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Michael Linhoff : « L’AGLD, c’est un projet humain avant tout »

15/10/2020 à 18:12

Président de l'AGL Drapeau Fougères depuis le 7 juin 2019 et réélu à l'issue de l'AG de cet été, Michael Linhoff est aussi le propriétaire du château Bois-Guy près de Parigné. De son Danemark natal à la Bretagne, en passant par les Etats-Unis, l'Australie ou le Brésil, entretien avec le nouvel homme fort fougerais !

Michael, vous avez sillonné le monde avant de devenir président de l’AGL le 7 juin 2019…

Le développement de l’hôtel du Bois-Guy se fait depuis 2009 sur Fougères, qui nous a poussé à nous tourner vers le football. On a été nommé hôtel FIFA pendant la Coupe du monde féminine il y a quatre ans et on a accueilli 4 équipes. Avant ça, il est vrai que j’ai parcouru le monde en quittant le Danemark, mon pays, à 18 ans pour faire mes études aux Etats-Unis. Puis l’Australie, l’Argentine et le Brésil notamment où j’ai travaillé pendant un an. Mais j’ai toujours eu un coup de cœur pour la France et quand l’occasion s’est présentée, on est venus s’y installer avec mon compagnon. Avec l’hôtel, nous n’avions absolument pas prévu de « créer » une entreprise car j’en ai deux en Suisse. Le projet initial était plutôt de proposer des chambres d’hôtes mais on s’est rendu compte qu’il était peut-être possible de faire une vraie entreprise, puis par la suite avoir un restaurant, un terrain de golf…

« Je peux le faire et me le permettre car je suis très bien entouré »

La Coupe du monde féminine a été un tremplin ?

Quand on a commencé à constituer le dossier de la Coupe du Monde, Christophe Lollichon m’a également dit de garder un œil sur l’association de Fougères. Le football, c’est un monde à part, où il faut des connaissances, mais il n’y a pas que le sport : on milite aussi pour la réinsertion des jeunes en milieu carcéral, l’insertion de personnes issues d’un milieu handicapé. Mathis, mon conjoint, baignait déjà dans ce domaine quand nous vivions en Suisse. Cinq, six ans avant que je sois élu, une fusion a eu lieu entre l’AGL et le Drapeau. Les anciens n’ont jamais vraiment digéré ça et je trouve aujourd’hui qu’il manque une identité et une certaine ferveur. J’étais sponsor de l’AGLD pendant deux ans mais quand je m’y suis penché, j’ai vu beaucoup de choses qui n’allaient pas ; j’ai proposé mes services. J’étais favorable à intégrer le bureau, j’ai mes contacts, ce qui m’a permis de me porter candidat à la présidence du club.

Alors que vous n’avez jamais joué au foot, vous avez déclaré : « Je n’ai pas besoin d’être un spécialiste ; les spécialistes m’entourent »… on pense forcément à Christophe Lollichon, Stéphane Le Goff…

On peut également citer Steve Sabatier. C’est un juriste qui habite entre Londres et le Luxembourg et, qui pour le plaisir, conseille deux-trois joueurs. Il a de très bons contacts au Stade Rennais, et c’est vrai que j’ai la chance d’avoir Pierre-Yves David comme entraîneur. On montre qu’on est capable de fédérer au tour d’un projet humain et associatif. Je peux le faire et me le permettre car je suis très bien entouré. Par contre, si vous pensez que vous pouvez tout faire seul, ça ne marchera pas, c’est exactement comme en entreprise. Et je n’essaye pas de l’imposer, il y a une séparation entre le monde sportif, associatif et financier.

Pierre-Yves David, véritable passionné, était donc votre premier choix ?

C’est un homme de caractère et il a vraiment des valeurs humaines ! Il se fout de la division, Ligue 2 ou National, pour lui c’est le projet humain qui compte. Avec Joachim Rondin, Benjamin Touchard, Kurtys Dupas, mais aussi avec Christophe Lollichon et Stéphane Le Goff, c’est lui qui a fait le miroir entre les deux sphères et avec qui je partage des valeurs. Ce n’est pas une question d’argent ou d’être dans un château ! Tout est question d’entourage et je pense que Fougères est le lieu où on peut trouver le juste milieu. Qui aurait dit, il y a cinq ans, que j’allais être président d’un club de foot ?

« Expliquer aux gens en quoi consiste un football center »

En janvier 2020, vous décidez de vous stabiliser au niveau du Bois-Guy, château du 17eme siècle près de Parigné. Peut-il devenir la vitrine de l’AGL Fougères ?

