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5 propositions pour améliorer l’arbitrage professionnel du football français

11/01/2021 à 19:28

Stop aux polémiques ! La rédaction d'Actufoot vous propose 5 idées pour améliorer l'arbitrage professionnel du football français.

L’arbitre est un acteur important de la partie, c’est lui qui participe au bon déroulement d’une rencontre.
Expert des Lois du jeux, il est chargé de veiller à leur application pour assurer la sécurité des joueurs et la régularité de la compétition. Il occupe un rôle difficile sur bien des aspects. Évolutions des responsabilités de l’arbitre central, apport de la vidéo, arbitrage à cinq… il a dû s’adapter à la transformation du règlement du football depuis plus de 150 ans. En effet, lors de chaque fin de saison, des points se rajoutent au règlement ou sont corrigés, et les officiels doivent s’habituer à abandonner certains réflexes et à en apprendre d’autres. En plus de la complexité des règles du ballon rond, il doit également souvent essuyer les reproches, critiques et parfois même vulgarités après des prises de décisions.

Le plus souvent, les différents observateurs et même acteurs du jeu ignorent le règlement, ce qui fait qu’ils ne comprennent pas les décisions. Avant tout, ce qu’il faut savoir, c’est que certaines décisions relèvent de l’interprétation souveraine des Lois du jeu par l’arbitre. Les points de vues peuvent donc être irréconciliables entre l’officiel et un autre acteur du match, puisque les deux camps n’interprètent pas de la même manière un même fait de jeu. De ce fait, dans énormément de situations, nous ne pouvons pas parler d’ « erreur d’arbitrage » puisque l’on est dans l’interprétation et que le règlement (loi 5) dit que c’est l’interprétation de l’arbitre qui prévaut.

Cependant, même si nous ne pouvons pas toujours parler d’ « erreur » et même si l’arbitre devrait « toujours avoir raison », nous avons pu observer qu’à pratiquement chaque journée de championnat (Ligue 1 et autres championnats professionnels), des choix du corps arbitral font débat. Pour atténuer ces tensions qui règnent parfois à la fin d’un match, Actufoot propose cinq idées pour améliorer l’arbitrage français.

Les 5 propositions d’Actufoot pour améliorer l’arbitrage français

1- Équiper tous les arbitres de micros-oreillettes afin que les téléspectateurs puissent entendre en direct les explications des officiels

Calqué sur le modèle du rugby, l’idée serait que les arbitres portent une oreillette reliée aux juges de touche et au camion VAR, mais aussi un micro qui permette aux téléspectateurs d’entendre l’explication de leurs décisions. On voit trois avantages à cette mesure.

– Elle éviterait les possibles dérapages comme par exemple lors du match de phase de groupes de Ligue des Champions du mardi 8 décembre 2020 entre le PSG et Basaksehir. Des propos jugés « racistes » avaient été prononcés par un arbitre de touche envers le Camerounais Pierre Achille Webo, membre du staff de l’équipe turque. Le match n’avait alors pas pu reprendre et tous les acteurs de la partie, médias ainsi que téléspectateurs, étaient dans le flou quant à ce qu’il venait de se passer. La possibilité pour le public d’entendre en direct ce que dit l’arbitre aurait : – soit permis d’éviter la situation, car l’officiel ne se serait peut-être pas permis de prononcer certains mots se sachant écouté par des millions de personnes, – soit donné l’occasion aux médias puis aux instances de mieux comprendre et d’analyser la situation pour agir par la suite.

– Elle pousse à plus de communication entre les arbitres et les joueurs. Ce reproche qui est fait depuis des années aux arbitres français, celui de ne pas être assez dans la discussion et la pédagogie avec le footballeur, serait petit à petit gommé par cette mesure. Attention, il ne faudra pas tomber dans le piège des longues discussions interminables qui ralentiraient le jeu et le rythme d’un match de football, ce qui peut correspondre au ballon ovale mais pas au rond. Autre avantage, ces discussions diffusées en direct donneraient la possibilité aux médias et téléspectateurs d’entendre les explications de l’arbitre, d’apprendre un peu plus précisément les Lois du jeu et donc de mieux comprendre les décisions arbitrales.

