Coupe de France

Guy Guyard (AS Vitré) : « C’est un moment de bonheur »

06/03/2019 à 12:15

Co-président de l'AS Vitré depuis 10 ans, après avoir passé 16 ans comme vice-président, Guy Guyard vit un moment extraordinaire. En charge du club de N2, avec Daniel Mouton et Jean-Pierre Potel, il s'est livré sur ce quart de finale de Coupe de France, face au FC Nantes, ce soir. Une aventure qui a permis au club d'empocher 40 % de son budget annuel. "Mais ça ne bouleversera rien", assure-t-il...

Comment vous sentez-vous à l’approche de ce quart de finale de Coupe de France contre le FC Nantes ?

J’ai un peu un double sentiment. Il y a l’impatience de vivre ce match-là et en même temps, du fait que le match soit décalé, de prolonger ce moment où nous sommes qualifiés. C’est un moment de bonheur, bien sûr. Nous restons qualifiés, ça fait durer le plaisir.

Le tirage au sort des demi-finales a délivré votre adversaire potentiel, le Paris Saint-Germain. Ca rajoute de la pression ?

Non, il n’y a pas de pression supplémentaire, mais simplement avoir eu notre nom de l’AS Vitré, dans une boule où il n’en reste que quatre, à cause de la particularité de notre match décalé, nous fait connaitre ce moment historique. On était présent de manière écrite, c’est une sensation extraordinaire, un moment dont on peut rêver. C’est du réel, même si on n’est pas en demie, loin de là. C’est un symbole, un clin d’oeil et extraordinaire pour un club purement amateur, pour tout ce que ça représente au sein du club. Pour les joueurs, c’est sûr, car dans une carrière, il n’y en a pas tant que ça qui accèdent à ce moment, mais aussi pour tout le club, les dirigeants, les éducateurs, les bénévoles, c’est une belle histoire, une belle aventure sportive et humaine.

Profitez-vous du moment ?

On est dans l’action, l’organisation, donc on va réaliser un peu plus tard que les joueurs nous ont amené à ce niveau extraordinaire, qu’on ne réalise pas aujourd’hui.

Vous vous déplacez à Laval pour jouer ce quart. Êtes-vous déçu de ne pas jouer en Ille-et-Vilaine ?

On avait deux terrains de repli, aux portes de Vitré, Rennes et Laval. Rennes n’était pas possible en raison de leur calendrier. D’ailleurs, ils ont un match de coupe d’Europe le lendemain de notre quart, alors qu’ils recevaient en Coupe de France, ce qui générait un calendrier très chargé. Il restait Laval, mais la Fédération avait retenu leur terrain, pour l’équipe de France féminine. Mais ce n’est pas frustrant de jouer là-bas, ça reste un plaisir d’avoir réussi à jouer ce match aux portes de Vitré, ce qui était notre souhait et notre premier challenge. Avoir réussi à décaler le match, avec le soutien des instances. La ville de Laval, l’agglomération et le Stade lavallois nous ont bien accueilli, le District d’Ille et Vilaine et la Fédération nous ont aidé. Après, il y a un rêve que j’ai depuis toutes ces années, c’est rencontrer le Stade Rennais, donc forcément à Rennes. On ne les aurait pas pour une éventuelle demie, il faut qu’il reste un rêve pour plus tard (sourires).

Vous le dîtes, vous êtes un club amateur. Qu’est-ce que représente l’organisation d’un tel match ?

On n’imagine pas tout ce que ça suppose, ça fait grandir. En plus, on n’est pas chez nous. Ensuite, on n’a pas l’habitude d’organiser un match d’un tel niveau, mais on a eu l’appui logistique du Stade Lavallois. Ca se passe très bien. La gestion de la billetterie est beaucoup plus importante, comme la sécurité. Il faut gérer le déplacement des supporters. Il y a un certain nombre de choses qu’on ne maîtrise pas. On a besoin de services à tout niveau.

Ce quart de finale, contre le FC Nantes, est spécial. Vous les aviez affrontés en amical l’été dernier, et Emiliano Sala avait marqué. Ca rend le match particulier.

