Interview

Patrice Loko : « On vient tous du foot amateur »

16/03/2020 à 15:54

Patrice Loko aura marqué le FC Nantes pendant son passage de dix ans, dont un but d'anthologie face au Paris Saint-Germain, club qu'il a rejoint dans la foulée. Avec une carrière footballistique qui s'est construite exclusivement dans l'Hexagone, l'ancien international revient sur un parcours riche qui s'est arrêté en Corse en 2008. Il évoque également sa vision actuelle du football, celle du monde amateur qui se rapproche fortement de l'environnement professionnel.

Patrice Loko, vous aviez créé votre entreprise, Loko Sport en 2008 ainsi que l’ouverture d’un bar restaurant ! Qu’en est-il depuis ?

Beaucoup de choses ont changé et évolué depuis ! Avec mon frère, on a travaillé sur Loko Sport Evènements pendant 13 ans pour ma reconversion personnelle et la sienne. L’idée est d’inviter des chefs d’entreprise en vendant des packs pour assister à des matchs à l’étranger (Coupe du monde, Euro, Ligue des Champions) incluant places, hôtels, restaurants, transports. Mon frère était basé à Niort et nous étions en collaboration avec une entreprise dans le même domaine avec une grosse visibilité. J’avais d’autres activités et il gérait seul. Notre société a fusionné depuis l’année dernière et Loko Sport n’existe plus. De ce fait, je fais pas mal de relations publiques, des interventions dans des centres de vacances, les écoles, j’inaugure des terrains, j’effectue des coups d’envoi et j’essaye de transmettre autant que je peux mon vécu et ma carrière footballistique. Je suis également consultant pour partager mon expérience en Ligue 1, Ligue 2 sur différents supports médias mais principalement la télé ou la radio.

Une carrière professionnelle qui a commencé au FC Nantes en 1988, club où vous allez tout découvrir ! Quels sont vos meilleurs souvenirs ?

Ils sont nombreux ! Un des meilleurs reste mon arrivée dans ce club prestigieux à l’époque. Le fait d’intégrer un club professionnel et de finir dans un centre de formation et surtout celui de Nantes, c’est assez spécial. Quand je suis rentré à quinze ans, j’en suis reparti dix ans plus tard. J’ai vécu une grosse expérience et de super moments, notamment avec Jean-Claude Suaudeau. Les trois dernières années avant mon départ ont été marquantes pour tout le club, avec un titre en 1995 avec une équipe très jeune. On s’était vraiment éclaté et il y avait vraiment une identité club, tant au niveau de la formation que dans la philosophie de jeu instaurée par les différents entraîneurs !

« La coupe d’Europe ? J’ai eu la chance de la disputer dans tous les clubs où je suis passé »

Et un but d’anthologie contre le Paris Saint-Germain face à Bernard Lama notamment, avant de rejoindre la Capitale…

Ce but a été inscrit lors de la saison 1994/1995, année lors de laquelle j’avais également fini meilleur buteur. Tout le monde s’en rappelle de ce parcours incroyable mais aussi de cette réalisation qui illustre à elle seule la philosophie de jeu : cette spontanéité à la Nantaise ! Le marquer dans un stade plein, en début de rencontre et en plus contre le PSG, l’équipe à battre à ce moment-là et le club que j’ai rejoint par la suite, c’est forcément un moment particulier.

Le PSG, l’OL, Montpellier, Lorient par deux fois, l’ESTAC… plusieurs fois meilleurs buteurs du championnat, une carrière riche en buts !

En effet, j’ai fait beaucoup de clubs après avoir quitté la Loire-Atlantique et le FC Nantes, en prenant beaucoup de plaisir. La coupe d’Europe ? J’ai eu la chance de la disputer dans tous les clubs où je suis passé, car à l’époque, il y avait encore la Coupe Intertoto ! Même à Ajaccio lors de ma dernière année, nous avions disputé des qualifications d’une Coupe d’Europe, des moments forcément sympas. J’ai rencontré pas mal de gens, et surtout de très bons entraîneurs au cours de ma carrière. J’ai également fait attention aux clubs dans lesquels je m’engageais. Le discours et la philosophie de jeu comptaient beaucoup, comme par exemple avec Christian Gourcuff ou encore Alain Perrin !

