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Jean-Louis Tourre/Mohamed Bouhafsi (RMC Sport) : « Un rendez-vous fort »

18/09/2020 à 17:30

Depuis quelques semaines, Jean-Louis Tourre et Mohamed Bouhafsi pilotent la nouvelle émission quotidienne de RMC Sport, "Top of the foot", de 18h à 21h. Ils nous en parlent en toute décontraction dans une interview croisée qui nous ouvre les coulisses de la radio la plus écoutée par les passionnés de football.

Messieurs, l’émission “Top of the foot” a démarré le 24 août dernier, au lendemain de la finale de la Ligue des Champions, quel est votre ressenti un petit mois plus tard ?

Jean-Louis Tourre : Cela se passe très mal, on ne se supporte déjà plus… Je plaisante bien entendu. Plus sérieusement, dès le départ de ce projet, nous n’avions aucun doute sur notre collaboration. Nous nous entendons bien, nous avons de l’estime l’un pour l’autre et cela ne fait que se confirmer depuis le lancement de l’émission.

Mohamed Bouhafsi : Le ressenti est très positif. Nous avons d’excellents retours, il y a beaucoup de sympathie autour de cette émission. Nous avons encore beaucoup de travail à mener, de sujets et thématiques à explorer, mais les différentes rubriques et le ton proposés par “Top of the foot” semblent être appréciés des auditeurs. Et pour ce qui est de notre relation, Jean-Louis a tout dit. Nous étions déjà amis, nous jouons au foot ensemble, nous avons travaillé ensemble sur plusieurs séquences de “Team Duga” par le passé… Tout s’est fait avec beaucoup de naturel et de bienveillance et c’est d’ailleurs le cas pour l’ensemble de l’équipe, notamment notre producteur Antoine Varnier.

« Au travail, à la maison, au café, partout on parle de foot. « Top of the foot » prolonge et éclaire ces discussions. »

Après “Luis Attaque” ‘(2003/ 2016) et “Team Duga” (2016/2020), deux émissions articulées autour de deux fortes personnalités, “Top of the foot” propose une approche nouvelle sur la tranche horaire 18h/21h. Un duo de journalistes, plusieurs consultants emblématiques de RMC Sport, l’humoriste Julien Cazarre . Un sacré challenge non ?

JLT : A la fin de “Team Duga” la direction aurait pu se dire “on repart avec une nouvelle équipe” sur ce créneau. Au lieu de cela elle a misé sur la continuité. Pour nous c’est plutôt flatteur de se sentir au coeur du projet. Ceci étant dit, nous devions aussi trouver la voie de cette nouvelle émission. Et plutôt que de faire la même chose avec d’autres consultants, nous avons décidé de changer de format. Nous avons donc intégré Mohamed, pour avoir le meilleur journaliste sur les infos, et nous avons aussi misé sur une présence plus importante de la rédaction et des consultants historiques de la radio. Cela donne une émission différente, mais qui respecte complètement les fondamentaux avec des débats polémiques, la parole avertie d’anciens joueurs et entraîneurs, mais aussi les interventions des auditeurs qui fait partie de l’ADN de RMC.

MB : On se dit surtout que la place du football reste très importante. Au travail, à la maison, au café, partout on parle de foot. « Top of the foot » prolonge et éclaire ces discussions. L’idée est d’apporter de la bonne humeur, de la bienveillance, mais aussi des prises de position, de l’opinion, des informations, des analyses, des décryptages, des coulisses… Nous essayons de travailler avec sérieux, sans se prendre au sérieux.

Le plateau de Team Duga, l'une des émissions majeures de RMC de 2016 à 2020.
Après avoir travaillé à RTL de 2007 à 2013, Jean-Louis Tourre (33 ans) a rejoint RMC en 2013. Ces quatre dernières années, après avoir déjà collaboré sur « Luis Attaque » jusqu’en 2016, il co-animait « Team Duga » avec Christophe Dugarry.

N’est-ce pas difficile de trouver sa place entre le « Moscato Show » et « L’After Foot », deux émissions emblématiques et plutôt « freestyle » dans le ton ?

JLT : Sans paraître trop tatillon, je trouve que le mot « Freestyle » ne traduit pas l’énorme travail qui est réalisé en amont pour que les auditeurs aient ce ressenti. Pour que cela donne cette impression à l’antenne, il faut que cela soit tenu, ce que font à la perfection Pierre Dorian ou Gilbert Brisbois, qui sont à la baguette de ces émissions. Cela exige un vrai travail de fond et beaucoup d’échanges pour qu’une émission paraisse libre, voire improvisée.

MB : Notre ambition c’est d’avoir un rendez-vous fort, avec des infos et des invités forts, dans un esprit « news maker ». Le Moscato Show pose un oeil avisé et différent sur l’actu du sport, avec beaucoup d’humour, nous on apporte de l’info, de la bonne humeur, de l’opinion de 18h à 21h, puis l’After Foot offre un ton complètement différent ensuite, avec des avis tranchés et des éditorialistes de très grande qualité.

