Interview Expat

Hugo Delhommelle (Hawke’s Bay) : « Après les entraînements, on peut aller surfer »

22/02/2021 à 18:46

Passé par le Stade Rennais, l'AS Cannes mais aussi par des universités américaines sans parvenir à percer en MLS, Hugo Delhommelle est aujourd'hui le seul joueur français à évoluer en première division en Nouvelle-Zélande. Pour Actufoot, l'attaquant de 24 ans, qui se forme en parallèle comme moniteur de plongée, nous raconte sa vie en Océanie, où le mot Covid n'existe déjà plus.

Hugo, comment vivez-vous le fait d’être le seul joueur français à évoluer en Nouvelle-Zélande ?

Je suis même l’un des derniers français à être entré sur le territoire néo-zélandais. Je trouve ça intéressant et en même temps perturbant d’être le seul « frenchy » de la Ligue !

Ayant posé vos valises en mars dernier en plein boom de l’épidémie, l’intégration n’a pas été trop compliquée ?

C’est super facile de s’adapter en Nouvelle-Zélande ! Culturellement, les gens sont super accueillants envers les étrangers et le foot, ça rassemble beaucoup. Les coéquipiers, le staff, les fans, tout ça ça crée une atmosphère qui a rendu mon intégration beaucoup plus simple !

La Nouvelle-Zélande c’est assez peu commun. Comment s’est présentée cette opportunité ?

Après la draft, aux États-Unis, qui ne s’était pas forcément bien passée, j’ai attendu là-bas en espérant que quelque chose se passe. Ce qui n’a pas été le cas. Je suis revenu en France, je ne savais vraiment pas quoi faire. J’ai envoyé un message à mon ancien coach en lui disant que j’aimerais bien voir ailleurs, voir le monde grâce au foot. Il m’a dit qu’il avait un contact en Nouvelle-Zélande. Je l’ai contacté, je lui ai envoyé ma vidéo et m’a dit de venir.

Vous avez passé des tests ?

Non, non ! J’ai directement eu une offre qui était intéressante surtout au moment où le virus arrivait. J’ai senti le confinement arriver en France. Je me suis dit qu’en Nouvelle-Zélande, il y aurait moins de chances de chances de pâtir du Covid et des restrictions. Ça arrivait à un bon timing, il fallait que je fonce à ce moment-là.

Hugo Delhommelle (avec le numéro 6) sous les couleurs de Hawke’s Bay United

Quelle est la situation épidémique sur place ?

On a été touché au mois d’avril, on a eu un petit confinement d’un mois. On est rapidement passé de niveau 4 à 1 en trois semaines. Et ça fait environ  mois qu’on en entend plus parler.

Même les masques, vous ne connaissez pas ?

Non, j’ai porté un masque pour la première fois la semaine dernière parce que je devais prendre l’avion. Je ne ressemble pas à grand-chose avec un masque donc ça tombe bien (sourires).

Votre contrat s’arrête en juin 2021. Qu’avez-vous prévu pour la suite ? Est-ce que vous avez envie de rester dans votre club actuel ?

J’ai plusieurs offres, je n’ai pas encore pris de décision sur mon prochain club mais je suis sûr de rester en Nouvelle-Zélande. J’ai d’autres projets à côté. Je vais passer mes diplômes de plongée pour être encadrant ! C’est un rêve depuis toujours mais avec le foot au Stade Rennais et aux États-Unis, je n’ai pas eu l’occasion de profiter de mes autres passions à côté. J’ai cette opportunité aujourd’hui, je vais foncer et faire ça en dehors du foot. Puis, vu la situation du monde actuellement et la mienne, je n’ai pas d’intérêt à partir maintenant. J’aime beaucoup le pays.

En s’intéressant de plus près à vos statistiques, on s’aperçoit que vous n’avez marqué qu’un but depuis votre arrivée.

La saison a débuté en octobre, je me suis blessé lors du premier match de championnat. J’ai eu deux ruptures des ligaments au niveau de la cheville après un méchant tacle. J’étais out pendant deux mois. Là je viens de reprendre, j’enchaîne mon deuxième match. Donc j’ai seulement marqué sur penalty, ce week-end.

