CDF Fém.16es de finale

Performant, Bréquigny veut appuyer sur la formation des jeunes joueuses

27/01/2018 à 19:11

Bréquigny impressionne cette saison. Que ce soit la A ou la B, les deux premières équipes Seniors sont leaders invaincus en R1 et en R2. Quelques années après avoir quitté le niveau national, le club du sud de Rennes n'a jamais caché son intention de remonter. A la veille du seizième de finale de Coupe de France contre le Stade Brestois, on fait le point sur les ambitions de la section féminine.

Aux portes de la D2 depuis plusieurs années, les joueuses de Bréquigny n’ont connu que la victoire cette saison. Elles ont bouclé leur phase aller en se défaisant largement de Plérin (5-1) à domicile il y a deux semaines. Sur le plan comptable, ça donne un bilan de vingt-sept points sur vingt-sept possibles, vingt-huit buts marqués et cinq encaissés. Invincibles ? « Ça va bien s’arrêter à un moment, le plus tard sera le mieux », répond l’entraîneur. Gwen Cornu précise qu’il s’est servi du match contre Plérin pour préparer le seizième de finale de Coupe de France : « l’objectif était de gagner et de mettre des choses en place pour affronter le Stade Brestois ». En coupe nationale, les rennaises ont imposé leur loi contre Mordelles puis Lamballe avant d’éliminer l’ES Poitiers aux penaltys.

Arrivé en début de saison pour poursuivre l’œuvre de Sébastien Loinsard, Gwen Cornu avait notamment créé la section féminine du FC Nantes. Les objectifs sont les mêmes : Bréquigny veut remporter le championnat et remonter à l’échelon national. Comme lors de l’exercice précédent, ce chemin passerait par deux barrages aller-retour en fin de saison. En coupe, Bréquigny s’était fait sortir en huitièmes de finale par Guingamp en 2016 et s’était arrêté en trente-deuxième l’année dernière. Ces résultats sont le fruit du travail de l’ensemble des éducateurs de la section féminine. Première force du bassin local, le club est en train de récolter les fruits de sa politique sportive axée sur la formation.

M. Tessier et A. Morand : le présent qui prépare l’avenir

Si le coach a vu partir Lucile Nicolas pour l’AS Monaco, l’équipe fanion présente un visage plus collectif cette saison. « Je ne sais pas si on est plus forts que la saison précédente. On a des joueuses de qualité individuellement. Après, à dire qu’on a des joueuses qui peuvent faire la différence individuellement… Non. En tt cas, très peu », décrit-il. Selon le technicien, cette orientation permettrait de « niveler [le] niveau vers le haut et de pallier ces petites différences qui peuvent exister face à des formations qui ont souvent des éléments qui peuvent faire la différence ». En quelques mots, le nouveau Bréquigny est en train de développer sa force collective. Arrivé avec de nouvelles idées de jeu, l’entraîneur est satisfait de pouvoir compter sur un « vivier de qualité ». Si le club veut amener sa locomotive en D2, cela passe par la formation. Gwen Cornu en veut plus en la matière : « Aujourd’hui, on en fait mais on pourrait faire beaucoup mieux. Avec plus de joueuses compétentes dans les équipes jeunes. Pour cela, on travaille pour installer des éducateurs pour que le tout soit bien coordonné et pour atteindre un bon niveau global voire atteindre le haut niveau ».

Comme dans beaucoup de clubs, l’équipe fanion compte deux jeunes formatrices dans ses rangs. La capitaine, Manon Tessier (21 ans), et l’attaquante, Aurélie Morand (20 ans), se sont lancées dans le coaching cette saison. A la tête des U13, elles encadrent vingt-cinq joueuses au rythme de deux entraînements par semaine et d’un match le samedi. Milieu formée au club, Manon Tessier décrit un effectif hétérogène : « il y a des filles qui démarrent le foot en club, d’autres qui ont joué avec les garçons et j’ai quatre surclassées ». L’éducatrice est titulaire du CFF2, elle est actuellement en première année d’école de kiné. Un modèle à suivre ? « Si il y a une coach à suivre en ce moment, c’est Corinne Diacre. Elle a tout de même entraîné en Ligue 2 avant de prendre l’équipe de France ». A ses côtés, Aurélie Morand ambitionne de travailler dans la préparation physique. Etudiante en deuxième année de STAPS à Rennes 2, elle ne s’interdit pas d’approfondir son expérience sur les bancs de touche. Dans cette catégorie, le duo de coachs concentre notamment ses efforts sur le bagage technique et la motricité des jeunes joueuses. Côté résultats, l’équipe A évolue dans un championnat relevé et est toujours en lice en coupe d’Ille-et-Vilaine de futsal.