JLT : « Le Moscato Show » et « L’After » sont deux marques énormes. Pour nous ce sont vraiment des institutions et nous travaillons pour que « Top of the foot » soit dans la continuité de ces succès.

MB : Les trois émissions sont bien identifiées et permettent à RMC de proposer neuf heures de sport, dont six heures de foot en quotidienne à la radio, le tout avec des points de vue différents. Les auditeurs n’attendent pas les mêmes choses en fonction des émissions. Chez nous ils attendent des infos, des exclusivités. À partir de 21h, ce sont les prises de position de Daniel Riolo ou d’un autre membre de « L’After ». Tout le monde finit par y trouver son compte.

« La veille de la première Mohamed était à Lisbonne pour la finale de la Champions League, moi j’étais en plateau sur la terrasse des Champs-Élysée. »

Pour une émission tournée autour de l’actualité du foot, on peut dire que « To of the foot » a été gâtée pour son lancement entre la finale de la Ligue des Champions, la reprise de la Ligue 1, le mercato, l’Équipe de France, les infos « Covid-19 »…

JLT : C’est vrai, nous avons eu de suite une actualité très riche. Le revers de la médaille c’est que nous n’avons pas eu un temps de préparation énorme avant le lancement. Cela fait partie de la magie de ce métier. La veille de la première Mohamed était à Lisbonne pour la finale de la Champions League, moi j’étais en plateau sur la terrasse des Champs-Élysée. Nous étions tous mobilisés par autre chose que la préparation de l’émission, mais le travail que nous avions effectué les mois précédents nous a permis de vite enchaîner.

MN : Ça nous a aussi porté au début, nous avons eu la chance d’avoir des infos majeures qui sont arrivées pendant l’émission. Messi qui veut partir du Barça, Mbappé positif à la Covid-19, c’est arrivé pendant « Top of the foot ».

Mohamed Bouhafsi, 28 ans, rédacteur en chef et Directeur du football pour RMC/BFMTV.
Arrivé à RMC il y a dix ans, Mohamed Bouhafsi y occupe aujourd’hui le poste rédacteur en chef et Directeur du football à seulement 28 ans.

Justement ce n’est pas tendu parfois d’aller à la pêche aux infos pendant le direct Mohamed ?

JLT : Je l’ai jamais senti stressé…

MB : Dans la vie je ne suis pas quelqu’un qui ressent le stress. On ne sauve pas des vies, il faut savoir relativiser. Et puis je suis bien accompagné avec Jean-Louis qui est capable de prendre la main et de la garder le temps que je vérifie une info. Il est très fort sur la mécanique d’une émission de radio, tout comme le producteur Antoine Varnier. Ils savent temporiser, ce qui me laisse toujours un peu de temps pour vérifier une info. C’était le cas par exemple sur le test positif de Mbappé, que nous avons révélé en direct, de même que l’intervention de Leonardo sur ce même sujet. Jean-Louis me permet d’avoir cette liberté indispensable pour être le plus efficace possible.

JLT : Et puis cela fait quand même un moment que tu fais ça…

MB : Oui, il y a dix ans je n’aurais peut-être pas été aussi tranquille. Il y a aussi le fait que j’ai aujourd’hui entièrement confiance en mes sources. C’est très important pour travailler sereinement. Pendant l’émission j’ai toujours mon téléphone avec moi, je peux recevoir un message et le traiter immédiatement en m’appuyant sur l’équipe.

Jean-Louis, après avoir du gérer les tempéraments de Luis Fernandez et Christophe Dugarry, on aurait pu croire que vous alliez un peu souffler dans ce nouveau format, mais avec des consultants tels que Jean-Michel Larqué, Rolland Courbis, Éric Di Meco, Emmanuel Petit ou encore Jérôme Rothen cela finalement semble encore plus compliqué. Vous confirmez ?

JLT : J’adore les consultants avec lesquels je travaille, je les apprécie tous et ils me le rendent bien. Ils sont passionnés et quand le ton monte il m’arrive d’avoir du mal à les maîtriser. Mais c’est aussi un jeu entre eux et moi et cela ne me pose pas de problème, bien au contraire. Quand Luis me donnait des surnoms, j’en étais heureux, je trouvais cela flatteur. Avec Duga aussi nous avons eu beaucoup de complicité. C’est vrai que ce n’est pas toujours facile de bosser avec de telles personnalités, tout le monde ne perçoit pas le chambrage de la même manière, mais c’est aussi tout le charme de notre métier. J’ai adoré bosser avec Luis et Duga, j’adore les membres de la Dream Team RMC, mais c’est vrai que bosser avec « Momo » c’est un peu les vacances.

