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Hugo Konongo « Mon parcours, c’est une remontada de vie »

22/05/2018 à 18:35

Il revient de loin ! Hugo Konongo (26 ans), arrière gauche de la D1 Bulgare du Tcherno More Varna, s'apprête à disputer un match important jeudi pour se qualifier pour l'Europa League. Pourtant, son parcours a été semé d'embûches... L'international Congolais formé aux Girondins de Bordeaux et passé par Evian, Clermont, Créteil, Sedan et Paulhan Pézenas n'a jamais baissé les bras. Interview.

Hugo, où et à quel âge avez-vous commencé le football en club ? Quels souvenirs en gardez-vous ?

J’ai commencé à Pau, dans ma ville, à l’âge de 7 ans. J’y suis resté jusqu’à mes 14 ans. J’en garde de très bons souvenirs. Plus qu’une passion, c’est tout pour moi le foot ! Quand je jouais, j’étais heureux. Dès le début où j’ai commencé à toucher le ballon, je pensais à devenir pro. Je regardais les matchs à la télévision et je rêvais de faire comme eux… Ensuite, j’ai intégré le centre de pré-formation de Castelmaurou, à coté de Toulouse, le Clairefontaine du sud-ouest.

Vous avez été formé aux Girondins de Bordeaux. Comment jugez-vous la qualité de ce centre de formation ?

Oui, je suis arrivé aux Girondins de Bordeaux à l’âge de 15 ans au centre de formation et j’y suis resté jusqu’à mes 20 ans. Franchement, je ne regrette rien du tout au niveau de la qualité de l’entraînement, de la qualité du centre et de la qualité de vie qu’on avait. C’est un très bon centre !

Est-ce qu’il y a eu des joueurs de la Une qui vous ont aidé lors de votre aventure bordelaise ?

Bien sûr, des jeunes professionnels nous donnaient des conseils. Lors de ma dernière année au club, je m’entraînais souvent avec eux. Aussi, certains redescendaient souvent avec l’équipe réserve. Il y avait Henri Saivet, Floyd Ayité, Grégory Sertic… Ils n’hésitaient pas à nous aider. Le temps nous a un peu séparé, mais quand on se voit c’est exactement comme avant.

Pourquoi l’aventure n’a-t-elle pas continué avec Bordeaux ?

Le problème, c’était moi… Je ne peux m’en prendre qu’à moi-même. J’ai eu l’occasion d’intégrer les pros mais je n’ai pas été sérieux. J’ai raté le train quand je pouvais y monter. J’ai commencé à découvrir le monde de la nuit, les femmes et ça m’a beaucoup pénalisé. J’étais moins performant sur le terrain. Je n’avais pas assez la volonté de passer ce cap, je pensais que tout était acquis. Même si j’ai mis du temps à comprendre mes échecs, aujourd’hui, j’ai assimilé.

En 2012, vous rejoignez la réserve d’Evian Thonon Gaillard. Que retenez-vous de ce passage en Savoie ?

J’y suis allé pour deux ans. J’en garde de bons souvenirs aussi ! Pareil qu’à Bordeaux, j’étais à la limite de passer pro mais il manquait toujours ce petit truc qui faisait que je ne passais pas le cap. C’est toujours la même chose, on m’intègre à l’équipe pro, je fais les entraînements, et c est moi, au moment de prouver, qui fait tout échouer… Il me manquait ce petit truc dans la tête alors que j’avais les qualités. On croit que c’est bon et on lâche… Et les autres à coté vont vite ! On ne peut pas se permettre d être tranquille avec les pros. Sinon, j’ai vécu deux belles années là-bas, j’ai toujours eu du temps de jeu et je me suis fait beaucoup d’amis.

En 2014,vous signez au Clermont Foot Auvergne et vous vous révélez en Ligue 2 ?

Oui, j’arrive à signer à Clermont avec la Ligue 2. Je joue, ça fonctionne et j’explose. Je prends en maturité et je deviens titulaire. Et puis, à cause de mauvais conseils, de mauvaises fréquentations, je choisis de signer à Créteil alors que j’avais la possibilité de rester à Clermont, club qui m’a lancé et avec qui je jouais titulaire. J’avais même l’opportunité d’intégrer des clubs de Ligue 1 comme Angers qui allait monter par exemple… Des meilleurs clubs que l’US Créteil Lusitanos m’avaient contacté et pourtant j’ai pris la décision de les rejoindre. C’était un mauvais choix, le début d’une longue descente aux enfers.

