Eric CarrièreChronique

Chambrer, se moquer, faire le buzz…

29/04/2017 à 6:00

Les derniers événements qui ont défrayé la chronique sportive pour l'entraîner vers celle des faits divers, à Dortmund, Lyon et surtout Bastia, sont le reflet d'une société où faire le buzz est devenu une fin en soi pour trop de gens certainement mal dans leur peau et en manque de valorisation.

Chambrer, se moquer, stigmatiser une apparence, une attitude, un physique, tout est bon aujourd’hui pour exister sur des réseaux sociaux où les ego et les susceptibilités sont mis à rude épreuve. Ces nouveaux codes de communication impliquent forcément de nouvelles attitudes et génèrent selon moi beaucoup plus de violence, dans le football mais aussi dans la vie de tous les jours jusque dans la cour des écoles.
Avec la puissance phénoménale des réseaux sociaux, les mêmes « chambrages », les mêmes moqueries qui ne sortaient pas de nos vestiaires il y a vingt ans, entrent aujourd’hui dans le domaine public et ont des conséquences autrement plus graves. Surtout, le fossé entre la gentille remarque et la méchante réflexion, faîte pour humilier ou rabaisser s’est singulièrement rétréci. On est passé d’un esprit bon enfant à des attaques en règle qui fonctionnent selon les mêmes codes que les phénomènes de foule. Sur Facebook comme au milieu d’une tribune dans un stade, la réflexion passe au second plan.

Comme s’il était devenu normal de répondre aux provocations, de surenchérir dans la violence…

Face à cette réalité, les joueurs professionnels doivent s’adapter, être conscients de l’impact de leur attitude. Une communication mal maîtrisée peut faire énormément de dégâts, on l’a vu avec Serge Aurier au PSG. La logique est la même pour un joueur qui se retrouve face à une tribune agressive. Au milieu de l’ « arène » , il ne peut pas être dans la provocation. A Furiani, je ne sais pas ce qu’ils se sont dits, mais l’échauffourée entre le gardien de l’OL, Anthony Lopes, et le responsable de la sécurité de Bastia, a été hallucinante. Quand il aurait fallu être dans l’apaisement et l’exemplarité à un moment où la tension était à son comble, les ego et les susceptibilités ont repris le dessus. Comme s’il était devenu normal de répondre aux provocations, de surenchérir dans la violence et de transposer sur le terrain des comportements qui sont devenus monnaie courante sur les réseaux sociaux.

Eric Carrière