– Ce serait la possibilité de diffuser en quasi-direct ou léger différé les échanges entre l’arbitre central et les assistants VAR. Encore une fois, cette mesure aurait l’avantage de mieux faire comprendre les décisions prises après analyse de la vidéo. Lors de la défaite du PSG à Monaco en Ligue 1 (3-2) en novembre dernier, Kean aurait peut-être dû marquer le 3e but parisien avant la mi-temps. Mais Clément Turpin n’avait pas accepté le but et la décision avait été validée par le VAR. Mbappé avait cru être le fautif et les observateurs du match n’avaient alors pas compris la décision. Il avait fallu attendre plusieurs heures après le match avant d’avoir la vraie explication d’une position de hors-jeu de quelques millimètres de la part de l’international italien.

2- Conférence de presse à la fin du match pour les arbitres afin d’expliquer leurs décisions aux médias et au grand public

Parfois, les réclamations et les incompréhensions par rapport à une « erreur » d’arbitrage peuvent venir d’un manque de communication et de connaissance des règles du jeu. Un point presse permettrait alors d’éclaircir la situation. A force d’être trop protégés, les arbitres deviennent finalement des cibles.
Acteurs essentiels du football, les officiels ne prennent presque jamais la parole dans les médias. Cette rareté, décrétée par la Fédération, s’explique par une volonté de ne pas entretenir les polémiques, sauf qu’en réalité, elle les accentue. Il s’agit donc d’une volonté de ne pas faire participer les arbitres au jeu médiatique de la part de la Direction technique de l’arbitrage (DTA).

Pierluigi Collina, ancien arbitre international, président de la Commission des Arbitres de la FIFA, répond aux questions qui entourent l’arbitrage de France 2019. (Crédit photo : FIFA)

Les prises de parole des officiels dans la presse se comptent sur les doigts d’une main lors d’une saison et quand elles sont miraculeusement acceptées par l’instance fédérale, elles sont réfléchies, étudiées en amont, pour livrer un discours stéréotypé. Cette absence des arbitres dans les médias crée une forme d’incompréhension et de rejet envers le corps arbitral qui est amplifiée aujourd’hui par l’omniprésence des réseaux sociaux. L’arbitrage aurait tout intérêt à livrer son explication publiquement après les matchs en conférence de presse pour éviter que l’étincelle ne devienne un incendie.

3- Présence d’un joueur professionnel, ancien joueur pro ou entraîneur dans le camion Var pour aider à l’analyse de certaines situations

Dans les faits, l’équipe d’assistance vidéo, située dans le camion VAR ou dans une cabine aux abords du stade, est composée d’un arbitre professionnel (VAR) et d’un assistant technique (AVAR), qui peut être issus de l’entreprise HawkEye comme être un arbitre professionnel. L’idée serait d’inclure un joueur professionnel, ancien pro ou entraîneur dans ce groupe de deux destiné à étudier la vidéo. Bien évidemment, il n’y aurait aucun lien ou rattachement avec l’une ou l’autre des équipes présentes sur le terrain.

Quel intérêt ? Ce dispositif amélioré permettrait d’apporter une sensibilité football en plus pour prendre une décision en accord avec le sens du jeu. Nous pouvons prendre pour exemple le but de Montpellier contre l’OM mercredi dernier qui a suscité de vives contestations. Mollet qui inscrit le but n’est pas hors jeu, mais Delort, lui, l’est et il laisse passer le ballon entre ses jambes pour que son milieu de terrain puisse finir.

Après quelques secondes d’attente, la décision d’accorder le but par Stéphanie Frappart est validée par le VAR. De nombreux anciens professionnels, comme Mickaël Landreau, aujourd’hui consultant pour Canal Plus, avaient fait entendre leur désaccord après cette décision : « Je ne comprends même pas comment on peut hésiter sur le but montpelliérain. Si on a joué un minimum au foot, on sait qu’il y a hors jeu 10000 fois » avait commenté l’ancien gardien de but nantais. Alors pourquoi pas un Mickaël Landreau dans le camion VAR pendant la partie ?

