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Soilihi : le facteur X

17/05/2018 à 21:03

Dans les starting blocks depuis fin 2016, le milieu offensif de Plouzané est entré en piste cette saison. Corners rentrants, provocations incessantes, ouvertures bien senties… Le Sofian Soilihi 2017/2018, c’est des prestations XXL qui ont grandement contribué au titre en R1.

Si certains joueurs adorent faire taire les détracteurs, Soilihi est plus du genre à faire parler ses pairs.

Epoustouflant tout au long de la saison, le joueur formé à Guingamp a impressionné son monde. Parmi ses adversaires, le milieu offensif et capitaine de Tregunc, Florian Le Gouil, décrit « un OVNI qui n’a rien à faire à ce niveau ». De son côté, Mamadou Sakho ne lésine pas sur les moyens et évoque « une patte Soilihi qui distribue des bonbons ». Le capitaine de Saint-Renan connait bien le numéro dix et se souvient parfaitement de la double confrontation contre Plouzané : « Suite à un choc à la tête, il est sorti au bout de vingt minutes à l’aller, il a eu le temps de mettre un peu le bouillon mais sans être dangereux. Il a joué les 90 minutes au retour et j’ai trouvé que c’était le meilleur sur le terrain. On a remporté le derby et je l’ai chambré un petit peu. Il suffit qu’il contrôle une fois ou qu’il accélère le jeu pour qu’on se rende compte qu’il n’a rien à faire ici ». Les deux joueurs cultivent une amitié, le renanais ne cache pas son désir de jouer avec celui qu’il surnomme « El Maestro ».

Bref, si on veut épaissir le trait pour mettre en avant l’apport du milieu offensif, il faut rappeler que Plouzané a loupé le coche en ratant la montée en N3 l’année dernière. La restructuration des divisions offrait huit billets aux écuries de DH, une occasion ratée alors que sa meilleure carte était opérationnelle du lundi au vendredi… En désaccord avec Lannion, celui qui était une pièce maîtresse en CFA avait embarqué sa famille et rejoint le groupe de Gilles Boulouard. Sofian explique son choix : « Ma femme ne se plaisait plus dans les Côtes d’Armor et le club ne voulait pas me lâcher. C’était en octobre, j’ai passé huit mois à m’entraîner et sans jouer. J’avais hâte de reprendre la compétition pour retrouver le goût du football ». A 27 ans, en pleine force de l’âge, il a évacué les fourmis de ses jambes et largement contribué aux succès du PAC cette saison. Une véritable plus-value qui a permis à son club de passer un cap.

Une bénédiction pour son équipe

Le football finistérien est particulier parce qu’il regroupe beaucoup de talents et de clubs de bon niveau dans un petit périmètre, en particulier autour de Brest. Outre la réserve du SB29, la N3 compte aujourd’hui le Stade Plabennecois, le Paotred et la réserve des Thoniers. Soit le département le plus représenté avec le Morbihan.

Assuré du titre de champion depuis la 25e journée, Plouzané viendra garnir ce contingent. Originaire de Marseille et formé à Guingamp, Sofian Soilihi s’est fait un nom et des amis parmi les footeux du coin. S’il a affronté des mecs comme Sakho et Le Gouil en R1, il avait le potentiel pour jouer devant vingt ou trente mille personnes. Yoann Milin a rencontré la comète il y a quelques années. « Je le connais depuis cinq ou six ans, j’ai travaillé avec lui dans la grande distribution quand j’étais en BTS, situe le défenseur central de Guipavas. On se connait en dehors du foot, c’est un bon pote ». Il ne s’embarrasse pas quand il s’agit de l’évaluer : « Il a facilement le niveau N2 ou N1 pour moi. S’il est bien physiquement et s’il n’a pas de blessures, sans problèmes. Que ce soit sur coup-franc ou sur corner, il y a danger à chaque fois… Il est puissant et assez rapide. Il y a une sacrée entente avec Kerzil, ils ont dû mettre 25 buts à eux deux en championnat. Plouzané fait une belle saison, c’est en partie grâce à lui qu’ils montent et ils vont sans doute devoir compter sur lui pour se maintenir l’année prochaine ».

Il reste une journée et le déjà champion a inscrit plus de 50 buts en 25 matchs. Plouzané a profité de son duo Kerzil-Soilihi pour torpiller ses adversaires. « On a des automatismes parce qu’on jouait ensemble ici avant que j’aille à Lannion. Il m’a rejoint puis il m’a suivi quand je suis revenu, détaille Soilihi. C’est un bon joueur, il a de grosses qualités dos au jeu. Il garde bien le ballon, il est adroit et il va vite ». Le neuf et le dix ont un an de différence, ils ont noué des relations fortes sur et en dehors du terrain. Positionné en électron libre derrière son comparse, Soilihi a carte blanche pour assurer l’animation offensive. Il a planté quatorze unités et distillé une douzaine de dernières passes. Des résultats personnels supérieurs aux standards qu’il s’était fixés : « A titre personnel, je voulais avant tout jouer, prendre du plaisir et mettre douze buts et une dizaine de passes décisives. On visait la montée et le titre de champion. J’ai eu un peu de mal en début de saison mais on a atteint tous nos objectifs ».

