenu PES et avait clairement pris le dessus sur FIFA. Quand j’ai découvert PES 2003 j’ai pris une claque. On a tous pris une claque en découvrant ce jeu !

Tu ne devais pas t’imaginer que tu serais un jour triple champion du monde sur PES…

Ah non… J’essayais juste de battre mon frère qui était plus âgé que moi. Je gagnais assez souvent, mais je n’avais pas un talent incroyable. Et puis gamin, j’étais plus à fond dans le foot que sur la console, même si j’aimais beaucoup ça. Je jouais en famille, avec mon frère, mes cousins, avec mes amis ou mes collègues du foot. Quand on partait faire un tournoi en province ou à l’étranger, il y en avait toujours un qui amenait sa console. Je n’étais pas tant à fond que cela. D’ailleurs entre 2010 et 2014 je n’avais même plus de console. Je ne jouais que quand j’allais voir mon frère en Algérie pendant les vacances.

« En 2014 je me suis blessé au genou. Comme je ne pouvais plus faire de foot, je me suis acheté une console avec mes primes de matchs. »

Pourtant en 2015 tu es champion du monde PES pour la première fois…

Oui c’est allé super vite. En fait, en 2014 je me suis blessé au genou. Comme je ne pouvais plus faire de foot, je me suis acheté une console avec mes primes de matchs. Lors des vacances précédentes en Algérie, avec mon frère nous étions allés dans un cyber café dédié aux jeux vidéo. On y faisait des matchs sur PES et le perdant devant payer la partie. Moi je ne payais pas souvent. Du coup, quand j’ai acheté la console, j’ai acheté PES 2014, mais le jeu ne me plaisait pas. J’y ai joué une semaine, puis je me suis mis à GTA. L’année d’après PES 2015 est sorti et était beaucoup mieux. Je voulais voir ce que je valais et c’est là que l’envie de compétition est venue.

Sauf qu’à cette époque, FIFA avait clairement pris le dessus…

Clairement et je me sentais un peu seul (il sourit). Un jour à l’entraînement je propose à des potes de me défier sur PES, les mecs se sont foutus de ma gueule. Il n’y avait que FIFA qui valait le coup à leurs yeux. Pire, j’entraînais les U10 à l’ES Colombienne à cette époque, et un jour je fais la même proposition aux jeunes. Ils ne connaissaient même pas le jeu !

« J’avais ce côté compétiteur depuis tout petit. Tu joues un match, tu donnes ta vie, c’était notre état d’esprit à l’ES Colombienne. »

Pourtant tu as persisté sur PES. Pour quelle raison ?

J’ai persisté parce que j’avais envie de faire des compétitions, que j’avais un bon niveau sur PES et que malgré tout ce jeu permettait de faire pas mal de tournois. J’avais ce côté compétiteur depuis tout petit. Tu joues un match, tu donnes ta vie, c’était notre état d’esprit à l’ES Colombienne. Peu importe la manière, il fallait qu’on gagne. J’avais le même mental pour le efoot ! Aujourd’hui encore, quand je dois tenir le score, je suis capable de défendre tout un match, je ne lâche rien. Ça me vient de la Colombienne cette envie.

En janvier 2015, tu disputes ton premier tournoi sur PES 2015. Je te laisse raconter la suite…

Lors de ce tournoi, je perds en 8e de finale. Puis j’en fais un deuxième à Charléty et je reperds en 8e. Le tournoi d’après je fais une finale, je commence vraiment à progresser et à m’entraîner sérieusement. Fin mai 2015 je suis champion de France et je me qualifie pour le championnat du monde qui se joue à Berlin, en même temps que la finale de la Ligue des Champions entre le Barça et la Juve. Personne ne me connaissait et j’ai su profiter de l’effet de surprise pour gagner. Tout est allé très vite, en cinq mois tout a changé et une nouvelle vie a commencé pour moi.

« Je commençais à sacrifier les entraînements et j’avais honte de dire que c’était pour jouer à PES. »

Tu arrivais encore à concilier foot et efoot ?

