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Le SC Bastia : Più di un club !

14/09/2018 à 17:12

Le Sporting Club de Bastia a été fondé en 1905. 113 ans plus tard, il fait partie de l’histoire emblématique du football français. Institution mythique de ce sport qui s’est forgé dans les années 1970 et début des années 80, le Sporting évolue aujourd’hui en National 3. Retour sur l’histoire d’un club à part, et qui a marqué le foot corse et français de son empreinte.

«Bastia en N3? Ca m’a fait plus que mal, il n’y a pas de mots assez forts, c’est plus que dramatique. J’ai tout connu là-bas, que ce soit en tant que joueur, j’ai été éducateur, puis entraîneur et pour finir directeur du centre de formation. Aujourd’hui il y a des gens qui en pleurent encore et qui n’ont pas retrouvé de travail.» Ce sont les mots d’Emmanuel Giuidicelli qui a toujours été au club jusqu’à la saison dernière, très touché par la descente aux enfers du Sporting Club de Bastia. A la fin de la saison 2016-2017 le SCB est rétrogradé sportivement en Ligue 2, mais suite à des problèmes financiers le club est relégué en National 1 pour la saison 2017-2018. Conséquence immédiate ? Bastia perd son statut professionnel pour la première fois depuis 1965, et est contraint de déposer le bilan pour repartir en National 3. La fin d’une époque, la fin d’une ère et du foot professionnel sur les bords du club emblématique corse qui a tant fait vibrer l’ÎIe de beauté. Gilles Secchi, fidèle supporter qui a commencé à aller au stade dès l’âge de 5ans au côté de son grand-père poursuit dans ce sens : «Dans notre tête, nous n’avons toujours pas fait le deuil. Et si on ne commence pas à remonter dès cette année en National 2, on va accuser le coup

Avant cette descente au sein du football amateur, avant de briser le rêve d’inconditionnels fans, l’écusson du Sporting Club de Bastia a porté haut ses couleurs dans le temps du football français. Par ses exploits en Coupe d’Europe, par son identité, par son stade et son ambiance atypique, par cette mentalité qui fait que le Sporting restera toujours le Sporting. Tout a commencé en 1965 quand le club est rentré dans le monde professionnel. Dédé Fraticelli arrivé en 1966 et fidèle kiné du club bénévole pendant 25ans témoigne : «Le club est parti de rien, il n’y avait pas de structure, de staff sportif et médical. Nous avons créé tout ça. » Et 5 années plus tard, c’est le début de la plus belle décennie du football bastiais. L’apothéose de ces dix années est bel et bien cette épopée en Coupe d’Europe et cette finale de Coupe UEFA perdue face au PSV Eindhoven. Mais pour Frédéric Antonetti « tout a commencé en 1972 et cette finale de Coupe de France face à l’Olympique de Marseille (défaite 2-1). » Stéphane Rossi actuel entraîneur du SCB en N3 pense comme son prédécesseur et voit même plus loin : « En 1972, cette finale est un exploit. C’est cette année-là que nous avons montré que la Corse pouvait réussir dans le foot. C’est encore plus que le foot, c’est toute une entité sportive qui a accompli quelque chose avec beaucoup de personnes qui se sont identifiées à travers cette finale de 72. »

Felix Lacuesta (joueur de la finale 1978) : « On a marqué l’histoire du foot français alors que personne ne nous attendait à ce niveau »

Lors de la saison qui suit le Sporting remporte le Challenge des Champions face cette même équipe de l’Olympique de Marseille qui avait réalisé le doublé Coupe-Championnat. Avec cinq buteurs différents et une démonstration (5-2), Bastia prend sa revanche sur la finale 72.
Ces dix plus belles années du foot corse vont connaître un point d’orgue : L’EPOPEE européenne Bastiaise de 1978. L’équipe est construite autour du meneur de jeu Claude Papi meilleur buteur de l’équipe lors de la compétition, et qui a disputé la Coupe du Monde en 1978. Celui qui a connu la mort en 1983 à l’âge de 33ans à la suite d’une rupture d’anévrisme sera élu footballeur corse du siècle. Pour Jojo Bonavita qui a tout connu au sein du club et qui a toujours tout donné pour ces couleurs pendant plus de 40ans, Claude Papi «était Le joueur de cette épopée. Il a fait tous les matchs aller-retour et aura fièrement mérité sa statue le mois prochain.» A ses côtés, les talents ne manquaient pas comme Johnny Rep double finaliste de la Coupe du Monde avec les Pays-Bas, Jean-François Larios milieu de terrain international français, mais encore Charles Orlanducci, roc de l’arrière-garde corse surnommé « le Lion de Vescovato. »