R1 (A) : Le classement des buteurs

Dans les vestiaires de N’Golo Kanté

Comme beaucoup de jeunes talents qui auraient pu percer, il a connu l’espoir puis les agents. Le joueur a conservé sa passion pour le jeu malgré un arrière-goût pas forcément agréable.

Le minot a débarqué dans la région brestoise à l’âge de 5 ans. C’est deux ans plus tard qu’il a pris sa première licence à la Légion Saint-Pierre. Il y passe cinq saisons et tape dans l’œil de Philippe Le Maire, alors formateur à l’En Avant Guingamp. L’actuel entraîneur de Fougères (R1), l’a dirigé en U13 et en U17 avant que Soilihi intègre la réserve de l’EAG. Le jeune joueur se distingue par sa vista, par son toucher de balle, par son aptitude à éliminer et par son tempérament. Suffisant pour que Coco Michel lui confie le brassard en CFA puis en CFA2. Il effectuera trois saisons dans l’antichambre de la Ligue 2, une période qu’il a partagée avec des mecs comme Giannelli Imbula, Hervé Bazile, Mamadou Samassa et Rachid Alioui. Le produit local s’entraînait régulièrement avec le groupe pro avant de partir à Boulogne-sur-Mer à 21 ans. Des regrets ? « Oui et non. J’ai été aspirant puis stagiaire pro. Coco Michel et Philippe Le Maire poussaient pour que le club me signe mais ça ne l’a pas fait avec Victor Zvunka. C’est vrai que beaucoup de personnes de mon entourage me disent que j’aurais pu faire bien mieux », répond l’intéressé.

Conseillé par Coco Michel, Laurent Guyot a contacté le joueur pour qu’il rejoigne la Côte d’Opale. Boulogne-sur-Mer venait de descendre en Ligue 2, l’ancien joueur et formateur du FC Nantes le connaissait pour l’avoir affronté en tant qu’entraîneur dans les catégories jeunes. On est en 2010 et Guyot se fait limoger à la fin de la saison. Soilihi a effectué une saison en DH et s’est entraîné avec le groupe pro. Grégory Thil était alors le joueur emblématique de Boulogne et N’Golo Kanté l’un de ses milieux au potentiel encore insoupçonné. Le club du Nord confie les clés à Michel Estevan qui arrive de Fréjus avec ses joueurs et ne compte pas sur lui. Clap de fin. Soilihi continue à être source de convoitises et reçoit des propositions plus ou moins bancales. S’il confie ne pas avoir d’amertume, il ne garde pas un bon souvenir des agents qu’il a croisés.

« Aujourd’hui, je privilégie le bien-être de mes enfants »

Dix ans après, Sofian signe son retour en Bretagne. Direction la DH avec un rapatriement à Plouzané, une terre qu’il apprécie. Il découvre le monde amateur et les entraînements après les journées de travail : « C’était difficile et nouveau pour moi », admet-il. Puis la CFA de Lannion vient frapper à la porte, Kerzil le suit. Soilihi fait des ravages et termine meilleur joueur du championnat dès sa première saison en 2015. Insuffisant pour le combler lui et son entourage. Le joueur est alors papa depuis un an et privilégie le confort de sa famille. Un paramètre qui fait des heureux puisque Plouzané récupère la pièce manquante à son puzzle. Les entraîneurs de R1 l’ont désigné meilleur joueur de son équipe à quatorze reprises cette année. Certains doivent se souvenir de ses tentatives de corners rentrants… sa spéciale : « J’en ai mis un contre Ploufragan et un en Coupe de Bretagne. Je frappe fort et avec de l’effet. C’est toujours dangereux, tant mieux si ça rentre. »

Aujourd’hui, le fruit de l’Akademi de l’EAG est responsable de la catégorie U11 du PAC. Ses performances et son pedigree doivent sans doute attirer les regards de nombreux clubs. La famille Soilihi s’est agrandie il y a quatre mois. Le papa l’affirme, il n’est pas fermé à d’éventuelles opportunités mais il ne fera pas n’importe quoi : « Je privilégie le bien-être de mes enfants et de ma femme, on ne sait jamais où on met les pieds ». Salarié au club, les attentes de l’athlète ont évolué. A ce sujet, le président de Plouzané et Soilihi ont prévu de se rencontrer la semaine prochaine pour évoquer l’avenir. Le futur proche se fera sans lui puisque le milieu offensif est out pour trois semaines. Blessé aux ischios, il sera trop juste pour la dernière journée contre Guipavas dimanche. La master piece reprend l’entraînement collectif demain et devrait être opérationnelle pour la finale de la Coupe Région Bretagne contre Milizac (R2) le 10 juin.

Affamé, le facteur X compte bien revenir dans le jeu pour aller chercher le doublé. En attendant de retrouver un niveau à la hauteur de son talent ?

David Guitton