InterviewNational 2

Gaël Danic (US Saint-Malo) : « Mes coéquipiers me donnent aussi des conseils »

17/01/2020 à 16:02

Formé au Stade Rennais, Gaël Danic évolue aujourd'hui du côté de l'US Saint Malo en National 2. A 38 ans, le joueur qui a disputé la Ligue des Champions avec l'Olympique Lyonnais, passé par Valenciennes ou encore le Stade Lavallois, a accepté le challenge proposé par Grégory Poirier l'été dernier ! Son parcours, l'OL, sa vision du football amateur, celui qui a toujours faim de football se confie sur Actufoot.

Gaël, comment pourriez-vous résumer vos six premiers mois en National 2 ?

Au début, ça n’a été pas évident. Étant donné que j’ai été reclassé amateur, il a fallu attendre le mois d’octobre afin que puisse jouer. J’ai repris avec le groupe en juillet, donc quasiment trois mois et demi d’entraînement sans pouvoir jouer le weekend. La cerise sur le gâteau, c’est le match et je n’y avais pas le droit ! Cependant, cette situation m’a permis de discuter avec les joueurs en profondeur, prendre du temps pour connaître les partenaires, le mode de fonctionnement amateur. C’est du temps qui n’était pas perdu, loin de là ! Avec l’expérience que j’ai, ce qui est primordial, c’est de développer l’aspect humain. Il y a un groupe de qualité à Saint-Malo, qui vit bien tant sur le plan sportif qu’humain et je suis déçu du classement actuel car on a les moyens d’être plus haut dans ce championnat. Il y a eu beaucoup d’arrivées, un nouveau coach également, on apprend tous à se connaître et il faut laisser le temps faire les choses ! Actuellement, on est sur une dynamique de cinq, six matchs où on est invaincus, l’équipe commence vraiment à trouver les automatismes, à s’acclimater aux qualités et faiblesses de chacun et ça se ressent dans nos prestations !

Saint-Malo, un cadre de vie idyllique ?

J’habite sur Rennes mais je fais la route tous les jours pour me rendre à Saint-Malo. Je connais très bien cette ville car pendant les vacances d’été notamment, j’y passe beaucoup de temps. Le cadre est super mais il y a des joueurs qui sont arrivés de divers horizons et il a fallu qu’ils l’intègrent. Il a fallu que le coach, dans la mesure des arrivées, maintienne la concentration de chacun aux entraînements, car le cadre c’est bien, mais il peut aussi être une épine dans le pied footballistique. Je prends le cas de Bordeaux par exemple. Je connais énormément de joueurs qui sont passés par là-bas. Des discussions que j’en ai eu, il fait bon d’y vivre, le cadre est top mais tout est fait pour amener la distraction : ils sont chauvins. Le coach de l’équipe s’en est vite aperçu et au quotidien, ne cesse de rappeler les exigences de la National car la National 2 est un championnat très difficile. Il faut parfois y mettre d’autres ingrédients que le football. Moi qui suis breton, on a moins l’état d’esprit du sud ici et il manque cette fougue au niveau du terrain, la ferveur, l’intensité des supporters, c’est aussi ça qui permet d’aller chercher plus haut ! Je fais le parallèle avec Lorient il y a deux ans en Ligue 2, la saison où nous ne sommes pas montés, deux équipes du sud de la France ont accédé à la Ligue 1 en fin de saison, ce sont des points de détail qui vont au delà du football…

« Cette situation m’a permis de discuter avec les joueurs en profondeur, prendre du temps pour connaître les partenaires, le mode de fonctionnement amateur »

Quel statut avez-vous dans cette équipe de National 2 ?

J’arrive en tant que joueur et je suis quelqu’un d’assez humble. Ce que j’ai apprécié dans le discours du coach, c’est que tout le monde est logé à la même enseigne et c’était aussi ma vision des choses à mon arrivée. Mon expérience me fait dire qu’a partir du moment où tout le monde a le même statut, les quiproquos possibles sont évités. C’est sur qu’on ne peut occulter l’expérience que j’ai, mais j’en ai moins que certains de l’équipe au niveau National 2 ! Tout le monde apporte sa pierre à l’édifice et mes coéquipiers me donnent aussi des conseils, m’expliquent comment ça se passe sur certains terrains. A l’inverse, mon rôle est de faire comprendre à tout le monde qu’une saison c’est très long, qu’il ne faut jamais baisser les bras, et lors de certaines rencontres, j’essaye aussi d’apaiser les joueurs afin de laisser passer l’orage… pleins de petits détails concernant la gestion du match ! Il y a des réactions à chaud qu’il faut savoir exprimer sur un terrain, sans forcément prendre de pincettes et c’est ça que j’attends aussi, qu’un coéquipier me fasse la remarque sur mon placement, que j’en fasse aussi et c’est ça qui permet la remise en question !

Pourquoi le passage chez les Gones a t’il été compliqué pour vous ?

