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Mohamed Ouadah (Bastia-Borgo) : « Je me suis battu pour réussir dans le foot »

12/12/2019 à 15:30

Transféré du CMS Oissel vers le FC Bastia-Borgo l'été dernier, Mohamed Ouadah a parfaitement réussi la transition du National 2 vers l'étage supérieur. Apparu à 14 reprises en championnat sous le maillot corse, le remuant ailier de 25 ans a déjà fait trembler les filets à 3 reprises. Pour Actufoot, le franco-algérien se livre sur son parcours et ses ambitions.

Mohamed, racontez-nous vos débuts dans le football…

J’ai commencé tard, le football est le sport le plus facile à faire avec les copains. Sans avoir grand-chose, il était facile d’organiser un match. Au fur et à mesure du temps, je me suis mis dedans. J’ai pris goût au football grâce à mon grand-frère qui était un bon footballeur. J’ai suivi un peu ses traces.

Très tôt, vous avez bercé dans le football ?

Non, moi j’étais dans le monde amateur, je jouais dans le club à côté de chez moi à l’âge de 11 ans. J’ai joué en division Excellence avant d’accompagner mon grand-frère à Amiens. Il m’a mis en sport études là-bas et c’est à Amiens que j’ai vraiment pris goût à ce sport et que je me suis dis que j’avais quelque chose à faire dedans.

Racontez-nous votre parcours footballistique ?

J’ai commencé à Louviers (27), club de ma ville, ensuite je suis parti dans un petit club d’Amiens, l’US Camon, où j’ai joué 4 ans. J’ai pu jouer en U17 Nationaux. Après, je suis parti une saison à Beauvais en U19 Nationaux, parfois j’étais dans le groupe de la CFA2. Ensuite, j’ai été 5 saisons à Oissel. Et depuis cette saison, j’ai signé à Borgo.

Avez-vous un passage marquant à nous raconter ?

Oui peut-être l’année de transition entre Beauvais et Oissel parce que je sortais d’une année pleine avec Beauvais. J’avais eu quelques sollicitations, mais je n’avais pas été tenu au courant. J’étais un peu dépité, je voulais penser à autre chose qu’au football. J’ai repris bien après l’été, au mois de septembre. Si mon frère n’avait pas été là pour me motiver, pour me pousser à signer à Oissel pour au moins garder le rythme et garder le plaisir, je n’en serais pas là aujourd’hui. C’était ma période de « l’âge bête », de l’année du bac que j’avais loupé. Je me suis dit que je n’avais rien à faire dans le football mais mon frère m’a aidé à garder confiance en moi et m’a poussé à tenter l’expérience à Oissel. Il a trouvé les mots ! Il m’a très bien conseillé, il m’a poussé vers le haut.

Mais pourquoi Oissel ?

Mon grand-frère avait signé là-bas, on a fait notre petit bonhomme de chemin ensemble, mais il n’est resté qu’une saison avant de partir à Rodez. Et moi, d’années en années, j’ai grappillé du temps de jeu pour me faire une place et devenir un cadre. Je suis devenu quelqu’un d’important dans l’effectif et ça m’a permis de signer à Borgo.

Vous êtes resté 5 ans en Normandie. Quels sont vos souvenirs dans ce club où vous avez connu la montée en 2018-2019 ?

Franchement, ça a été une très belle expérience, j’étais proche de ma famille, j’ai rencontré ma femme, j’ai eu un enfant. J’étais épanoui, stable dans ma vie. J’ai été performant sur le terrain aussi grâce à ça. Comme souvenir footballistique, la montée a été importante. On avait un super groupe, uni, même l’année suivante. Pour preuve, on a réussi à se maintenir. Ce sont mes meilleurs souvenirs dans le football à ce jour.

Comment s’est créé ce groupe uni ?

Le nouveau coach y était pour beaucoup car l’année où on monte, 90% du groupe de l’année précédente était parti. Il n’y avait plus de président non plus. Le coach a fait avec ses moyens et a réussi à faire une équipe compétitive. Au début, on se posait tous des questions, moi le premier. On a perdu nos 4 premiers matches, nous étions avant-derniers. Au final, nous sommes montés avec une série de plus de 10 matches sans défaite. Le travail a payé.

Comment avez-vous réussi à vous imposer là-bas ?

Je suis un bosseur, je ne me fixe pas de limites. J’ai toujours travaillé. Même si le coach ne fait pas les bons choix à mon sujet, je continue à travailler pour avoir ma place. Et même en étant titulaire, je travaille pour démontrer que le coach ne sait pas tromper. Je vise toujours plus haut.

Avez-vous une anecdote à nous raconter à Oissel ?

C’est l’année où j’ai commencé à m’imposer. A 3 journées de la fin, on visait la montée mais finalement, on l’a loupé. On joue à domicile contre Bourges et je marque sur une volée pleine lucarne opposée. La vidéo avait fait 200k de vues sur internet. C’est l’action qui me marque le plus !

Comment êtes-vous arrivé en Corse ?

J’ai joué l’année dernière contre Borgo qui était dans notre groupe et j’ai marqué à chaque fois contre eux, au match aller et au match retour. Je pense que le président a bien aimé mon profil. FW Sports est en bonne relation avec ce club et ça a facilité ma signature.

Passé de la Normandie avec Oissel (N2) à la Corse avec Bastia-Borgo (N1), ce n’est pas trop dur ?