C’est comment le football, en Nouvelle-Zélande ? À quel championnat français la première division correspondrait-elle ?

Déjà, pour ne pas dénigrer le championnat, ça fait longtemps que je n’ai pas joué en France. Mais pour avoir rencontré pas mal de gens et joué dans différents clubs, je dirais CFA2 (N3, ndlr). Le niveau n’est pas forcément élevé mais il y a de très bons joueurs. On a la chance en Nouvelle-Zélande d’avoir une grosse influence britannique, de nombreux joueurs viennent terminer leur carrière. J’ai joué avec des joueurs qui ont évolué à West Bromwich, il y en a même un qui a fait une finale de FA Cup contre la grande équipe de Manchester United. Ce sont des joueurs qui amènent leur expérience. Il y a beaucoup d’anglais ici.

« Le foot n’est plus vraiment ma priorité, ça me permet surtout de vivre de belles choses. Je veux m’éclater, je me fiche de l’argent

Vous êtes actuellement à Hawke’s Bay United. Quels sont vos objectifs personnels avec le club ?

Sur le plan personnel c’était surtout jouer au meilleur niveau en Nouvelle-Zélande. J’ai fait un an sans jouer donc j’avais vraiment envie de jouer à nouveau. Hawke Bay est situé sur la côte Est de la Nouvelle-Zélande, on est en plein été. Mon but c’est vraiment de lier le football aux voyages, aux expériences. Le foot n’est plus vraiment ma priorité, ça me permet surtout de vivre de belles choses. Je veux m’éclater, je me fiche de l’argent, si j’avais voulu ça j’aurais été sur une autre partie du pays. Je suis dans l’un des plus beaux endroits de l’île !

Faites-vous autre chose à côté du foot ?

Je pourrais vivre du foot mais comme j’ai pas mal de temps libre, je travaille dans un bar/restaurant. Le manager est français donc ça se passe bien, on profite d’un endroit très prisé en été. Après les entraînements on peut aller surfer, faire des promenades.

Hugo Delhommelle et la « dolce vita » néo-zélandaise (Photo : DR)

Pour revenir sur le football, quels sont les objectifs du club cette année ? Quel a été le discours du coach ?

C’est une année assez bizarre mais en temps normal, les quatre premières équipes vont en play-offs. Le gagnant des play-offs participe au tournoi d’Océanie. Si tu gagnes ce tournoi, tu te qualifies pour la Coupe du Monde des Clubs. Cette année, ça a été annulé mais il y a deux ans, Oakland City a remporté le tournois d’Océanie contre les meilleures équipes du Pacifique. Ils étaient à un tour de rencontrer le Real Madrid.

Quelles seraient les principales différences entre le football français et le football néo-zélandais ?

Il y a beaucoup de différences dans le football néo-zélandais. Déjà il y a tous ceux du Pacifique et les Maoris qui sont beaucoup plus physiques. Il y a beaucoup d’anglais donc c’est un jeu un peu à l’anglaise. Il y a aussi les Kiwi (les néo-zélandais, ndlr) qui sont plus fins techniquement, pas très physiques. Puis les européens, qui sont plus dans le jeu tactique et technique. C’est super intéressant parce qu’il y a plusieurs types de football.

Comparé au rugby, que représente le football en Nouvelle-Zélande ?

Dans l’ordre je dirais : rugby, cricket, foot. La ferveur envers le football augmente. C’est un pays qui se développe petit à petit sur ce point là. Ils ont beaucoup investi dans les structures et les académies. Les U17 lors de la Coupe du Monde ont fait un très bon parcours. Il y’a beaucoup de jeunes néo-zélandais qui vont aller dans les universités américaines et pourquoi pas jouer en MLS. Il y a également quelques affiliations avec des clubs européens, un joueur contre qui j’ai joué récemment s’est envolé pour Copenhague, par exemple. À une petit échelle, le monde commence à porter de l’intérêt au football néo-zélandais.

Concrètement, ça gagne quoi un joueur de première division ici ?