4- Obligation pour les arbitres en formation de s’entraîner avec un club de football amateur

Les arbitres sont tous affiliés à un club sur demande de la FFF, mais pas tous ne s’entraînent avec les joueurs de foot, en général ils le font à part. Pousser les arbitres à participer à la vie du club et à ses entraînements permettrait de faire gagner en sensibilité foot aux officiels et en compréhension des lois du jeu aux joueurs et entraîneurs. De la communication entre les deux camps au sein même de la structure où on apprend les bases du football, des réunions pour expliquer le rôle de l’arbitre pour les jeunes, un apprentissage non pas théorique mais pratique du football pour les arbitres… tout le monde serait gagnant à ce que les hommes en noir investissent les structures amateurs et leurs terrains.

Karim Abed, arbitre international et président de la Commission Régionale des Arbitres de la Ligue Méditerranée, a rejoint le club amateur varois de l’Olympique St Maximin cet été. « Dans un premier temps, je m’entraîne avec eux depuis quasiment 10 ans. Quand j’étais arbitre régional, ils avaient la gentillesse de me laisser m’entretenir avec eux quasiment trois fois par semaine. Ils me laissaient tout faire avec eux, m’entraîner et jouer » nous avait-il déclaré.

Le secret de sa réussite ? Peut-être ! Quoi qu’il en soit, cela lui permet de s’entretenir physiquement et d’être au contact des joueurs pour mieux les comprendre. De l’autre côté, son apport au club de l’OSM est intéressant. En effet, il est chargé de la formation des coachs sur les statuts et règlements du football, s’occupe d’animer également des ateliers pédagogiques autour du sujet de l’arbitrage auprès des plus jeunes et aide également à la mise en place de protocole d’accueil pour les arbitres et les officiels qui viendront sur les installations du club tout au long de la saison. Une expérience qui fait réfléchir…

5- La production et diffusion publique d’un rapport après chaque journée de championnat

C’est une idée qui avait été lancée en novembre 2019 par le club de l’Olympique de Marseille à la suite d’une polémique sur un but accordé face à Lyon qui n’aurait peut-être pas dû l’être. C’était en tout cas à l’époque l’avis de Pascal Garibian, directeur technique de l’arbitrage. Une prise de position qui avait forcé le club Olympien à réfléchir à des idées à proposer pour aider l’arbitrage. Parmi ces propositions figurait celle de copier le modèle de la NBA avec la production d’un rapport après chaque journée de championnat précisant les décisions arbitrales justement prises, les décisions manifestement erronées et les décisions qui auraient dû être prises mais qui ne l’ont pas été.

Le 11 octobre 2020, en NBA, aux Etats-Unis, les Lakers ont protesté publiquement contre certaines décisions arbitrales durant la traditionnelle conférence de presse d’après match du Game 5. Comme après chaque rencontre, la NBA a rendu son verdict ce qui a permis de comprendre que des erreurs avaient été commises, qu’elles avaient profité à Miami et qu’elles étaient reconnues par le système arbitral. Le rapport spécifiait que la Ligue acceptait de s’être trompée sur deux situations de jeu sur trois. Elle a reconnu être en erreur sur l’action où Butler commet une faute sur LeBron alors que ce dernier file au panier. Elle a aussi avoué une violation des trois secondes en défense de la part d’Andre Iguodala. Mais pour les fautes sur Butler dans la dernière minute, elle a soutenu ses arbitres malgré les contestations du club en expliquant pourquoi le corps arbitral avait eu raison de ne pas avoir sifflé faute en citant le règlement.

LeBron James face à l’arbitrage sous les couleurs des Lakers en octobre 2020. (Crédit photo : NBA)

La diffusion d’un tel rapport et une prise de recul et de responsabilité sur les bonnes et mauvaises décisions prises humaniseraient un peu plus le corps arbitral. Aussi, elles permettraient d’expliquer au grand public les choix qui ont été faits sur certaines situations suite à la journée de championnat qui vient de s’écouler. Enfin, cette médiatisation du chemin de raisonnement pris par les dirigeants de l’arbitrage français mettrait en avant le travail et les différents points de vues de la commission. Une transparence nécessaire pour la confiance entre tous les partis.

A vous de nous donner votre avis !

Quelle est la proposition qui vous plaît le plus ? Avez-vous d’autres idées pour améliorer l’arbitrage français ? Actufoot vous propose de répondre à ce sondage :

Keevin Hernandez

Crédit photo Une : Icon Sport

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