Quelle a été la marque de fabrique « Patrice Loko » ?

Les gens me connaissaient en tant que joueur du FC Nantes. J’avais des qualités d’attaquant, je marquais des buts, je pouvais évoluer sur les côtés comme dans l’axe, ce qui me permettait d’effectuer de nombreux appels. Avec un jeu assez collectif et porté vers l’avant, j’avais sans doute les qualités qu’on recherche pour un attaquant. Je ne suis pas quelqu’un « à problèmes » dans un groupe, j’ai toujours eu de bons rapports avec mes entraîneurs, coéquipiers, dirigeants. J’ai été international français mais je ne sais pas si j’avais des modèles ! Des joueurs m’ont quand même inspiré, comme Susic, grand milieu de terrain, Dominique Rocheteau au PSG, des joueurs qui se battaient sur le terrain, qui avaient vraiment cet esprit collectif. Quand j’avais 10-12 ans, j’aimais le Paris Saint-Germain et j’allais au Parc. Y évoluer par la suite m’a donné beaucoup de plaisir.

« Après un ou deux mois d’arrêts, j’ai été international, j’ai rejoué en Ligue 1, j’ai gagné la coupe d’Europe en 96 avec Paris »

Vous avez vécu également la perte d’un être cher et un épisode dépressif. Le football a-t-il été votre remède ?

Il aide beaucoup quand on a besoin de se relever. Dans ces moments-là, on aimerait avoir une famille, des coéquipiers, du soutien tout simplement… Quand j’ai fait ma dépression lors de mon passage entre le FC Nantes et le PSG, elle aura duré quelques semaines… mais c’est toujours trop long pour un sportif de haut niveau ! Après un ou deux mois d’arrêts, j’ai été international, j’ai rejoué en Ligue 1, j’ai gagné la coupe d’Europe en 96 avec Paris. Il peut y avoir des hauts et des bas dans une carrière, des fois c’est physique, moi ce n’était pas le cas. On n’aime pas avoir ce genre de problèmes dans une carrière, mais pour chaque joueur, le tout c’est de se relever !

Alors au PSG, un homme vous a relancé, Christian Gourcuff…

Exactement, je jouais moins au PSG lors de ma dernière saison. Le club avait fait un recrutement avec un attaquant qui venait d’arriver et il fallait absolument que je parte. Je n’envisageais pas le fait d’être remplaçant. Des clubs se sont proposés pour me prendre, et à Lorient, il y avait Christian Gourcuff. Moi qui venais de Nantes, ça m’a attiré puisque je connaissais la Bretagne. Mon agent m’a dit que c’était un bon entraîneur et qu’avec ma façon de jouer c’était l’endroit qu’il me fallait pour exprimer mes qualités de joueur. Jean-Claude Suaudeau à l’époque, Christian Gourcuff aujourd’hui, ce sont des coachs qui ont eu l’habitude de travailler avec des joueurs moins connus, mais avec qui le collectif prend le dessus.

« Ce qui manque, et c’est mon seul regret, c’est de ne pas avoir disputé une Coupe du Monde. »

Vous avez été porté le maillot bleu à 26 reprises pour  7 buts ! Est-ce forcément un point marquant de votre carrière ?