L’équipe va éliminer successivement le Sporting Portugal, Newcastle, le Torino, le FC Carl Zeiss Jena et les Grasshopers de Zurich avant de passer à côté de sa finale et du rêve d’un titre européen historique face aux Hollandais du PSV Eindhoven (0-0 , 0-3). De tous ces matchs, le plus marquant reste et restera la victoire obtenue à Turin sur la pelouse de Torino, formation qui était invaincue depuis deux saisons sur son terrain. C’est au cours de ce choc que Bastia marque l’un des buts de la compétition par Jean-François Larios. En tant que supporter, Fred Antonetti se remémore ce moment : «J’avais 16ans, quand les bateaux sont revenus de Turin, toute la ville s’est précipitée. La mer était très mauvaise, ils ont mis du temps à rentrer au port et c’était encore plus incroyable avec une place noire de monde.» Felix Lacuesta joueur formé à St Etienne a éclaté au grand jour au SCB lors de cette formidable saison. Pour lui, «c’est un souvenir qui sera à jamais gravé dans ma mémoire, et surtout dans celle de tous les corses. On a marqué l’histoire du foot français alors que personne ne nous attendait à ce niveau.»

Du côté des supporters, cette formidable épopée en a fait rêver plus d’un. A commencer par Pascal Olmeta qui l’a «vécu en côtoyant ces joueurs. A l’époque, il n’y avait pas de grilles de sécurité ou tout ce qu’on peut retrouver aujourd’hui. Tous les gamins pouvaient toucher la main de leur idole et ça, j’ai pu le faire. C’est grâce à ces hommes, ces valeurs qu’ils ont montré que j’ai pu réussir dans le football.» Et puis il y a ceux comme Anthony Luciani, président actuel des Socios du Sporting Club de Bastia et qui n’ont pas de souvenir particulier de ce moment: «J’avais 3 ans lors de la finale, forcément je ne me souviens pas (rires). Mais dès que j’ai commencé à aller au stade à 9 ans, tout le monde ne me parlait que de ça, et aujourd’hui on en parle encore. Alors forcément c’est comme si on y était.» 41 ans plus tard il est toujours là à soutenir son club de coeur, peu importe la descente aux enfers qu’il a connu la saison dernière.

Des supporters qui viennent du monde entier et toujours aussi nombreux

Trois ans après cette aventure incroyable, le Sporting Club de Bastia remporte en 1981 la Coupe de France face au grand St-Etienne de Michel Platini au Parc des Princes. Jean-Jacques dirigeant de l’Apo Café à Nice et supporter inconditionnel du Sporting se rappelle : «J’étais avec mon père, des amis à lui et leurs enfants au bar de la Rotonde à Biguglia. Mon père avait pris une photo avec la coupe, des joueurs et ses amis. Bastia est un esprit famille comme on ne voit pas ailleurs, c’est ça qui en fait un club mythique.» Jojo Bonavita était lui en tribunes installé à côté de François Mitterand fraichement élu : «C’était fantastique, dès le coup de sifflet final tout le peuple bleu et blanc a envahi les rues. Ca tirait à tout va, il fallait sortir avec les casques.»

Des supporters qui sont nés avec le Sporting en eux, et qui sont toujours autant accroc à leur club. Aujourd’hui même en N3, ça se vérifie et se confirme plus que jamais. Même à ce niveau-là, le SCB compte 5500 abonnés et figure en tête à ce niveau-là, même devant les deux clubs professionnels que sont l’AC Ajaccio et le GFC Ajaccio, c’est dire… Pour Gilles Cioni qui a connu le monde professionnel et amateur maintenant avec Bastia, il s’agit simplement «du club de tous les corses. Très peu de clubs dans le monde peuvent se targuer d’avoir des abonnés à l’étranger, et en N3 je pense qu’il n’y en a aucun, ce qui est d’autant plus merveilleux. »
Furiani qui a connu tant de moments, continue de vibrer à l’image de cette rencontre face à l’AS Cannes qui a vu la présence de plus de 5000 supporters en tribunes. Gilles Secchi a pris sa «carte d’abonnement et ne loupe aucun match. Même si les matchs sont à 15h, ce sont des sacrifices à faire le temps de revenir à un niveau national.» Même son de cloche du côté d’Anthony Luciani qui n’a loupé aucun match en N3 : «C’est impossible pour moi de louper ne serait-ce qu’une minute de la rencontre. Cette atmosphère qu’il y a dans ce stade est indescriptible, la première fois que je suis allé à Furiani j’en suis immédiatement tombé amoureux.»
Pour l’homme qui incarne le mieux ce club, Jojo Bonavita, il n’y a pas de recette miracle à cette passion des supporters : «En 1981 la Coupe de France a fait le tour du monde. Tous les fans voulaient la toucher, jusqu’en Nouvelle-Calédonie. Bastia c’est mythique, c’est une identité, un palmarès, une force de la nature. Le Sporting c’est le symbole de tout un peuple corse et tous les supporters s’identifient à lui. Le club fait partie du patrimoine.»

