Interview

Mikhail Turi : « Le monde amateur manque de rigueur »

24/03/2020 à 18:30

Mikhail Turi fait partie d'un cercle très fermé : celui des entraîneurs ayant remporté un titre national, à l'étranger, dès leur première saison. Cette performance, réussie avec les U15 de Mouscron (en Belgique), lui a servi de déclic. Désormais, l'ex-joueur professionnel voit plus grand : il ambitionne d'intégrer un staff professionnel français, et "pourquoi pas un club de N3, N2 ou N1". Entretien.

Pouvez-vous vous présenter ?

Je suis né à Arras, où j’ai grandi, avant de bouger un peu partout en France et à l’étranger au cours de ma carrière de footballeur. Aujourd’hui j’habite à Bondues et j’entraîne les U15 de Mouscron, en D1 belge. J’ai atterri là-bas un peu par à hasard : j’ai rejoint mon garçon de huit ans qui jouait au foot dans ce club. Et c’est par son intermédiaire que je me suis remis à jouer au football et que j’ai commencé à entraîner. C’est lui qui m’a donné l’envie de me reconvertir, de me fixer des objectifs et d’atteindre des performances.

Quels sont vos faits d’arme en tant que joueur ?

J’ai débuté à Béthune, en CFA. J’ai ensuite évolué à Abbeville, puis au SCO d’Angers, en Ligue 2 et en National, entre 2001 et 2006. Je suis ensuite retourné dans le Pas-de-Calais, à Boulogne-sur-mer. Puis j’ai voyagé en Belgique, aux Etats-Unis, et je suis revenu une nouvelle fois dans les Hauts-de-France, où j’ai « terminé » ma carrière à Bondues.

Et en tant qu’entraîneur ?

A Mouscron, le club m’a dans un premier temps confié l’école de foot, avant de me proposer de reprendre l’équipe des U15 en National (en Belgique, le championnat U15 se dispute sur le plan national, ndlr). Dès ma première année en tant qu’entraîneur, nous avons été champions nationaux. Ce qui est un titre très rare pour un entraîneur français. Cela a beaucoup fait parler dans la région. Ma force, en tant qu’entraîneur, c’est que je n’ai pas entamé ma reconversion directement après avoir raccroché les crampons. Pendant deux ans, j’ai pris une pause, j’ai observé, et je me suis fait ma propre critique. J’ai pu constater, analyser ce qui allait et ce qui n’allait pas.

Le titre national remporté par Mikhail Turi a beaucoup fait parler de part et d'autre de la frontière belge

Le titre national remporté par Mikhail Turi a largement été commenté de part et d’autre de la frontière belge.

Qu’avez-vous constaté ?

Le monde amateur peut être extrêmement trompeur. Je sais que le monde professionnel a besoin du monde amateur, mais il souffre sur un point. De ce que j’ai pu observer, en amateur, on pense bien travailler, mais on manque de rigueur. Si on veut atteindre la performance, on ne peut pas se contenter d’un club amateur. Et pour moi, qui recherche cette performance, je ne peux la retrouver que dans des structures qui évoluent sur le plan national.

Comment envisagez-vous la suite ?

Depuis ce titre, j’ai revu mes objectifs à la hausse : j’aimerais intégrer un staff pro. Pourquoi pas entraîner une réserve d’une équipe pro. Donc une formation qui évolue en N1, N2 ou N3. En tout cas, si je veux atteindre mon objectif d’évoluer, je vais devoir bouger. J’ai les diplômes pour : je suis titulaire de la licence A UEFA élite, l’équivalent du DES en France. Quoi qu’il en soit, j’aimerais être à temps plein dans un club, ce qui n’est pas le cas actuellement à Mouscron.

« J’ai un temps d’avance sur certains points »

Quelle est votre philosophie en tant qu’entraîneur ?