Les mois qui ont précédé le titre de 2015 ont été difficiles. On jouait le maintien en DSR, mais je commençais à sacrifier les entraînements et j’avais honte de dire que c’était pour jouer à PES. Les gars ne comprenaient pas trop, je faisais des erreurs inhabituelles et finalement nous sommes descendus. Mais en 2015-2016, je me suis rattrapé. J’en ai parlé à mon coach, c’était plus naturel et tout s’est beaucoup mieux passé. Et puis un titre de champion du monde ça plante bien le décor. Là les gars commençaient même à me demander quelques conseils sur PES (il sourit). J’avais une meilleure approche et j’ai réussi à atteindre mes objectifs au foot comme au efoot, car nous sommes remontés et j’ai remporté mon deuxième titre de champion du monde sur PES 2016.

Que retiens-tu de ce deuxième titre remporté à Milan le 28 mai 2016 ?

C’était également le jour de la finale de la Ligue des Champions, avec un Real – Atlético à l’affiche. Quelques temps auparavant j’avais perdu en quart de finale du championnat de France, mais avec mon titre de 2015 j’étais qualifié d’office pour les championnats du monde et mon seul objectif c’était le doublé. La finale avait lieu en ville dans une fan zone qui était remplie de supporters. Je jouais contre un Brésilien et le public avait un peu pris cause pour lui car il était plus jeune que moi. Il y avait un bel engouement et j’ai gagné 4-3.

« J’avais l’impression de vivre la vie d’un vrai joueur de foot. Tout ce que je n’avais pas pu réaliser dans le foot, je le vivais dans le efoot. »

En 2016, tu es double champion du monde sur PES. Tu arrives à en vivre ?

À l’époque pour vivre de PES, il fallait gagner la coupe du Monde pour avoir un beau cash prize. En 2015 j’ai gagné 15 000 € en étant champion du monde, sans compter les cash prizes plus modestes que j’ai accumulé dans les tournois. C’était plus les mêmes primes de match qu’au vrai foot, mais ce n’était pas non plus du professionnalisme à 100%. Malgré tout j’avais l’impression de vivre la vie d’un vrai joueur de foot. Tout ce que je n’avais pas pu réaliser dans le foot, je le vivais dans le efoot. De grandes compétitions, des rencontres exceptionnelles, des voyages que je n’aurais jamais pu faire autrement…

En 2017 tu as quitté la franchise PES pour tenter ta chance sur FIFA. Avec quelles motivations ?

année-là, Konami, qui est l’éditeur de PES, décide de multiplier les cash prizes de ses compétitions officielles par dix. Désormais 150 000 € sont promis au vainqueur, sauf que le système change aussi, avec un mode de qualification online qui permet des arrangements entre joueurs, plus de championnat de France et plus de qualification automatique du champion du Monde sortant comme cela existait pourtant depuis 15 ans… Il devient alors quasiment impossible de se qualifier. Du coup c’est tendu avec Konami et dans le même temps L’Équipe 21 m’invite pour disputer un tournoi sur FIFA, sur lequel je termine 8e. J’ai quand même tenté de me qualifier sur le nouveau mode PES, mais je n’y suis pas parvenu. Du coup, j’ai décidé de me lancer sur FIFA.

« Mon esprit compétiteur et l’opportunité de vivre vraiment de l’efoot comme un joueur professionnel m’ont convaincu de revenir sur PES avec Monaco. »

Malgré tout, cela ne sera qu’un intermède…

En 2017 je ne fais pas une grosse année sur FIFA. Il y a beaucoup de tournois, mais je suis tout de même vice-champion d’Europe lors d’un tournoi organisé par Playstation. En 2018 je me mets à 100% sur FIFA, j’atteints la finale de l’eLigue 1 sur PS4 en représentant Dijon FCO, mais je reste à la porte de la grande finale qui réunissait les vainqueurs des saisons 1 et 2. C’est le seul tournoi où j’ai perdu à armes égales sur FIFA. Car le problème sur ce jeu c’est que pour être compétitif pour les grands tournois, il faut mettre minimum 4000 à 5000 € dans le jeu pour faire son équipe, tu es obligé d’avoir un sponsor. Du coup autant faire du poker !