D’autant plus que votre agent de l’époque plombe un peu votre réputation dans l’émission de SFR Sport « Le Vestiaire »…

Il y a eu une mauvaise compréhension entre les deux parties… J’avais pourtant été clair avec elle, j’avais dit que je ne voulais pas continuer avec eux, j’avais mes raisons et ils l’ont mal pris. Dire mon nom à la télévision, c’était facile… Elle a parlé de moi dans « Le Vestiaire » quand on lui a demandé des exemples de joueurs qui quittaient leur agent à cause de mauvaises fréquentations. Elle m’a cité en disant que je m’étais fait influencer par mon environnement familial. Ce qu’elle a oublié de dire, c’est que quand j’étais à Clermont, les trois premiers mois où je ne jouais pas, j’essayais d’avoir des nouvelles de mes agents et je n’avais rien ! Ils me laissaient dans l’inconnu alors que j’avais besoin d’eux. Ils ont réapparu au moment où j’ai commencé à être titulaire en Ligue 2… Et ça tout le monde a oublié de le dire ! J’avais l’impression qu’il n’y avait que moi qui faisait le job. J’ai donc décidé de me séparer d’eux à l’amiable et ils l’ont mal pris. Ils se sont vengés par l’intermédiaire de ce média.

Comment s’est passée cette aventure à Créteil ?

A cette période là, tout s’enchaîne. Je suis sollicité par plusieurs clubs, je deviens international Congolais, je signe pro et je gagne bien ma vie… En fait, tout s’est enchaîné trop vite. J’ai fait la fête et j’ai oublié mon objectif premier. Aussi, les blessures sont arrivés. Je suis revenu mais je n’ai pas fait de bons matchs… Il y a eu un clash avec l’entraîneur et j’ai décidé de de résilier mon contrat en Février. Je me suis retrouvé sans club jusqu’en Juin où j’ai signé à Sedan en National. C’était pour me relancer…

C’était difficile de redescendre de niveau ?

Très difficile. L’entraîneur était Colbert Marlot et tout se passait bien avec lui même si on n’avait pas les résultats escomptés. Il faut dire qu’on avait repris deux semaines après tout le monde et qu’on avait un effectif limité quantitativement avec seulement 14 joueurs. Moi, j’étais sans club depuis Février et je n’avais pas eu de préparation physique. Au bout de 9 matchs, je me blesse au genou. On a mis du temps à savoir ce que c’était… 3 mois au total. C’est à ce moment-là qu’un nouvel entraîneur est arrivé : Nicolas Usai. Il a viré la moitié des joueurs et m’a mis de côté. J’ai continué à m’entraîner même si je savais que ça allait être compliqué pour moi. Il a recruté ses hommes et un concurrent à mon poste. Il a fait une 2e partie de saison avec sa nouvelle équipe mais malheureusement le club ne s’est pas maintenu. A la fin de cette saison, je quitte Sedan sans aucune minute de jeu au compteur. La descente aux enfers continuait… Pratiquement 1 an sans jouer. C’était difficile pour moi, alors à ce moment-là, je me suis séparé de tout le monde et je suis rentré chez moi. J’étais bien entouré, je retrouvais des amis comme Khadim Faye qui m’a donné des conseils.. J’ai alors décidé de repartir dans le foot amateur en N2 (ex-CFA) à l’ES Paulhan Pézenas.

Comment s’est passé ce retour au monde du foot amateur ?

Lors de mon 1er match, je me blesse. Bilan ? Une déchirure ! Je n’avais pas eu de préparation et j’avais passé un an et demi sans jouer. Je me soigne, je reprends et j’enchaîne trois matchs. On les gagne les trois. Tout se passait bien mais il y a eu un petit malentendu avec le club, des promesses qui n’ont pas été respectées. Je décide alors de tout arrêter et je décide de couper court à mon contrat et de rentrer chez moi.

Et c’est en Février 2018 que va commencer l’aventure en Bulgarie avec la 1ère Division du Tcherno More Varna. Comment s’est présentée cette opportunité ?

Walid Bouchenafa, mon agent, me contacte et me parle d’un essai en Bulgarie. Au départ, j’étais hésitant… Je faisais 84 kilos alors que mon poids « normal » était de 73 kilos. Puis, au final, je me suis lancé ! Au départ, ça se passait très mal, l’entraineur ne voulait pas me garder, je n’étais pas en forme et je n’avais pas le niveau. Mais, mon agent a fait le forcing et j’ai été pris pour 3 semaines de stage en Turquie. Lors du dernier match amical de préparation, le club m’annonce finalement qu’il me garde. Khadim Faye a géré la paperasse pour l’homologation de mon contrat et l’aventure démarrait !

Comment ça se passe depuis ?

Depuis, j’enchaîne les bons matchs en tant que titulaire. J’ai fait plusieurs passes décisives. On est même en finale contre le Levski Sofia pour une place en Europa League. Plus beau scénario que ça, je ne pouvais pas imaginer ! Tout ce parcours, tous ces échecs m’ont permis d’en arriver là.

