InterviewR3

Le terrible constat de Stephan De Rueda (ex-Aurignac)

28/01/2019 à 14:00

De guerre lasse, il a fini par jeter l'éponge. Six mois après avoir pris en main les rênes de la R3 d'Aurignac, Stephan De Rueda a démissionné de son poste de coach, découragé par le manque d'investissement de la plupart de ses joueurs. Ce serait anecdotique si le constat fait par l'ancien joueur de Muret, Colomiers, Carbonne ou Cazères se limitait à ce petit coin du Comminges. Or, il est malheureusement de plus en plus la réalité de beaucoup de petits clubs amateurs.

Stephan, votre départ d’Aurignac est-il uniquement lié aux mauvais résultats de ce début de saison ?

J’ai accepté ce challenge pour rendre service au club et ainsi éviter à l’équipe sénior de disparaitre. Je suis venu avec 14 recrues et un adjoint, Manu de la Silva, que j’ai présenté au club et aux joueurs en juin dernier et de qui je n’ai plus de nouvelles depuis (je lance un appel sait-on jamais) ! Les résultats sportifs étaient secondaires, car je savais qu’en insistant sur le travail cela finirait par payer. Il y avait avant cela, l’appréhension du système de jeu, et les différentes consignes qui vont avec. Le problème c’est que je n’ai jamais pu travailler avec mes 14 du week-ends, pour être plus précis, je n’ai même jamais eu à l’entrainement le jeudi mon onze de départ. Repas de famille, anniversaires, ampoules aux pieds, baptême de cousins, ou carrément absences injustifiées… Pendant des semaines, j’ai eu droit à tout comme excuses ! Nous nous retrouvions régulièrement qu’avec les recrues (12 joueurs) et 3-4 joueurs du cru, dont deux U19 qui n’ont pas loupé un entrainement (pour l’anecdote, le papa les a enlevés de l’internat pour qu’ils s’entrainent avec nous). Il m’est même arrivé de faire appel à des joueurs du rugby qui, gentiment, avaient pris une licence de foot !

Le foot à Aurignac va si mal que ça ?

Le football à Aurignac n’est pas une priorité. Avant, il y a les sorties, les anniversaires, les soirées, les « nanas », les mariages, les conneries… et après le foot, et encore s’il fait beau, qu’il n’est pas trop tard, que maman donne l’autorisation et « si j’ai envie » ! Je n’exagère rien car c’est ce que j’ai vécu pendant six mois. Une rando était prévue à la reprise, on devait faire un col, dormir en haut tous ensembles, manger, un stage de cohésion. Et bien des joueurs sont venus me voir en me disant qu’ils ne feraient que la moitié de la montée, puis redescendraient car ils avaient un anniversaire le soir ! J’ai mis en place un partenariat avec le cabinet de kiné d’Aurignac, je leur ai payés des séances de récupération, avec massages, piscine et repas. j’ai mis en place des spécifiques gardiens, attaquants, j’ai fait filmer tous les matchs à domicile. Tous cela pour donner envie de faire évoluer leur football. Je passais mon temps à appeler les mecs pour qu’ils viennent s’entrainer. Au bout d’un moment, sans retour, ça fatigue. 

Après avoir connu Carbonne, Cazères, Aurignac… quel constat pouvez-vous faire de la situation du football dans ce coin du Comminges ?

Il est difficile de généraliser car ce sont trois clubs complètement différents. Carbonne effectue un bon travail de formation ce qui lui permet de garder une certaine cohérence sur le football Commingeois, mais pour combien de temps ? Cazères a compris qu’il fallait aller chercher les joueurs loin, selon moi, la CFA2 devrait être le minimum syndical pour un club avec autant de moyens. je pense qu’à moyen ou long terme Cazères aura le monopole du foot dans le Comminges avec Boulogne peut-être, et Aurignac qui, je pense, s’est retrouvé là grâce au travail réalisé par l’équipe en place avant moi, et l’acharnement de certains bénévoles.

« Repas de famille, anniversaires, ampoules aux pieds, baptême de cousins, ou carrément absences injustifiées… j’ai eu droit à tout comme excuses ! »

Que retirez-vous comme leçons de ces six mois passés à Aurignac qui pourraient vous servir pour la suite ?

Malgré tout du positif, car j’ai énormément appris durant ces six mois. La difficulté fait énormément avancer, c’est indéniable. J’ai pu avoir un aperçu de l’ensemble des tâches à accomplir dans un groupe sénior de ce niveau. Après, pour faire ce que j’ai fait, il faudrait un emploi à plein temps, un psychologue et un ring de boxe pour évacuer toute la frustration.

Avez-vous envie de continuer à coacher, si oui dans quel cadre, à quel niveau ?

Entrainer dans ce cadre-là ne m’intéresse pas, les formations que nous passons aujourd’hui sont très difficiles, car la ligue et FFF souhaitent que les mecs soient formés correctement. il y a un décalage entre l’exigence des formations et certains nos clubs amateurs. Donc repartir pour entrainer dans ces conditions-là, non merci. Je vais réfléchir à ce que je vais faire et m’occuper de ma famille, car j’ai une femme et une fille de sept mois que je n’ai pas beaucoup vu en tout cas pas assez.

Quelle peut être la vocation de clubs de la dimension d’Aurignac ?

Je pense qu’Aurignac doit s’armer de patience et attendre de récolter les fruits de sa formation, qui elle, est en plein développement. La difficulté sera celle des trois ou quatre prochaines années, le temps de tenir. Je veux juste avoir un petit mot pour tous ceux qui m’ont soutenu, les bénévoles du club présents au quotidien et désemparés de voir l’investissement quasi fantomatique des enfants du club. Je remercie les joueurs qui m’ont suivi dans ce projet et ceux qui n’ont jamais lâché. Je remercie Didier Lapuyade, homme entièrement dévoué à ce club, Fabien Darnaud, qui m’a énormément soutenu, Alain Bellefond, Guy Barousse, Fred et Chris Dufort ainsi tous ceux que j’oublie. Je souhaite le meilleur au club d’Aurignac.

Propos recueillis par F.D. 


Photo : l’entente Canton Aurignac 2018-2019 (crédit : page Facebook du club)