Expat' 75

P.-Y. Kerloc’h (USBP) : « Il y aura toujours des bretons qui vont chercher leur bonheur sur Paris »

20/07/2018 à 20:00

L'US Bretons de Paris a un modèle efficace pour aller chercher des trophées et pour garantir l'ambiance. Une cotisation qui se situe au plus bas de la grille tarifaire, des soirées Aux rigolos pour assurer la préparation invisible, une identité bretonne ancrée... Au crépuscule de son vingtième anniversaire, la diaspora présente trois nouvelles lignes à son palmarès et compte bien maintenir son rang sur les terrains parisiens. Si le stade Faber doit ressembler à une enclave bretonne, c'est surtout une citadelle imprenable depuis trois ans. Le président de l'USBP, Pierre-Yves Kerloc'h, revient sur un exercice réussi et lance des biscuits pour préparer l'avenir.

Comment se porte la branche football de la mafia bretonne ?

(rires) La mafia fait son oeuvre je serais tenté de dire, elle se porte on ne peut mieux. On a réussi à faire le doublé en championnat du Critérium du samedi, avec l’équipe première championne en R1 et la B championne en R2. A savoir que c’est la troisième fois de rang pour la A, on ne peut pas monter d’un étage en CFA2. Tout simplement parce qu’en Critérium, le samedi après-midi, le graal c’est la Régionale 1. Malheureusement, il n’y a pas de passerelle pour aller plus haut, sinon il faudrait jouer le dimanche et on partirait d’un niveau bien plus inférieur. Donc, deux titres de champion plus la Coupe du Critérium où on a battu les Réunionnais de Sénart (2-3) en finale. C’est notre dauphin depuis trois ans. La quatrième ligne à notre palmarès est la finale perdue contre le FC Gobelins en Coupe du Comité de Paris, cette compétition nous permet d’affronter des équipes du dimanche. Ce club est quand même une institution en France, ils ont 1600 licenciés sur Paris et une quinzaine d’équipes là où on a 57 licenciés. Leur équipe fanion joue en N3. On a bien rivalisé, on était détenteur de la Coupe en 2017. On va dire qu’ils ont imposé leur rang cette année. C’est une très belle saison, authentique, pour les vingt ans. Ce qui est d’autant plus louable, c’est que c’était les objectifs : conserver notre titre en A, aller le chercher avec la B et ramener une coupe qui nous fuyait. Voilà, la vitrine est pleine.

Une saison si riche en trophées, ça devait être grandiose pour votre vingtième anniversaire…

Oui, c’était festif. La saison n’a pas été si simple pour l’équipe première. Au mois de mars, on avait 5 points de retard sur les Réunionnais de Sénart et on finit avec 6 points d’avance. On a repris 11 points en trois mois. On les a battus au retour à la maison. La fameuse passation de pouvoir dont ils nous parlaient, il va falloir attendre un petit peu. Ce que je retiens, c’est le groupe. Il y a une homogénéité entre la A et la B et il y a des valeurs morales parce qu’on n’a pas baissé les bras malgré le retard. La B a fait une super saison, c’est la première fois qu’elle gagne le titre en R2. C’était parfait pour les vingt ans, on ne pouvait pas faire mieux. Les astres étaient alignés. (rires) Au-delà de ça, ce que je retiens aussi, et les joueurs n’en ont pas forcément d’échos, c’est qu’il y a beaucoup d’autres clubs qui sont contents pour nous. On essaie de véhiculer une bonne image, on a un bon état d’esprit. Il y a quelques équipes qui sont assez difficiles sur Paris. Nous, on est là pour jouer et pour se faire plaisir. On essaye d’accoler une belle image à la Bretagne et à d’autres coins de France.

Nul doute que la tunique de Kerbrat a eu son petit succès pour la tombola des 20 ans du club

A quel niveau peut-on comparer cette R1 du Critérium du samedi ?

Il faut enlever deux divisions pour avoir l’équivalent en Bretagne, c’est une bonne DSR. C’est du Critérium mais c’est un championnat FFF, c’est quand même un bon niveau. Chez nous, la plupart des gars ont joué en DSR voire en DH. Notre première recrue de l’été a joué en DH à Guichen d’ailleurs. En B, le niveau est un peu plus large mais on peut comparer le haut du tableau à une D1 Bretonne. Sur le recrutement, on essaie de trouver des bons joueurs mais l’état d’esprit et la présence comptent aussi. On demande beaucoup d’assiduité. On essaie de jauger le caractère de la personne pour voir si elle peut se fondre dans l’effectif.

La main d’oeuvre bretonne, un gage de qualité ?

Aujourd’hui, les joueurs bretons représentent quelle part dans vos effectifs ?