Si c’était a refaire, je le referai ! Quel joueur qui a des ambitions peut dire non à l’Olympique Lyonnais ? J’ai toujours joué dans des clubs de « seconde zone », sans être offensant, et je n’ai pas hésité une seule seconde ! J’ai connu la Ligue des Champions, l’Europa League, les exigences du haut niveau… Ce qui m’a fait défaut par rapport à mes clubs précédents, ce sont les exigences, je ne les ai pas intégrées directement. Quand vous êtes à l’OL, trente joueurs sont susceptibles d’être titulaire le week-end, si vous ratez votre chance, le train passe mais ne revient plus ! Je ne suis pas arrivé au club par hasard, j’ai effectué cinq ans bonnes saisons à Valenciennes, j’ai été dans les trois, quatre meilleurs passeurs en Ligue 1. Lors de ma dernière année dans le Nord, je finis à 11 passes décisives, juste derrière Payet et Valbuena. Le niveau, je savais que je l’avais même si des gens pouvaient être sceptiques. Les exigences par contre, je n’y étais pas forcément préparé mais je n’ai jamais vraiment eu la possibilité de montrer ce que je valais. J’ai joué contre le Real Madrid en matchs amicaux, j’ai été félicité par Rémi Garde après la préparation mais quand on entendait Aulas nous dire « Lyon fait partie des 14 meilleurs clubs européens », on sait où on a mis les pieds ! Paris est dans une autre sphère mais j’ai quand même eu la possibilité de passer par cet immense club !

« Quand vous êtes à l’OL, si vous ratez votre chance, le train passe mais ne revient plus ! »

L’OL et sa formation, une institution ?

Je suis formé à Rennes et c’est intéressant de la comparer à celle prônée par l’Olympique Lyonnais. La différence et elle va au-delà du football et c’est peut être dû au fait de disputer la Ligue des Champions, mais à Lyon quand les joueurs sortent du centre de formation, ils sont formatés pour gagner et être titulaires dans l’équipe première. A Rennes quand on sort, on a l’impression qu’il y a une hiérarchie, qu’il faut passer plusieurs étapes. Anthony Reveillère (qui partage l’aventure avec Cris à MDA Foot en N2 NDLR), dont je suis très proche car on a été formé ensemble au Stade Rennais, m’avait raconté la scène où Ben Arfa dit à Wiltord : « Vous pouvez rigoler, je suis là pour prendre votre place » alors qu’il avait 17 ans. Lors d’une séance, j’avais assisté à une conservation de balle, un toro, et personne ne voulait admettre la défaite ! Rien n’est laissé au hasard et même à l’entraînement, tu joues pour gagner. L’OL… c’est l’OL, une machine commandée par un président qui gère son entreprise ! Quand on voit ce qu’il a fait pour le football français, là où il a mené le club aujourd’hui, ses ambitions et s’il est toujours là, c’est que son travail paye ! J’ai eu un désaccord avec Jean-Michel Aulas lors de mon départ, il ne peut pas plaire à tout le monde mais force est de constater son travail. Aujourd’hui, s’il est encore président, c’est aussi parce qu’il bénéficie de la confiance d’investisseurs, partenaires qui ont misé sur lui. Il a aussi des comptes à rendre et c’est très facile de parler dans le football…

Les jeunes et le rapport à l’argent aujourd’hui, forcément différent de vos débuts ?

La problématique, je me rappelle a mon époque, j’étais déjà en EDF, j’avais déjà disputé une coupe du monde, une Coupe d’Europe, j’avais connu des bancs en Ligue 1. Aujourd’hui, il suffit qu’un jeune ait réalisé une ou deux bonnes prestations pour que sa côte explose, via internet notamment ! On leur met une grosse pression et on en attend énormément. Quand j’ai commencé à 18 ans au Stade Rennais, je n’ai su que des années après que des clubs me voulaient alors que j’évoluais au centre de formation: le club avait encore cette faculté à préserver ses jeunes. C’est le jeu des propositions, il y a une surenchère et on entre de plus en plus dans du pur business ! Si le jeune joueur n’est pas bien entouré, il peut vite perdre la tête, soit par la notoriété du clubs ou de par les  salaires qu’on peut proposer aujourd’hui !

Pensez-vous à une reconversion ou c’est encore trop tôt ?

Non, ce n’est pas trop tôt ! J’ai 38 ans et je n’y pense pas, je devrais me poser des questions. Je suis actuellement en deuxième année de formation pour passer le Dugos, diplôme de management qui se fait sur deux ans et que j’achève en juin prochain ! J’aimerais ensuite pouvoir enquiller et passer les diplômes d’entraîneur. Mon souhait est de rester dans le football et intégrer l’organigramme du Stade Rennais par exemple afin de m’occuper de la formation. Natif de la région, j’ai commencé le football ici et me servir de mon expérience à l’Olympique Lyonnais notamment en tant que joueur pourrait être un plus pour préparer les jeunes au monde professionnel… aux exigences qui existent, adopter une certaine pédagogie, qui va au-delà du football, car la carrière d’un joueur, c’est sur terrain mais c’est également dans la tête !

Crédit photo : Le Télégramme