Et tu es finalement revenu vers PES en 2019, sous les couleurs de l’AS Monaco Esports…

Sur le deuxième semestre 2018, je me pose des questions. À l’époque j’évolue dans un structure semi-pro, Neo Esports, mais je décide de quitter la structure pour tenter de signer un plus gros projet sur FIFA. En juillet 2018, Jérémy Girardot, qui est alors manager de l’AS Monaco Esports, me contacte pour un projet sur FIFA. Finalement il revient vers moi vers la fin du mois d’août avec un projet sur PES. Il me parle de l’efootball Pro créée par Gérard Piqué, me propose de représenter l’AS Monaco Esports contre d’autres clubs professionnels. Mon esprit compétiteur et l’opportunité de vivre vraiment de l’efoot comme un joueur professionnel m’ont convaincu de revenir sur PES avec Monaco.

« Ce jour-là j’arrive en finale de la finale et je joue un Italien. Le gars est tenant du titre et avait déjà gagné en 2011 alors qu’il n’avait que 13 ans ! »

Tu n’as pas eu à regretter ton choix. Peux-tu nous raconter cette exceptionnelle saison 2019 ?

L’efootball Pro se joue alors en duo. Je suis donc associé à Lotfi Deradji, que j’avais côtoyé chez Neo. On a fait 3e de la saison régulière d’un championnat à six clubs avec Nantes, le Celtic, Boavista, Schalke et le Barça, mais ensuite nous avons gagné les play-off. À côté, alors que PES a rechangé le mode de qualification pour le championnat de monde, je refais les qualif’ « 1 contre 1 ». Lotfi me bat en finale du championnat de France, mais l’essentiel est alors la qualification pour le championnat d’Europe qui se déroule à Porto. Là-bas je bats Lotfi en quart de finale, remporte le titre européen et me qualifie pour le championnat du monde.

Et puis vient la finale mondiale à l’Emirates Stadium d’Arsenal de Londres ce 1er juillet 2019, sur laquelle tu remportes ton troisième sacre planétaire dans une ambiance survoltée…

Voilà… J’atteints la finale pour la troisième fois et je joue un Italien. Le gars est tenant du titre et avait déjà gagné en 2011 alors qu’il n’avait que 13 ans ! Du coup cette finale a un goût un peu particulier car c’est vraiment le match qui doit désigner le meilleur joueur de l’histoire de PES. En 2015 et 2016 il n’avait pas été qualifié. En 2017 il avait perdu en finale contre un Brésilien. C’était le match au sommet et c’était super tendu ! Cet Italien est connu pour son impertinence et sur le chemin de la finale il a eu quelques soucis avec la délégation brésilienne. Du coup, contrairement à 2016 le public est à 100% derrière moi et je dois même appeler au calme pendant le match !

« Le système fait en sorte de pondérer les notes des joueurs… sinon vous imaginez bien que le Barça serait largement devant avec Messi, Griezmann et Suarez. »

Comme en 2016, tu l’emportes 4-3…

Et comme en 2016 je suis quasiment toujours mené au score, mais je reviens à chaque fois dans la partie. En fait, toutes mes finales ont été un peu comme ça. Autant dans les qualif’ je me sens toujours très fort, j’ai toujours du mal à entrer dans une finale. Mais bon, je le sais et je ne lâche jamais. À Londres comme à Milan c’est ce qui m’a permis de gagner.

Question classique, lequel des trois titres mondiaux était le plus fort ?

Les trois étaient forts, mais le troisième symbolise beaucoup de choses, j’avais mal pris la situation en 2017, donc revenir en 2019 dans ce contexte je pouvais pas rêver mieux.

Cette saison l’efootball Pro est clairement montée d’un cran avec les arrivées de clubs comme la Juventus, MU, le Bayern et Arsenal. De plus les matchs se jouent désormais en 3×3. Cela ne vous empêche pas d’être leaders après quatre journées. Peux-tu nous en dire plus sur la compétition ?

C’est donc du 3×3, tous les matchs se déroulent à Barcelone au rythme d’une journée tous les quinze jours avec à chaque fois deux matchs de 10 minutes. Le système fait en sorte de pondérer les notes des joueurs sans pour autant lisser leurs qualités de base, ce qui permet à chaque club de jouer avec ses propres joueurs tout en ayant des équipes équilibrées. Cela rend la compétition équitable, sinon vous imaginez bien que le Barça serait largement devant avec Messi, Griezmann et Suarez. Et c’est vrai que pour l’instant cela se passe plutôt bien car nous sommes leaders et toujours invaincus, même si nous avons connu un coup d’arrêt en faisant deux nuls contre le Celtic lors de la dernière journée.