Qu’est-ce qui vous a permis de ne jamais lâcher ?

Une force de caractère. Quand on tombe bien bas, quand on rentre chez soi, on voit la maman qui est triste, on voit qu’on n’a plus d’avenir, alors on se remet au travail. J’ai un coup de pouce d’un agent qui vient me chercher de nul part et qui m’invite à un essai et tout se déclenche… Il y a la chance, le travail et les bonne performances qui suivent. C’est une réussite car le travail a payé. J’en suis là et je suis très content. C’est une bonne revanche, une revanche personnelle.

Que conseilleriez-vous aux joueurs qui, comme vous, ne réussissent pas dans leur centre de formation et connaissent des galères ?

Je leur conseille de ne pas lâcher, de s’entourer des bonnes personnes comme moi je me suis entouré de Khadim Faye. Il faut fréquenter des personnes qui veulent votre bien et ne pas lâcher. Les années passent vite et il faut y aller à fond ! Il faut être sérieux pour ne pas avoir de regret. On aura le temps de s’amuser plus tard !

Connaissiez-vous quelque chose du football bulgare (Parva Liga) avant d’y partir ?

Je connaissais seulement les gros clubs comme le Levski Sofia, le CSKA Sofia et le Ludogorets. J’ai eu confiance en les personnes qui m’ont ramené là-bas. J’ai découvert ce que c’était et je suis vraiment surpris du niveau et du professionnalisme de mon club. Il y a souvent de mauvais échos sur la Bulgarie mais quand je compare avec la France, je dirais qu’on a largement le niveau Ligue 2. Il n’y a aucun soucis de paiement, une qualité d’entraînement qui est très bien et une mise au vert avant chaque match. C’est très pro, très carré.

Pouvez-vous nous présenter votre club du Tcherno More Varna ?

C’est un club qui se situe dans le top 7 des clubs bulgares, un club qui a gagné quelques titres. On compte deux phases finales de barrages Europa League. C’est un club bien structuré, très bien pour progresser. On est à un match d’être qualifié pour l’Europa League. Le Tcherno More Varna se situe juste derrière les gros clubs de Bulgarie comme le Levski Sofia, le CSKA Sofia et Ludogorets.

Comment ça joue en Bulgarie ?

C’est basé sur le jeu, ça ne dégage pas ici. Le jeu est posé, on ne verra jamais de longs ballons. C’est basé sur la technique et le physique mais cela n’a rien à voir avec la France. C’est très tactique. D’ailleurs, mon coach Ilan Iliev m’a énormément fait progresser à ce niveau. C’est incroyable tout ce qu’il m’a enseigné ! Il y a des bases que je n’avais jamais appris en France. Je ne remercierai jamais assez ce coach qui m’a donné cette chance…

Comment est l’ambiance dans les stades ?

Il y a beaucoup de ferveur. On a un kop. On compte en général 3000 spectateurs lors des matchs. Lors de certaines rencontres, c’est très chaud : fumigènes, bombes agricoles… Il y a des fans et j’ai beaucoup d’ajouts sur Facebook chaque jour. On a des supporters avec une mentalité d’Ultras.

Quel est votre objectif personnel ?

Sur le court terme, c’est de se qualifier pour l’Europa League. Sinon, je suis tellement passé par des moments difficiles et j’ai tellement vite rebondi que je veux juste rester dans le bon wagon. Aussi, c’est très important pour moi, je veux redevenir international congolais ! Enfin, j’ai bien progressé avec le coach et maintenant je veux viser un plus gros club et jouer au très haut niveau.

Un retour en France, ça vous tenterait ?

J’aimerais bien revenir en France un jour même si je suis bien ici. Ce serait un challenge intéressant. La France reste quand même mon pays et jouer en France au haut niveau, ça ne se refuse pas. Aussi, j’ai toujours bien aimé l’Angleterre et la Championship pour la ferveur. Je veux découvrir des pays comme l’Allemagne, j’aime ces clubs où il y a beaucoup de supporters et un gros public.

Que peut-on vous souhaiter pour la suite ?

On peut me souhaiter de continuer comme ça, de prendre du plaisir, de continuer à gravir les échelons comme je suis en train de le faire et de jouer au plus haut niveau. Jouer au football, c’est seulement ça le plus important !

Un dernier mot ?

Mon parcours, c’est une remontada de vie, une leçon de vie. Ça me servira dans mon futur. Je tiens à remercier Walid, Khadim et mon coach Ilan Iliev. Ce sont ds personnes qui m’ont tendu la main à des moments où ça a vraiment été compliqué pour moi. Tous ces échecs m’ont fait devenir ce que je suis et je sais que je ne referai plus jamais les mêmes erreurs qu’auparavant. Je ne veux plus aucune perte de temps.

Propos recueillis par Keevin Hernandez