J’arrive toujours à m’adapter, mais le plus dur a été les 2 premières semaines. Le climat était un peu compliqué car il faisait une grosse chaleur. Mais après, tout s’est super bien passé, ma femme et mon enfant m’ont rejoint. Et aujourd’hui, je me suis aussi imposé à Borgo. Je m’y plais.

Qu’est-ce qui vous a frappé depuis que vous êtes ici ?

Avant d’arriver, beaucoup de monde avait des aprioris. Mais, j’ai réussi à changer le regard des gens à mon égard.

Avec le public bouillant de Bastia, est-ce que l’on joue différemment ?

Personnellement, quand je suis sur le terrain, je n’entends pas ce qu’il se passe autour ou dans les tribunes. Je ne fais pas attention, j’oublie ce qu’il y a autour.

Le bilan actuel est mitigé (3 victoires, 6 nuls et 6 défaites). Que manque-t-il à Bastia pour passer dans la 1ère partie du tableau ?

De la rigueur. C’est dommage car on a un groupe qualité et je pense qu’à la fin de saison, on va se maintenir. Je crois en nous. La première partie de saison va nous aider pour la seconde. Beaucoup de joueurs ont connu ce niveau, mais le football change. Je pense qu’on manque aussi un peu d’expérience. Au vu de nos performances et des équipes rencontrées, je n’ai pas trouvé d’adversaire au-dessus de nous. Pour moi, nous ne sommes pas à notre place.

Qu’est-ce que vous aimez dans votre jeu ?

Je suis percutant, c’est mon point fort. Le préparateur de physique nous fait travailler sur nos points forts et nos points faibles. J’ai la chance d’avoir un staff qui me pousse à utiliser mes qualités de percussion et de vitesse pour faire mal aux défenseurs.

Qu’est-ce que vous n’aimez pas dans votre jeu ?

Mon jeu de tête, je dois m’améliorer. Et je dois être plus solide dans mes jambes.

FW Sports s’occupe de votre carrière, de votre image. Depuis quand êtes-vous avec eux ?

Depuis l’année dernière, ça va faire bientôt 1 an.

Qui a fait le premier pas ?

Il y a eu une rencontre avec mon grand-frère et avec eux par hasard. On s’est dit que l’on pouvait travailler ensemble. J’ai de la chance car ils ont cru en moi. Avant ça, je n’avais pas forcément de sollicitions. Mon nom était connu en Normandie mais au-delà, personne ne me connaissait. C’est grâce à eux que je suis à Borgo.

Avant FW sports, aucune agence ne vous avez contacté ?

Rien de sérieux, rien de concret. Tous les ans, on m’a proposé d’aller jouer en Algérie car je suis franco-algérien. Aujourd’hui je suis avec eux et je ne regrette pas du tout.

Pourquoi leur faire confiance ?

J’ai bien aimé le discours, on a été tout de suite sur la même longueur d’ondes. On a eu une discussion d’hommes et j’ai accroché.

Quelles sont vos relations ?

Ils sont venus me voir plusieurs fois, on débriefe après chaque match. Franchement, ils sont présents dans ma vie de footballeur. On analyse ensemble tous les matches. Ils cherchent toujours le meilleur de moi-même. Je suis content d’eux !

Pour les 32ème de finales, vous recevez l’AS Saint-Etienne. Belle affiche en perspective ?

Ça sera un très beau match, c’est la première fois que je jouerais contre une Ligue 1. C’est une mise en lumière pour les joueurs mais surtout pour le club. Mais notre priorité, c’est le championnat. On se concentre uniquement sur les 2 matches (Villefranche, Stade Lavallois) qui nous reste à jouer. On se focalisera après sur ce match mais pas avant.

Quels sont souvenirs dans cette compétition ?

J’ai eu la chance d’avoir joué contre 2 équipes de Ligue 2. Contre le PFC où on se fait sortir sur penalties. Et la saison dernière contre le FC Metz. Mais le souvenir marquant dans cette compétition est mon pénalty arrêté par le gardien lors de la mort subite.

Même si vous venez d’arriver à Borgo, que votre présent est de vous imposer dans cette équipe, avez-vous des rêves ?

Je ne me fixe pas de limites, je vais tout faire pour aller plus haut C’est moi et ma chance. J’arrive à m’adapter à chaque niveau, à chaque équipe. Je vais bosser pour viser plus haut. Je ne m’arrêterais pas.

Dans votre parcours, est-il plus prudent de passer par un club de Ligue 2 pour continuer à progresser ou de tenter l’expérience en Premier League si l’offre se présente ?

Sur ce point-là, j’en parlerai d’abord avec mes agents pour prendre la meilleure décision possible.

Si vous n’aviez pas été footballeur, vous auriez fait quoi ?

Bonne question… Je pense que j’aurais bossé dans la vente car j’ai fait des études de commerce. Mais aujourd’hui, je ne regrette pas du tout mes choix.

Avec du recul, comment expliquez-vous votre trajectoire ?

Faut bosser, on n’a rien sans rien. Dans le football, il faut être performant à des moments clés dans une carrière. Le football c’est compliqué. Je n’ai pas fait de centres de formation. Je me suis toujours battu pour réussir dans le football.

Propos recueillis par Farid Rouas. 

Crédit Photo : FC Bastia-Borgo / René Casamatta

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