Le club du sud de Rennes affirme sa volonté de proposer « du foot pour tous ». Si le foot féminin et les conditions de jeu des pratiquantes se sont largement développés ces dernières années, le Cercle Paul Bert vient d’intégrer un responsable technique pour intensifier le travail de fond. Engagée dans son action sociale et sportive, l’association compte onze sections footballistiques à Rennes. Rodolphe Le Clerc a commencé son action de développement du foot féminin le 1er janvier. Sa mission est d’accompagner les encadrants lors des entraînements et des matchs de compétition. L’idée est de faire progresser les techniciens et d’améliorer la qualité de la formation. Son champ d’action commence en U6 et se termine en U15.

« On n’a pas forcément des moyens énormes pour attirer » – Solenn Rescant

Au club depuis le début des années 2000, Solenn Rescant est actuellement à la tête de l’équipe B en Seniors. A l’instar de l’équipe A, les réservistes sont aussi en tête de leur championnat de R2 avec huit victoires et un nul. Elle gardait les buts du SC Le Rheu avant que le club de la banlieue de Rennes ne ferme sa section féminine, beaucoup de ses coéquipières avaient alors rejoint Bréquigny. Si elle a commencé son parcours de coach avec les U13, elle a longtemps été la référente de l’école de foot.  Elle confirme la ligne que souhaite du club : « l’idée, c’est de structurer l’école de foot dans un premier temps. On mise beaucoup sur la formation. On veut fidéliser nos jeunes licenciées et les faire progresser ». Créer une base solide pour grandir derrière… Aujourd’hui, Bréquigny ne joue pas dans la même cour que des clubs comme Lorient, Guingamp et le Stade Brestois. « On n’a pas forcément des moyens énormes pour attirer des joueuses. Ça se structure énormément en D2, on est incapables de proposer des contrats fédéraux par exemple », étaye l’ancienne gardienne de but.

L’idée, c’est de lancer les jeunes issues du vivier local. C’est ce qui fait que Bréquigny vit correctement. Aujourd’hui, Sara Vranic s’inscrit parfaitement dans cette philosophie puisqu’elle a commencé le foot à onze ans au club. Manon Tessier était arrivée à treize ans, elle est revenue il y a quatre ans après avoir tenté sa chance à Guingamp. La plupart des joueuses de la catégorie Seniors sont arrivées à quinze ou seize ans, quand elles ne pouvaient plus jouer avec les garçons. Elles ont franchi les étapes une à une.

La FFF s’y prend-elle de la bonne manière pour développer le foot féminin ?

Les victoires entraînent les victoires. Les filles de Bréquigny sont attendues partout. Si la B venait à disputer et remporter les barrages d’accession à la D2, une montée de la réserve s’inscrirait dans la cohérence du projet.

Plusieurs dirigeants bretons pointent du doigt le calendrier des compétitions ces dernières années. La finale de la Coupe de Bretagne était programmée le jour du barrage retour contre Angers Croix-Blanche la saison dernière… C’est l’équipe réserve qui s’était déplacée à Saint-Brieuc pendant que la A bataillait sur son terrain pour la montée.Une situation qui pourrait se reproduire cette saison. « C’est dommage que les instances ne bougent pas là-dessus. C’est un problème régulier. Je trouve ça très dommage de priver de finale des joueuses qui font les barrages. Ça nuit à la justice de la compétition et on perd en qualité de spectacle », déplore Solenn Rescant. Que ce soit Bréquigny ou une autre équipe, celle qui disputera les barrages pourrait être privée de finale… Autre hic, il faut attendre les demi-finales de la Coupe de France pour que les clubs bénéficient de dotations financières. Un choix qui avantage les clubs professionnels. Solenn Rescant appuie : « On dit qu’on s’occupe du foot féminin et qu’on veut le développer. Derrière, on ne met aucun moyen pour les clubs amateurs. Forcément, ce sont les plus gros clubs qui en bénéficient et ce ne sont pas eux qui en ont le plus besoin. Voilà la considération qu’on donne au foot féminin, à son foot amateur et aux petits clubs ».

Aujourd’hui, le CPB a plusieurs chevaux de bataille : accéder à la D2, faire monter la B et solidifier sa formation. Demain, la locomotive du club accueillera le Stade Brestois à Roger Salengro, au complexe de la TA de Rennes. Finie la plaine, c’est une montagne et le statut d’outsider qui attendent Gwen Cornu et son équipe. Un match révélateur qui pourrait fixer le niveau potentiel d’un Bréquigny plein d’appétit.

Propos recueillis par David Guitton

Sur la photo, de gauche à droite : Gwen Cornu (Entr. principal), Aurélie Morand (Attaquante, entraîneure adjointe des U13), Pierre-Yves Tullou (dirigeants Seniors), Manon Tessier (Capitaine et entraîneure des U13)