Ça s’est un peu resserré. Par nature, on a toujours eu des bretons et des sympathisants. En 98, il y avait des gens de tous horizons parce qu’ils partaient de zéro et c’était des collègues de boulot. Je fais une carte des origines chaque année. Il y a eu les Côtes d’Armor au tout début, après, ça s’est déplacé sur le nord Finistère. Depuis trois ans, c’est le Morbihan qui a pris le pouvoir. On en a quand même une bonne vingtaine. Ça s’explique par le bouche-à-oreille et par les réseaux locaux. Après, il y a aussi les festivals, les Vieilles charrues, le Bout du monde à Crozon et même l’Interceltique. Il y a pas mal de joueurs qui arrivent parce qu’ils ont entendu parler de nous. Force est de constater que le niveau s’est relevé aussi. Quand quelqu’un arrive à Paris et qu’il cherche un club, il y a peu de chances qu’il ne sache pas qu’il y a un club breton qui joue à Faber. On recrute beaucoup par cooptation. Ce qui fait qu’on s’est un peu recentré sans que ce soit un véritable choix. On a 80% de bretons mais on a du monde d’un peu partout. Je pense au coach de notre équipe fanion qui est de Grenoble et qui a quinze ans de club. Notre mascotte est de Rouen et n’a connu que l’US Bretons de Paris. Ça montre bien qu’on n’est pas un club fermé ou communautaire dans le mauvais sens du terme.

Si on doit faire une carte du territoire, est-ce qu’il y a d’autres clubs communautaires avec qui vous ferraillez ?

Si on regarde un peu la composition de la poule en R1, il y a l’Amicale antillaise du 93, les portugais des Lusitanos de Saint-Maur qui englobe aussi la communauté de Créteil et les Réunionnais de Sénart. Les réunionnais, c’est une institution, ils ont trois clubs. C’est comme nous, des réunionnais qui arrivent sur Paris pour travailler, souvent comme pompiers, ou pour leurs études. Par nature, ils vont retrouver une situation qu’ils ont quittée. Sénart, c’est beaucoup de gens de Saint-Louis en Réunion. Des bretons, on en trouvera partout. Dans le championnat, il y a au moins un tiers des équipes qui en ont. Il y a des clubs qui sont persuadés qu’il en faut pour gagner, il y en a même certains qui ont pris des coachs bretons à une époque, mais ça ne fait pas tout. Sur le Critérium le samedi après-midi, sur toutes les divisions, il y a un bon tiers des équipes qui sont des clubs antillais.

Un neuf qui a connu le monde professionnel en Australie

Vous restez donc sur une saison réussie et vous avez un effectif à renouveler. Comment vous y prenez-vous pour attirer du monde ? 

Comme on dit : « Ce qui est fait n’est plus à faire ». Il y a un sentiment de satisfaction mais on attaque un virage avec quelques départs en Bretagne. Quand les joueurs arrêtent chez nous, c’est souvent parce qu’ils rentrent au pays. On n’a jamais eu de fuite de talents vers d’autres clubs. Ce qui démontre qu’il y a une bonne ambiance, les gens veulent rester au maximum avant de retrouver leur club au bord de mer. Là, on entame un nouveau chantier. En A, il y a la moitié qui arrête ou qui rentre. Il va falloir recruter. J’ai eu la même problématique il y a trois ans, j’ai recruté quinze joueurs en septembre et trois en janvier. On s’était dit que ça allait être une année de transition et on a terminé champion pour la première fois. En vingt ans, ça a été un des grands évènements. Sur soixante joueurs, il y avait vingt arrivées. Comme disait le coach, la mayonnaise avait tout de suite pris. Il y avait des personnes qui ne se connaissaient pas et qui se retrouvaient sous le même maillot. Faire cohabiter des gens de Guichen qui jouaient contre la TA Rennes ou même les vannetais et les lorientais. C’était la bataille de clochers à l’époque et ils se retrouvent sous la bannière Gwen ha Du. Avec ces petites querelles, ça commence à se trouver des surnoms, à se chambrer gentiment, les automatismes commencent à se créer et ça se retrouve sur le terrain. Je pense que c’est pour ça qu’on n’a rien lâché sur trois ans. Quand on voit nos adversaires, Sénart avait une petite marge de sécurité et c’est clairement leur effectif qui a lâché.

Co-vainqueur du Zizou d’or cette année, Céd’ Ramirez avait déjà été distingué en 2017

Est-ce que le fait d’être étiqueté Bretagne peut être un frein ?

On va recruter, je ne me fais pas de soucis, il y aura toujours des arrivées de bretons qui vont chercher leur bonheur sur Paris. Il y a aussi beaucoup de joueurs qui se sont rabattus sur nous parce qu’ils ne s’y trouvaient pas au niveau de l’ambiance. Sans être péjoratif, on a même des joueurs qui sont arrivés de nulle part. Je pense à Cédric Ramirez qui a vraiment un bon CV puisqu’il a joué dans la réserve de Lorient et qui était professionnel à Sidney. Il cherchait un club pas loin de chez lui, dans le 17e arrondissement. C’est notre Zizou ! Il a retrouvé le sourire après un passage à Issy-les-Moulineaux où la troisième mi-temps n’existait pas. La sempiternelle question, c’est de savoir si le joueur est 6 parce que c’est souvent ces profils qui nous contactent. Il y a des fois où on voit des supers joueurs mais on ne peut pas tous les prendre. On a connu une pénurie de gardiens à une époque. Aujourd’hui, ce sont surtout des défenseurs et des milieux qui tapent à la porte. Vu les départs, on est ouvert à tous les postes. Mais on a surtout des besoins offensifs puisque notre attaquant finistérien et capitaine emblématique, Toon Kérébel, rentre à Nantes après huit ans au club et presque cent buts marqués.

Propos recueillis par David Guitton


Avis aux amateurs, l’USBP souhaite également intégrer de nouveaux dirigeants et bénévoles !

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Crédit photos : US Bretons de Paris