InsoliteR2

Joue-la comme Pavard !

09/11/2017 à 19:57

A l'annonce de la dernière sélection de Deschamps, beaucoup se sont demandés qui était Benjamin Pavard. Si les flashs et les micros se sont rués autour de l'ancien lillois, l'attention s'est portée sur Alexis Bordes à l'Eskouadenn de Brocéliande. Âgé de 19 ans, le joueur a connu sa première convocation avec la R2 quelques jours après la promotion de Pavard. L'un est footballeur professionnel et singulièrement chevelu, l'autre est coiffeur et footballeur amateur. Les faits sont équivoques, voici l'histoire récente d'un destin parallèle.

Promue en R2 après des barrages victorieux, l’Eskouadenn découvre le deuxième niveau régional avec difficulté. Après six journées, l’équipe de Cyrille Écot n’a récolté qu’un maigre point dans le groupe D. Deux jours avant la sixième journée à Theix, le coach était clair : « On vit un début de saison compliqué où de nombreux joueurs n’ont pas pris conscience des exigences du niveau R2″. Les joueurs en place ne donnent pas suffisamment satisfaction. Ont-ils atteint leur plafond ? Les recrues apportent-elles ce qu’on espérait ? Est-ce qu’un déclic suffirait à inverser la tendance ? Écot tourne les yeux vers les joueurs de son groupe, il affirme que « certains sont restés avec l’état d’esprit des deux dernières années où nous flirtions sur une vague de succès sans trop de concessions ». Un avis tranché et sans ambiguïtés.

Un coach exigeant, un texto du frère qui lui annonce sa convocation

Dimanche, La Vague verte se déplaçait chez les seconds « pour éviter de prendre une valise » selon les propos du technicien. Celui-ci a fait appel à des joueurs plus impliqués : « Aujourd’hui, je me dis qu’on va s’en sortir avec des mecs qui aiment le club et qui ont l’amour du maillot ». L’Eskouadenn, association sportive par excellence, compte plusieurs joueurs très attachés au blason. Parmi eux, Alexis Bordes a connu son premier appel en R2. L’occasion de montrer ce qu’il a dans le bide. A 19 ans, le jeune élément est capable de jouer à tous les postes offensifs. Formé à la bonne école, celle du FC Plélan-Maxent, le bougre a même passé six années dans les cages. Cette polyvalence n’a pas pesé dans la décision de le lancer, le gamin a du potentiel et Cyrille Écot le sait. Arrivé en 2016, A. Bordes a commencé en B avant de faire quelques piges en C. « J’ai été très exigeant avec lui, il était un peu nonchalant voire fainéant. Je l’ai repositionné au milieu cette année, il fait de bonnes séances d’entraînement et de bonnes prestations avec la réserve », explique-t-il avant d’ajouter que son frère, Aymeric, aura sans doute sa chance lui aussi.

Son frère, celui-là même qui lui a appris sa convocation samedi matin. Après Benjamin Pavard, c’est donc un autre jeune talent du foot français qui est passé du mode veille à l’état de surprise. En effet, nombreux sont les supporters qui ont regardé le grand chevelu raconter l’annonce de sa première convocation par Deschamps devant les caméras de la FFF.

« Tout est allé très vite, j’étais en cours d’allemand et je remonte, je vois que mon téléphone n’arrête pas de sonner. Je vois mes parents émus, qui m’apprennent cette nouvelle. Je ne les croyais pas, je suis allé voir sur Internet et c’était vrai. »  B. Pavard

Un parallèle évident avec quelques jours d’écart… Alexis Bordes raconte la scène : « Mon frère m’a envoyé un message pour m’annoncer la nouvelle : ‘Félicitations gros ! Enjoy !’. J’étais vraiment surpris ! Je suis allé voir les convocations. En général, elles sont mises à dix heures. A dix heures du matin, ça te réveille ! J’étais en D3 il y a deux ans. Si on m’avait parlé de R2, je n’aurais jamais une pièce dessus. » Une nouvelle d’autant plus surprenante que le joueur n’avait assisté à aucun entraînement la semaine dernière. Coiffeur, il avait trouvé du travail et s’était attelé à chercher une voiture pour pouvoir se rendre chez son nouvel employeur. « J’ai clairement privilégié ma vie professionnelle au détriment du foot sur ce coup et ça a payé ! », avoue-t-il. Dans la foulée, Alexis a donc annulé sa présence aux vingt ans d’un pote pour être au top le jour J.

« Pavard ? Il a le cheveu bouclé donc il faut que ce soit harmonieux »

Cette rencontre à Theix, il l’a abordée avec la banane. « Pour moi la R2, c’est beau. J’ai l’opportunité de jouer à un niveau plus haut. C’est les petits dimanche où ça te fait plaisir. Tu taffes bien aux entraînements et tu as une promo. C’est vraiment cool ». Il faut dire qu’outre les résultats qui ne sont pas à la hauteur, l’ambiance au sein du club est propice à l’intégration de nouveaux. Ils sont plusieurs jeunes de 19/20 ans à se frotter régulièrement à la R2. « L’Eskouadenn, c’est une famille. L’ambiance est géniale », décrit A. Bordes. Parmi les plus expérimentés, le capitaine et numéro 10, Fabien Tardif, lui a annoncé que cette première méritait un pack. Antoine Berhault – membre de la Commission animation du club -, n’a pas manqué de souligner le parallèle avec Pavard et de souhaiter des bons débuts à Alexis sur son mur Facebook.

Dimanche, « Alexis Pavard Bordes » est entré au cœur du jeu pendant la dernière demi-heure. « J’ai quand même eu trente minutes de jeu, je ne m’attendais pas à ça. C’est intensif, il y a du jeu. Tu ne t’arrêtes jamais de courir à droite et à gauche. Mais on ne lâche rien ! ». Son coach l’a lancé alors que son équipe était menée deux buts à zéro, difficile de le juger. « On était plus dans un temps faible. J’attends de le voir sur une partie complète, où il aura le temps de s’installer, pour en savoir plus ». Au final, l’Eskouadenn se sera finalement inclinée 3 – 1. C. Écot a apprécié l’attitude de ses joueurs, un signal positif dans la quête de points.

Quant à Alexis Bordes, il doit un pack de bières et confirme que ses pas sont dans la même trajectoire que le joueur de Stuttgart : « Pavard a dit que la Coupe du Monde était dans un coin de sa tête. Il était remplaçant à Lille l’année dernière, j’étais en D3 il y a deux ans et je suis en R2 aujourd’hui. Moi aussi, je pense à la Coupe du Monde ». En attendant, le joyeux luron gagne sa vie en coupant des cheveux depuis cinq ans. Son avis sur la tignasse du néo-international français ? « Il est encore d’actualité, il met de l’originalité en gardant son naturel. Les gars du foot ont des coiffures extravagantes, il n’a sans doute pas envie de se faire remarquer. Il faut dire que son type de cheveux ne lui permet pas de faire des coiffures extravagantes. Il a un cheveu bouclé donc il faut que ce soit harmonieux ».

Propos recueillis par David Guitton