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Sullivan Coppalle (US Saint-Malo) : « Il faut être dans l’individualisation de la charge d’entraînement »

05/08/2018 à 12:24

Après quatre saisons et demi passées à Laval, en Ligue 2, Sullivan Coppalle est depuis un an le préparateur physique de l’US Saint-Malo (National 2). Il revient avec nous sur son rôle de préparateur, sa méthode de travail et son passage à Laval.

Comment définissez-vous votre rôle de préparateur physique à Saint-Malo ?

Mon rôle est basé sur trois objectifs majeurs. Le premier, et il est essentiel, c’est la santé des joueurs : prévenir une éventuelle méforme diminuera le risque de blessure, par exemple. Le second est d’optimiser l’état de forme des joueurs et ainsi la performance le plus de fois possible dans la saison. Enfin, le troisième est la réathlétisation. Les joueurs blessés ne doivent pas revenir vite, mais bien. Si on coupe le temps de réathlétisation et que le joueur se blesse à nouveau, on allonge sa durée d’indisponibilité. Le coach attend de moi qu’il ait un groupe le plus complet et le plus en forme possible à sa disposition.

Quel est votre méthode de travail pour la préparation physique ?

J’ai une philosophie de travail assez simple. Il faut comprendre que les footballeurs sont des athlètes avec des besoins spécifiques. Ce ne sont pas des coureurs. Un footballeur doit être fort sur les changements de rythme. Le travail de la préparation physique repose essentiellement sur l’endurance. On travaille sur des très courtes durées, de très courtes distances, mais à intensité maximale. On a énormément recourt à du jeu réduit parce que par définition, ça nous permet de travailler sur des courtes distances, de travailler les changements de rythme, l’accélération, la décélération. On alterne entre jeu réduit et courses intermittentes, sur des distances de 40m maximum, mais en sprint, sous forme de « 5m/15m » ou « 10m/20m »*. L’exercice est plutôt bien perçu par les joueurs et représente davantage l’activité foot qu’un 30-30 ou un 15-15.

Comment se réalise le suivi des joueurs ?

On les teste, tous les lundis, sur différents paramètres : la force maximale, la fatigue des ischio-jambiers… Par exemple, on leur fait faire un saut maximal pour jauger leur degré de fatigue. Ils nous donnent une note sur 10 de fatigue en matière de sommeil, de forme, et une autre sur 10 pour la fatigue musculaire (jambes lourdes, courbaturées). Au quotidien, on leur demande également une note sur 10 sur la difficulté de la séance. On analyse aussi le poids et la masse grasse. Si le joueur connaît une perte de poids très importante sur un court laps de temps, c’est le signe d’un surentraînement. Il faut être dans l’individualisation de la charge d’entraînement. Après, il ne faut pas se fier uniquement aux tests, il y a aussi l’aspect psychologique à prendre en compte.

Comment faites-vous pour diminuer les risques de blessure ?

On effectue une à deux séances de prévention des blessures par semaine : exercices de force, de musculation, capacité à résister à l’étirement du muscle, gainage et proprioception. On respecte le principe d’individualisation, personne n’a la même séance. On prend en compte les antécédents de chacun.

Vous êtes passés par Laval entre 2012 et 2017. Que retenez-vous de ces années au sein d’une écurie de Ligue 2 ?

À Laval, j’ai énormément appris sur mon métier de préparateur physique. Guillaume Ravé m’a inculqué sa philosophie que j’ai arrangée à ma sauce. J’ai énormément progressé à ses côtés.

Vous qui avez connu le niveau professionnel à Laval, quels changements avez-vous noté entre le milieu amateur et le milieu professionnel ?

L’organisation d’un club pro et d’un club amateur sont clairement différentes. Un joueur amateur n’est pas dispo 24h/24 comme peut l’être un pro. Par exemple, dans un club pro, après le petit-déjeuner à 8h, les joueurs peuvent faire un peu de musculation avant l’entraînement, et l’après-midi, rester pour des soins spécifiques. Dans le monde amateur, les joueurs travaillent en dehors et on doit s’arranger avec eux pour les voir en dehors des séances d’entraînement. Les moyens ne sont pas les mêmes non plus en matière de suivi. J’essaie d’effectuer un suivi le plus professionnel possible. À Laval, j’ai pu mettre en place un suivi biologique avec cinq prises de sang par saison. À Saint-Malo, ce n’est pas possible, c’est trop coûteux pour un club amateur. On a la possibilité de réaliser un suivi de la variabilité des fréquences cardiaques. On suit également le fonctionnement du système nerveux ou du cœur : plus le temps entre chaque battement est régulier et moins le joueur est en forme. Pour résumer, je dirais que les moyens humains et matériels sont plus importants dans un club professionnel, et que Laval est un club équivalent au niveau Ligue 2 très bien équipé.

*Le premier nombre correspond à là distance où l’on récupère et le second à la distance où on sprinte.

Crédit photo : Sullivan Coppalle/Twitter

Propos recueillis par Florian Tonizzo