MB : Franchement ce n’est pas compliqué. On a tous des personnalités différentes, mais on s’entend très bien. Pour ce qui est du chambrage, je suis un peu susceptible, contrairement à Jean-Louis qui ne s’énerve jamais ou presque. Et puis je ne suis pas le dernier à chambrer. Mais comme Jean-Louis j’aime les consultants, j’aime travailler avec eux, c’est un honneur et un plaisir immense pour nous de les côtoyer.

"Top of the foot" la nouvelle émission de RMC pilotée par Jean-Louis Tourre et Mohamed Bouhafsi.

« Top of the foot » occupe le créneau 18h/21h, soit une heure de plus que « team Duga » la saison dernière. On sait Jean-Louis qu’il vaut mieux vous inviter au cinéma qu’au restaurant, comment gérez-vous vos dîners désormais ?

MB : C’est un cliché, Jean-Louis est assez fit, je dirais même de plus en plus fit ! À un moment on va peut-être même nous confondre car moi c’est plutôt l’inverse.

JLT : C’est vrai que tu n’es plus très loin, les courbes vont peut-être se croiser.

MB : N’exagérons pas quand même ! Mais c’est un beau cliché. Jacques Chirac disait : « Il faut toujours faire confiance aux gros ».

JLT : Mais la question est excellente car c’est vrai, je ne sais pas quand dîner. Parce qu’on dit que ça fait grossir de manger tard… En même temps avant 18h c’est vraiment trop tôt… C’est  un vrai problème ! Du coup on va demander une pause.

MB : Et peut-être l’aide d’un nutritionniste !

« RMC ce n’est pas un journaliste, ce sont cinq millions d’auditeurs. Quand on ne parle pas à RMC, on ne parle pas à une partie de la France »

Mohamed, vos collègues vous ont souvent surnommé « La pépite de RMC » à l’antenne. Vous êtes rédacteur en chef et directeur du football du groupe RMC/BFM, vous co-animez aujourd’hui une émission majeure de la grille de RMC, peut-on parler de maturité ?

MB : Cela me fait plutôt rire ce surnom, même s’il est très flatteur. Comme nous l’avons dit plus haut, se faire chambrer à l’antenne c’est un peu la tradition chez nous. Après, on peut être une pépite toute sa vie non ? Plus sérieusement je suis évidemment très content des responsabilités qui m’ont été confiées par le groupe. J’ai beaucoup reçu, mais j’ai aussi beaucoup donné beaucoup depuis 10 ans que je suis chez RMC. Je suis en quelque sorte un « bébé RMC ». Et je suis toujours resté car c’est un groupe qui nous donne la possibilité de nous épanouir. Franchement, je ne l’aurais pas rêvé étant jeune. Je suis fier de travailler dans ce groupe et cette rédaction qui est vraiment devenue une famille. J’espère y rester longtemps, demeurer important, crédible et légitime.

Quand vous révélez des infos ou prenez des positions qui peuvent déplaire à certains clubs, comment gérez-vous ensuite le relationnel avec eux. Par exemple, on a vu dernièrement Frédéric Longuépée refuser de répondre à un correspondant RMC suite à des révélations de Daniel Riolo dans « L’After »…

MB : Il y a un travail perpétuel et quotidien pour tisser des relations avec les clubs. Elles sont parfois bonnes, parfois douloureuses. Mais quand le président de Bordeaux parle comme ça, il fait un erreur. RMC ce n’est pas un journaliste, ce sont cinq millions d’auditeurs. Quand on ne parle pas à RMC, on ne parle pas à une partie de la France. Nous ne sommes que des intermédiaires. Mercredi soir nous avons sorti des infos assez dures sur le PSG. Les dirigeants parisiens n’étaient pas contents, mais ils acceptent le fait que les médias fassent partie du jeu, avec des hauts et des bas, comme dans la vie en fait.

Pensez-vous introduire de nouvelles rubriques dans cette première saison de « Top of the foot » ?

JLT : Faire intervenir un nutritionniste !

MB : Il va avoir du travail !

JLT : La priorité c’est de mettre en place une émission efficace, fluide en mélangeant plein d’ingrédients différents, pour que tout se passe bien. Nous sommes dans l’ADN de RMC avec de l’info, de l’opinion, des invités, de l’interactivité, mais aussi de l’humour avec Julien Cazarre, de la convivialité, de la bonne humeur… Il faut laisser les choses s’installer et revenir tous les jours avec autant d’exigence. Nous avons des nouveautés en tête, mais il faut quand même y aller étape par étape pour développer cette nouvelle marque.

Nous vous souhaitons la plus belle des réussites et sommes à votre dispo si un jour vous souhaitez mettre en lumière le foot amateur !

JLT : C’est bien noté, merci à vous !

MB : Nous sommes aussi des footballeurs amateurs donc ce sera avec plaisir. Merci à vous !