J’ai évolué avec des coaches qui m’ont beaucoup apporté. Au cours de ma carrière j’ai croisé Hubert Fournier, Philippe Montanier, Noël Tosi, Jean-Marc Nobilo et d’autres. Je me suis beaucoup inspiré de leur mentalité. Après, j’ai ma personnalité, mes convictions. Je sais où je veux aller. Et j’ai mes forces : de la rigueur, une bonne gestion de groupe, du mental. Je peux avoir une équipe lambda et tirer le meilleur de chacun. Ce qui fait que j’arrive à avoir une équipe compacte et solide. Je suis un jeune coach et je sais ce que je veux. Je n’ai pas attendu dix ans pour être champion national. Certains entraîneurs n’ont pas fait en dix ans ce que j’ai fait en un an. J’ai un temps d’avance sur certains points. En terme de pédagogie, je suis dans l’ère du temps. Certains entraîneurs semblent dépassés. Leur message ne pas plus. Moi, je réagis très vite.

Et votre style de jeu ?

Je suis très tourné vers la reconversion offensive, avec un bloc solide, des projections rapides vers l’avant et beaucoup de transitions offensives. Un peu à l’image de ce que fait Jürgen Klopp à Liverpool. C’est ce que j’ai fait avec mes U15 à Mouscron et ça a très très bien marché. Ce style de jeu, c’est celui qui permet de prendre le plus de plaisir, étant donné que l’on peut marquer plus souvent. Et marquer des buts, c’est l’essence même du football. Forcément, il faut aussi défendre. Faire appel à des notions de bloc défensif, d’esprit d’équipe, de solidarité… Mais, surtout, il faut scorer. Pour y arriver, il faut que l’équipe ait du caractère. Si le coach n’a pas cette personnalité, ça ne peut pas fonctionner. Moi en tout cas je l’ai. Et mes équipes s’identifient à ma mentalité. C’est ce qui fait que le style de jeu que j’instaure plaît beaucoup. A Mouscron, en tout cas, ils m’apprécient beaucoup, du fait de mon travail, ma rigueur, ma personnalité, le discours que j’ai et ma pédagogie.

Quels clubs aimeriez-vous entraîner ?

Bordeaux, Nantes, Lens seraient des clubs où, à mon goût, il serait intéressant de travailler. Ce sont des structures qui forment bien, avec une bonne philosophie. Lens pourrait beaucoup me plaire. En tant qu’Arrageois, j’ai grandi avec le Racing. Et si je reste dans la région, je ferais de cette équipe ma priorité. J’aime leur manière de fonctionner : de préférer des promotions en interne plutôt que d’aller chercher des entraîneurs de l’extérieur. Mais je ne suis pas fermé à rester dans les Hauts-de-France. Je suis ouvert à toutes propositions. En tout cas, je fonctionne au projet. Le but, c’est d’intégrer une structure stable et de progresser.

« En Belgique, les jeunes sont scoutés matin, midi et soir »

En quoi le football belge est-il différent du football français ?

En Belgique, on parle plusieurs langues : Anglais, Français, Flamand. Et puis, ils ont une culture que nous n’avons pas en France. Le Français est arrogant, fermé d’esprit, pense tout savoir et savoir tout faire. Le fait de travailler en Belgique m’a apporté une belle expérience. Une ouverture d’esprit, une autre vision du football, avec d’autres aspects pédagogiques. Tôt ou tard, en entraînant dans un club pro, je pourrai amener ma touche personnelle ; un plus à la formation et aux équipes seniors. Le problème, c’est que généralement les clubs français ne laissent pas la place aux coaches talentueux, qui ont pour but de faire progresser leurs équipes. A l’étranger, la mentalité est celle de personnes qui ont envie de réussir. Alors qu’en France, même avec des sacrifices, rien ne garantit le succès. Il y a parfois des choses qui bloquent et dont on ignore la source.

Et en ce qui concerne la formation des jeunes ?

Le système est différent. Chez les jeunes, les équipes pros ne jouent qu’entre elles, au sein d’un championnat national, y compris chez les très jeunes. Les structures sont très belles, et même meilleures qu’en France. Ce qui fait qu’au niveau de la pré-formation, le niveau est très élevé. A tel point que les jeunes sont « scoutés » matin, midi et soir ! Dans tous les matches, il y a toujours dix scouts autour des stades : on a celui du Standard de Liège, du PSV Eindhoven, de Lille, de Lens, de Valenciennes, de Bruges… L’écart se resserre à partir des U16. Les clubs des autres grands championnats européens disposent de centres de formation, ce qui n’est pas le cas en Belgique.

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