Malheureusement, on est obligé de penser à la disparition de ce joueur-là, même s’il n’aurait pas été là. Mais il va manquer d’autant plus. C’est symbolique.

Qu’est-ce que représente ce club pour vous, après deux exploits ?

Nantes, c’est un club prestigieux. Il a un nombre de trophées important. Mais il y a beaucoup de signes positifs, c’est un tirage qui est intéressant, sans sous estimer qui que ce soit. Après, c’est une Ligue 1, il y a trois divisions d’écart. L’effet de surprise, on peut l’avoir une fois certainement, deux fois, ça étonne. Mais il nous reste une chance comme dans tout match, on se dit pourquoi pas. Qu’il y ait une chance sur 10, ça veut dire qu’il y en a une. Les joueurs vont tout donner, pour cette occasion unique. Ils n’ont rien à perdre.

Qu’est-ce qui fait la force de cet effectif ?

C’est une équipe avec de la qualité. Il y a un groupe avec un état d’esprit remarquable, ce qui nous permet de faire des choses sur un match. C’est ce qui nous a permis d’aller chercher ces résultats en Coupe de France. Ensuite, on a un championnat relevé, serré. A cause de notre nombre de nuls, notre capital points n’a pas décollé, bien que nous n’ayons que quatre défaites. Cela dit, ça restera notre priorité. Aujourd’hui, on fait une parenthèse, on oublie le championnat ces jours-ci. On a une compétition à jouer, ce serait dommage de ne pas s’y consacrer. Après, on va retrouver notre objectif.

Autour de ce groupe, il y a Michel Sorin et son staff…

Cette réussite, c’est le travail d’un staff, Michel Sorin et les gens autour de lui. Ce qu’ils font est remarquable, car on a un fonctionnement amateur, des garçons qui travaillent, alors qu’ils font trois entraînements par semaine. C’est là un aspect singulier d’être amateur. Mais nos moyens ne nous permettent pas de fonctionner autrement. C’est un peu notre force sans doute. Michel Sorin ? C’est un garçon du pays, un Mayennais. Il connait parfaitement le secteur, l’attente. Il a un vécu. Il est très proche, très humain dans son approche. Il convient très bien à un club amateur comme le notre. Il arrive à se mettre dans les conditions, il fait avec moyens qu’on lui donne, il fait ce bon travail avec ces moyens-là.

Il est en poste depuis longtemps…

La stabilité est très souvent un gage, par rapport à une personne qu’on ne connait pas. Michel Sorin continue son chemin. On le connait, il nous connait. Chaque renouvellement, les choses se sont passées en confiance, depuis huit ans.

Ce parcours en Coupe de France est une belle vitrine.

Aujourd’hui, le club est plus en lumière grâce à notre parcours de Coupe de France. Il a été créé en 1907, il est en championnat national depuis 1992, et on ne l’a pas quitté depuis. Il y a un travail dans la stabilité, la continuité, avec des dirigeants successifs. C’est un héritage. On perpétue ce qui a été créé, on a installé un état d’esprit, simplicité, avec un peu de passion. C’est ce qui permet de continuer le chemin.

Quels sont les objectifs de l’AS Vitré ?

On a 630 licenciés, au niveau des seniors, on veut pérenniser le club au niveau N2, avec les moyens d’aujourd’hui. Au niveau des jeunes, on veut évoluer au plus haut niveau régional, dans toutes les catégories. Aller au niveau national ? Pourquoi pas, si l’occasion se présente. Mais ce n’est pas notre objectif premier. On verra en fonction, on veut surtout amener chaque tranche d’âge au plus haut niveau régional.

Et les projets ?

A différents niveaux, tant des infrastructures que de l’encadrement, il y a une réflexion qui est conduite. Ca nécessite un accompagnement dans la section scolaire. En collège, ça existe, en lycée, il y a une réflexion. Ca passe par des avancées en terme de structure parallèle. On avance doucement, on ne peut pas évoluer sans assurer les bases. On aimerait un encadrement avec une disponibilité plus importante, car tous nos éducateurs ont un emploi à côté. Ensuite, à la fin de l’année, on aura un nouveau terrain synthétique, ça avance bien…