Ça dépend, ils essaient d’instaurer un salaire maximum. Ils se débrouillent autrement, ils offrent des logements, des voitures. C’est ce que mon club m’a donné. Si t’es international, il te faut un visa, ce qui peut coûter très cher, du coup ils vont se débrouiller pour t’obtenir le meilleur visa possible. Tu peux largement en vivre. Sur le long terme je ne sais pas mais en tant que joueur c’est largement possible de le faire.

« J’ai des amis footballeurs qui sont curieux de mon mode de vie et qui aimeraient faire pareil »

Avant ça vous avez fat 4 ans aux États-Unis… qu’est-ce que vous retenez de ce passage ?

J’en garde un très bon souvenir, ça a été les quatre meilleures années de ma vie. Mais il y a forcément un goût amer sur la façon dont ça s’est terminé. Je suis compétitif, j’aurais aimé jouer au plus au niveau professionnel. Avec du recul, je me dis que j’ai eu de la chance d’évoluer aux États-Unis, d’être à l’université. C’était une aventure hors du commun. Quand je vois les jeunes de ma génération qui ont beaucoup de mal, en France, je me sens chanceux et heureux d’avoir pu vivre tout ça. J’ai des amis footballeurs qui sont curieux de mon mode de vie et qui aimeraient faire pareil. Leur style de vie ne leur convient plus mais avec l’argent ils restent là où ils sont. Il faut trouver ce qui nous rend heureux.

Vous avez quitté la France il y a presque 6 ans, à peine majeur. Qu’est-ce qu’on se dit quand on a 18 ans, qu’une telle opportunité se présente aux États-Unis ?

Déjà, j’avais le challenge footballistique de pouvoir, un jour, passer en MLS. Ensuite, j’avais l’assurance d’avoir un diplôme américain. Rester en Europe ne m’aurait pas permis de continuer mes études. Je savais que mes parents allaient être satisfaits grâce à ce choix. J’y allais pour faire du foot, être payé pour ça, continuer mes études, avoir un diplôme. Ça les rassurait que je puisse continuer dans ce sens. J’ai eu la chance d’avoir un bon entourage qui m’a poussé à foncer. À 18 ans je ne parlais pas un mot d’anglais, je ne connaissais personne.

Es-ce difficile d’avoir une vie intime lorsqu’on veut jouer les globe-trotter ?

Oui, c’est galère. Mais c’est aussi bien de se focaliser sur soi et son bonheur personnel. Si tu ne trouves pas ton bonheur personnel, je ne vois pas comment tu peux rendre quelqu’un d’autre heureux. Après, je me suis jamais mis de barrière. La seule chose qui me fait peur, c’est que mon grand frère vient d’avoir une fille. J’aimerais bien être présent en tant que tonton et parrain, ce n’est pas évident. Tu loupes tous les moments de famille : l’anniversaire de ta filleule, Noël, donc oui ça manque beaucoup. Je sais que ma famille est derrière moi et me soutient mais parfois c’est compliqué.

Vous avez fait les États-Unis, la Nouvelle-Zélande, il y a t-il d’autres pays que vous aimeriez faire ? Où vous aimeriez jouer ?

C’est d’une opportunité à une autre. J’aimerais bien tenter l’Australie, dans les îles du Pacifique il y a du foot aussi. J’ai 24 ans donc j’ai encore le temps de profiter mais je sais qu’après il me faudra une vraie structure, être stable. Mais pour l’instant oui, je veux continuer de voyager et jouer au foot.

L’AS Cannes était votre dernier club en France. Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné là-bas ?

J’étais assez naïf, déjà je n’avais pas d’agent. J’avais besoin de conseils à ce moment-là. Puis il y a aussi le niveau. En France il y a une sacré concurrence. Je n’avais pas forcément les opportunités non plus. Je ne sais pas si c’est parce que je n’ai pas été les chercher ou si elles ne sont pas venues.

Vous aimeriez, dans le futur, retrouver un club français ?

Ce n’est pas du tout dans mes intentions. J’aime bien la vie à l’étranger, découvrir le monde, d’autres cultures, d’autres personnes. J’adore la France mais j’aime aussi beaucoup voyager !

Pour terminer, qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter pour la suite de votre carrière ?

De continuer à voyager à jouer au foot ! Continuer à avoir des opportunités hors du commun.

Propos recueillis par Nicolas Issner avec Emmanuelle Devriese