« À deux ou trois, il faut beaucoup parler, beaucoup se coordonner. Il faut aussi accepter qu’il y ait un leader et deux suiveurs. »

Ce samedi, c’est un duel contre le Barça qui vous attend. Ça doit faire bizarre de dire à ses potes « non pas samedi j’ai un match contre le Barça »…

C’est vrai. Quand je suis avec des amis et qu’avec nous des personnes que je ne connais pas trop m’entendent dire que je vais à Barcelone pour jouer contre le Barça, il y a souvent une petite incompréhension (il sourit). Mais bon, FC Barcelone ou pas, nous y allons pour gagner. On va aborder le match comme nous avons l’habitude de le faire. Nous savons que nous sommes meilleurs que la plupart des équipes, maintenant ce n’est pas facile de reproduire en match ce que nous réalisons à l’entraînement.

On imagine que le 3×3 c’est radicalement différent du 1×1…

C’est presque un autre sport. À deux ou trois, il faut beaucoup parler, beaucoup se coordonner. Il faut aussi accepter qu’il y ait un leader et deux suiveurs. Il faut une philosophie de jeu, et surtout il faut que deux joueurs acceptent d’en suivre une qui n’est pas à 100% la leur, car chacun à sa personnalité et ses qualités. Et parfois ce n’est pas simple de suivre le jeu d’un autre.

« Ronaldinho c’est fou ! On a passé un super moment chez lui à l’occasion d’un séjour promotionnel au Brésil. »

Cette saison, Kylian Faucheux vous a donc rejoint toi et Lotfi afin de former le trio. Comment ça se passe ?

Franchement cela se passe super bien. Avec Lotfi, ça marchait déjà très bien. Kylian je l’ai découvert en 2015, je l’ai même un peu entraîné au début. Après il s’est fait tout seul. C’est l’un des meilleurs finisseurs sur PES, voire le meilleur. J’étais sûr qu’il allait bien s’acclimater avec nous.

Avant de te quitter, on est quand même obligé de te demander ce que cela fait d’être invité par Ronaldinho, chez lui, pour jouer à la console et profiter d’un barbecue…

C’est juste incroyable, surréaliste. Déjà avec l’efootball Pro nous avions rencontré Gérard Piqué et c’était franchement quelque chose. Mais Ronaldinho c’est fou ! On a passé un super moment chez lui à l’occasion d’un séjour promotionnel au Brésil. Il a été tellement sympa avec nous, toujours aux petits soins, on avait l’impression que nous étions les stars et lui le fan alors que c’est 1000% l’inverse ! C’est le genre de moment qui reste gravé à vie.

Pour notre dernière question, nous aimerions juste en savoir plus que ton pseudo de gamer « USMAKABYLE», ainsi que ton numéro…

Ce pseudo est un clin d’œil à mon club de cœur en Algérie, l’USM Alger, qui est supporté par beaucoup de Kabyles. Pour le numéro, c’est celui de mon département d’origine, les Hauts-de-Seine.

Le regard de son coéquipier Lotfi Derradji
«On était déjà dans la même team, Neo Esports, une structure associative, et très rapidement j’ai commencé à jouer avec et contre lui, entre 2016 et 2018, en fonction des modes de jeu. Nous nous sommes toujours entraînés ensemble, c’est le joueur contre qui j’ai joué le plus de matchs et inversement. On est ensemble depuis le début, on a gardé ce lien. Quand il a quitté la Neo, il cherchait à monter d’un cran et il a été contacté par l’AS Monaco Esports, du coup on est rapidement redevenus coéquipiers, même si dans les tournois un contre un nous sommes forcément adversaires. Walid c’est un bosseur, il est ambitieux. Avec trois titres de champion du monde il pourrait se dire qu’il a fait le tour, mais il s’entraîne toujours énormément malgré son niveau et son palmarès. Si je devais lui trouver un petit défaut, c’est qu’il est un peu trop nerveux par moment, il n’aime tellement pas perdre que des fois qu’il peut être de mauvaise foi. Mais c’est aussi une qualité de compétiteur.»