Des souvenirs inoubliables et …la catastrophe de Furiani

Evoquer les souvenirs replonge bien souvent aux plus belles heures, comme c’est le cas de Pascal Olmeta et son «immense fierté d’avoir été le premier joueur marseillais à ramener la Ligue des Champions en Corse. Marseille sur le continent, c’est la capitale corse.» Pour Gilles Cioni c’est cette «victoire incroyable face au PSG version qatarie avec un but fantastique de Palmieri ou encore le titre de champion de Ligue 2 face à Créteil et l’envahissement du terrain des supporters qui sont pour nous des amis. Il n’y a même plus l’aspect supporter, c’est ça qui fait que nous sommes un club à part.» Stéphane Rossi se remémore «l’épopée européenne sans oublier la Coupe de France 81 et les finales de coupe. J’étais au Parc des Princes en 2001 pour la finale face à Lorient en tant que vrai supporter du Sporting.»
Mais il y en a un qui prend le pas sur tous les autres, et ce n’est pas le plus réjouissant de tous, bien loin de là. La catastrophe de Furiani 1992. La demi-finale oppose le SC Bastia à l’Olympique de Marseille en ce 5 mai 1992. Quelques minutes avant le début de la rencontre la tribune s’écroule sur quinze mètres de hauteur pour un total de 18 morts et 2357 blessés. Pour Jojo Bonavita «cette catastrophe est gravée à jamais dans toutes les têtes corses. Quand j’évoque le Sporting c’est le premier souvenir qui me vient à l’esprit, c’est vous dire…» Gilles Secchi estime lui, « que réussir à se relever de ce drame, c’est quelque chose de fort. Même une descente en N3 à côté de ça, ce n’est rien et c’est pour ça qu’on continue de garder la flamme. »

Et maintenant la Remontada ?

En ce début de saison, la flamme, le Sporting Club de Bastia l’a plus que jamais retrouvé après un exercice 2017/2018 mitigé. Trois victoires sur les trois premiers matchs avant d’être totalement passé à côté lors du déplacement à Aubagne le week-end dernier (défaite 1-0). Stéphane Rossi entraîneur de l’équipe a pour objectif de «faire monter l’équipe en N2 tout d’abord. On ne veut pas aller plus vite que la musique, il faut travailler dur pour franchir les paliers petit à petit. Peu importe les résultats, j’ai été présent quand le club devait repartir de l’avant, et ça on ne pourra jamais me l’enlever. C’est ma plus grande fierté, car n’importe quel autre club de N3, j’aurais refusé. Ma passion pour le football, je la dois entièrement au Sporting et je me devais de lui rendre.» Pour Gilles Cioni qui représente l’homme de base et d’expérience du système de Stéphane Rossi, «il y aura toujours un goût amer quoiqu’il arrive qui ne partira jamais. Mais avant d’arrêter j’aimerai au moins faire monter le club en N2, voir N1. Ce maillot a une telle valeur, on est obligé d’être investi à 100%, peu importe le niveau.»

Du côté des anciens, pas de doute le club a rendez-vous avec l’histoire et avec son passé. Pascal Olmeta a un seul regret : «Ne jamais avoir pu donner de mes services à ce club qui m’a tout donné. On ne vend jamais cette couleur, pour nous Bastia c’est le bleu, c’est l’Île de beauté.» A la question de savoir si le Sporting est capable de réaliser sa propre Remontada ? Pour lui aucun doute : «J’y crois dur comme fer, il faut que tous ensemble on y arrive.»
Frédéric Antonetti le clame, «les clubs historiques retrouvent toujours le monde professionnel, on reverra le Sporting dans le futur. Et quand il y a des moments difficiles comme celui-ci les supporters sont encore plus accrocs, ça ne sera que plus beau.» Club mythique du football français, le Sporting a du pain sur la planche pour retrouver l’élite. Mais un grand club ne meurt jamais.

                                  Adrien Santucci