C’est sûr et certain ! Le 23 septembre dernier, nous avons procédé à l’inauguration du football center et un deuxième va ouvrir au mois de mars ou avril. En partenariat avec Vivalto, on a voulu créer « un mini Clairefontaine » pour expliquer aux gens en quoi consiste un football center. Toutes ces infrastructures sont mises à disposition du groupe National 3 une fois par semaine, pour la mise au vert et pour les autres équipes lors de journées très ponctuelles. Le but, c’était plutôt d’avoir un environnement très select, un peu bling bling, de très haute qualité avec un terrain foot aux normes FIFA, la vidéo analyse, des salles de réunion afin de proposer un espace sain et de montrer aux jeunes joueurs qu’on prend très au sérieux leur bien-être. C’est une manière de les stimuler, de les motiver tout en montrant qu’on peut chouchouter et bien les accompagner. Pierre-Yves aime bien ce côté où, une fois par semaine, on se retrouve chez moi tout en restant très humbles. Cette étiquette du « milliardaire du coin », c’est plutôt énervant. Quand vous avez un château, vous êtes au minimum millionnaire. Je suis né dans une famille qui n’avait pas de ressources, je n’ai jamais touché quoi que ce soit et ce que j’ai aujourd’hui, c’est le fruit de longues années de travail !

C’est aussi là où vous avez organisé un amical entre le Loan Department de Chelsea et les U19 du Stade Rennais ?

Nous avons également accueilli le Paris FC, le FC Nantes dans le cadre de leur préparation… Comme je suis le fédérateur à l’AGL, c’était important pour moi d’avoir un endroit prestigieux tel que celui-ci. Je suis très content quand on assiste aux séances des catégories jeunes ici, c’est un vrai moment de partage avec les parents qui viennent aux entraînements. Que ce soit les jeunes ou les moins jeunes, toutes les catégories du club sont très flattées d’être dans un endroit comme ça et je suis content qu’on arrive à fédérer autour de ça. J’ai eu la chance d’organiser le match entre Chelsea et le Stade Rennais l’été dernier et jusqu’au jour même, personne n’y croyait. Tout simplement pour montrer que si on a la volonté, on peut le faire, c’est aussi comme ça qu’on a procédé pour la coupe du monde féminine !

« Les bénévoles et éducateurs au club font d’ailleurs un travail extraordinaire »

Voir Camavinga inaugurer le football center, est-ce une fierté ?

On sent bien qu’on est devant un joueur qui peut avoir le ballon d’Or dans trois, quatre ans, qui est aussi talentueux que Mbappé. Les bénévoles et éducateurs au club font d’ailleurs un travail extraordinaire, ils détectent les talents. On a les deux frères Pavis de Fougères, dont l’un est parti à Lille et le plus jeune va intégrer le centre formation du Stade Rennais, deux autres sont encore en stand-by. Les clubs de football professionnels détectent aujourd’hui à partir de 10 ans et on essaye de les protéger au maximum. La preuve avec Camavinga, c’est très important qu’il y ait des clubs comme le nôtre et le Stade Rennais notamment peut profiter du travail de fond déjà effectué. Alors certes, ce n’est pas toujours honoré ou rémunéré, mais ça fait rêver les gamins chez nous. Eduardo est extraordinairement sympa, très bien éduqué et je porte d’ailleurs beaucoup d’attention à cette formation et aux éducateurs. Depuis mon arrivée, tous les éducateurs sont diplômés.

Quel regard portez-vous sur le parcours du Stade Rennais ?

On voit tout de suite que ce n’est pas le fruit du hasard, c’est un travail de très longue haleine. J’aime beaucoup l’image que le club dégage, ce n’est pas du bling,bling et c’est surtout très sérieux vu de l’extérieur ! Le contact est hyper professionnel même si j’ai toujours eu un préjugé contre le monde du foot, quand je vois des clubs comme Marseille, Bastia, Ajaccio… Rennes, un peu à l’image de RC Strasbourg, une ville où j’ai habité, c’est sain avec certaines valeurs éthiques. On a vu le visage de tout le monde lors de la victoire en Coupe de France. C’est un hasard si le football center coïncide avec cette période faste du Stade Rennais et la Ligue des Champions cette saison ne peut que faire du bien ! Elle peut également en faire à Fougères car ça crée une dynamique autour du foot ! On est un club partenaire du Stade Rennais, il y en a huit en Bretagne et on a bien senti que la nouvelle direction prenait ce sujet très au sérieux. Ils ne se promènent pas en Ferrari et j’aime beaucoup ces valeurs, très sensibles à mon pays d’origine, le Danemark et je suis content de travailler avec eux.

Fougères, un pourvoyeur de talents mais également une ville sportive. Correspond-elle, pour vous, à l’essor de l’AGL ?

Je pense qu’il faut changer le nom, mais ce sont de vieilles habitudes… Par contre, il y a une attention particulière à la pratique sportive dans la ville de Fougères, 7eme ville en France en termes d’infrastructures. C’est un un travail de très longue haleine mené par Christophe Hardy et Louis Février qui sont attachés au monde du sport et associatif. Fougères porte bien un club comme l’AGL Drapeau dans une ville qui vit par le sport. Par exemple, deux années consécutives, il y a eu un départ et une arrivée à Fougères, ce qui a permis une exposition à l’étranger. J’ai vu les images à la télévision allemande et j’ai vu cette ville d’un autre angle. On a senti une forte affluence de touristes suite à ces images. De même, quand je parle de Fougères à mes amis de Paris par exemple, ils situent la ville grâce notamment à ses performances sportives !

Crédit photo : Michael Linhoff