En effet, avec également un championnat d’Europe en Angleterre. Ce qui manque, et c’est mon seul regret, c’est de ne pas avoir disputé une Coupe du Monde. Chaque joueur français rêve d’avoir au moins une sélection en Bleu à partir du moment où il passe professionnel. Avec les Bleus, j’ai fait mes débuts aux côtés de grands noms comme Jean-Pierre Papin, Eric Cantona ou encore David Ginola. Il y avait aussi des coéquipiers avec qui j’évoluais au FC Nantes, Claude Makélélé, Adrien Karembeu et qui ont eu la chance ensuite de poursuivre l’aventure jusqu’à la victoire en Coupe du Monde 1998 ! J’en garde évidemment de très bons souvenirs, comme ceux passés avec Aimé Jacquet, le sélectionneur à cette époque !

Un trio particulièrement efficace s’était formé avec Nicolas Ouédec et Reynald Pedros, permettant aux Canaris de jouer les premiers rôles ! Quelles relations entretenez-vous aujourd’hui ?

On se croisait régulièrement auparavant. Je vois plus Nicolas car avant il habitait sur Cannes mais il est revenu sur Nantes. On se voit aussi avec Japhet. Samedi dernier, nous étions ensemble pour un anniversaire ! Avec Reynald, maintenant qu’il travaille à Canal , on a l’occasion de se croiser plus souvent. On essaye d’organiser des rencontres avec les anciens joueurs du FC Nantes, les ex-Rennais, des équipes de célébrités. Des rencontres caritatives aussi qui permettent de garder le contact et de partager des moments, même des années après !

Un rôle à la formation ne vous a pas intéressé ? au FC Nantes, au PSG ?

J’ai passé mes diplômes d’entraîneur à la fin de ma carrière de joueur. Intégrer un centre de formation aurait pu m’intéresser, mais comme j’ai eu d’autres activités à côté j’ai préféré rester dans ce que je fais aujourd’hui. Ça ne veut pas dire que je ne travaillerai pas dans un club un jour. Je pourrais apporter une organisation, une certaine façon de voir les choses. Entraîneur adjoint ou directeur sportif,  des postes pour aider à structurer, ça pourrait me plaire !

« Il y a plus de joueurs dans les effectifs mais moins de qualité, moins de très bons joueurs. »

Frédéric Da Rocha, éducateur des U18 de l’USJA Carquefou, Eddy Capron coach de l’AS Sautron en Régional 1, suivez-vous leurs résultats ?

C’est vrai que j’ai pas mal d’amis qui encadrent des équipes amateurs. Par leur biais, je m’y intéresse forcément. Quand on s’intègre dans une ville, on a plus de facilités à être proche du football amateur. J’aide par ma présence, lors des invitations que je reçois. C’est aussi un plaisir pour des structures de recevoir d’anciennes stars internationales. Malgré des freins, certains clubs amateurs sont beaucoup plus structurés aujourd’hui. La différence réside au niveau des bénévoles et des joueurs, pour certains rémunérés et travaillant à côté. Le schéma professionnel est donc compliqué à calquer. Mais au final on vient tous du foot amateur.

Vous êtes souvent à la Beaujoire. Comment jugez-vous la Ligue 1 aujourd’hui avec le Paris Saint Germain version « qatari », Marseille qui revient aux premiers rôles ?

J’apprécie de voir évoluer le FC Nantes en Ligue 1 aujourd’hui après l’avoir suivi en Ligue 2 durant pas mal de temps. Depuis deux-trois ans, l’équipe a repris de la confiance, semble rodée et elle est meilleure. Le collectif à la nantaise a fait son retour, notamment avec l’arrivée du coach Gourcuff. Les résultats ont été très bons en début de saison, ils l’étaient un peu moins avant l’arrêt du championnat, mais avec le groupe à disposition c’est déjà très bien ! Le club va petit à petit revenir au haut niveau. Plus globalement, en considérant que Paris est à part on voit qu’il y a plus de joueurs dans les effectifs mais moins de qualité, moins de très bons joueurs. Aujourd’hui tous les clubs professionnels ont investi dans la formation, mais quand leurs jeunes sont très bons, ils partent vite à l’étranger.

Propos recueillis par Joel Penet

Crédit photo : JACQUES BERTHOMEAU / BeSoccer / FranceFootball / Wikipedia

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