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Jordy Gaspar : « Je suis totalement sorti des radars »

13/06/2020 à 12:57

Après trois saisons difficiles et aucun match officiel disputé à l'AS Monaco, Jordy Gaspar (23 ans) s'est engagé avec le GF38 jusqu'en 2023 ce jeudi. Le latéral droit formé à l'OL, qui dit avoir du feu dans les jambes, a accepté de regarder dans le rétroviseur pour se confier dans une interview exclusive à Actufoot.

Comment avez-vous vécu ces derniers mois délicats, loin du football ?

Le confinement s’est bien passé. Je suis rentré sur Lyon où j’ai pu être entouré de ma famille, ce qui a rendu cette période plus agréable malgré les choses graves qui se passaient. Au niveau de la santé, il n’y a pas eu de problème à signaler nous concernant. Le plus difficile à gérer, c’est cette inactivité qui est pesante pour les joueurs.

Dans quelle forme êtes-vous ?

Pendant le confinement, j’ai suivi le programme concocté pour les joueurs de l’équipe réserve de Monaco. Et j’ai repris récemment les entraînements avec mon préparateur physique en attendant d’être prêt. Je suis au charbon comme on dit (sourire).

« Si je pars du principe de vous dire que c’est un échec, je pense que je n’utilise pas le bon mot pour décrire cette expérience. »

Vous aurez passé trois ans sans avoir joué un seul match officiel avec Monaco. Que tirez-vous de cette expérience ?

Je suis un petit peu mitigé car si je pars du principe de vous dire que c’est un échec, je pense que je n’utilise pas le bon mot pour décrire cette expérience. J’ai quand même fait trois ans ici avec une première saison de découverte lors de laquelle j’ai été prêté au Cercle Bruges (D2). Quand je suis revenu, je n’ai pas eu la permission du club de partir et j’ai dû rester en CFA. Je pensais ensuite que j’allais pouvoir repartir sur un prêt mais j’ai été contraint de faire une deuxième saison blanche (ndlr : en réserve). J’essaie aujourd’hui de mettre plusieurs choses en place pour me préparer au mieux pour mon futur projet.

Avez-vous le sentiment d’avoir été un peu oublié ces derniers temps ?

En termes de visibilité, je suis totalement sorti des radars. Ça a été difficile à accepter au début mais on finit par s’y habituer. Avec le travail et de bons conseils, j’ai su faire la part des choses et ne pas m’arrêter.

L’AS Monaco a connu plusieurs changements d’entraîneurs au cours de votre passage sur le Rocher. Jardim, Henry, Jardim à nouveau et enfin Robert Moreno. Comment expliquez-vous qu’aucun ne vous ai donné votre chance ?

La porte s’est réouverte même si on peut avoir l’image d’un Jordy Gaspar mis au placard. J’ai été appelé aux entraînements professionnels pour montrer ce que je valais sous l’ère Jardim et Henry. Quand Thierry Henry est arrivé, je me suis dit que ça allait repartir de plus belle, que les cartes allaient être rabattues, mais je me suis blessé. J’ai mis un bon mois à m’en remettre et la trêve hivernale est arrivée. Mon rétablissement a pris plus de temps que prévu et le coach Henry n’est pas resté longtemps.

« Tout le monde connait la petite histoire avec Kylian Mbappé, comme quoi ce n’est pas vraiment lui qui l’a lancé, et qu’il l’a fait parce qu’il a reçu beaucoup de pression. »

Et puis Leonardo Jardim revient. Dialoguiez-vous avec lui ?

Non, ce n’est pas ce type de coach là. Il est très, très clair dans ses idées et ses pensées. Je dirais même qu’il n’est pas ouvert. Tout le monde connait la petite histoire avec Kylian Mbappé, comme quoi ce n’est pas vraiment lui qui l’a lancé, et qu’il l’a fait parce qu’il a reçu beaucoup de pression. Imaginez si ça se passe comme ça avec un tel joueur, la difficulté que cela représenter pour les autres. Ma venue à Monaco n’avait pas été conclue par l’intermédiaire de Jardim mais par le vice-président (Ndlr : Vadim Vasilyev) et mes représentants de l’époque.

Et vous n’entrez pas dans les plans du coach.

Je n’avais pas eu le coach au téléphone, c’est le vice-président qui m’avait montré son intérêt. Monaco est un club qui fait beaucoup de business et je pense qu’il s’est dit qu’il allait pouvoir récupérer un peu d’argent avec moi. J’ai d’ailleurs compris que je n’étais pas forcément dans les plans du coach quand, dès mon arrivée, on m’a prêté au Cercle Bruges.

Ça annonçait la couleur ?

Tout de suite. Il y avait pas mal de clubs en Ligue 1 et de Ligue 2 qui étaient prêts à me récupérer en prêt mais ils ont tout bloqué pour que j’intègre leur club satellite. Leur intérêt était que le Cercle monte en D1.

Cette saison en Belgique ne se passe pas finalement pas trop mal, non ?

Je n’étais pas titulaire indiscutable mais c’était une très belle expérience pour une première saison en pro. C’était aussi un retour à la réalité pour moi parce que j’avais été formé à Lyon, et que l’OL comme Monaco, sont des clubs où tu te sens dans le confort. Ils mettent énormément d’argent pour que les joueurs puissent se sentir le plus à l’aise possible. En Belgique, ce n’était pas du tout ça. Il y avait beaucoup de discipline, on portait même la cage, le matériel. J’ai beaucoup aimé la mentalité de ce club et je pense qu’il peut être un passage intéressant pour les jeunes joueurs.

Et cette année, quel était le discours des dirigeants monégasques ?

Pour remonter plus loin, je devais partir dès mon retour de Bruges et on discutait pour voir ce qu’il était possible de faire. J’ai connu pas mal de difficultés parce que Monaco ne m’a pas facilité la tâche pour partir en prêt. Je me retrouvais dans des circonstances où le club voulait de l’argent ou un pourcentage à la revente. Du coup tous les clubs étaient refroidis lorsqu’ils venaient me parler. J’ai fait une première saison en N2 puis on a cherché de nouveau à partir. Mais le discours est resté le même alors que je n’étais plus qu’à un an de la fin de mon contrat. C’était soit le club qui me voulait accepter de céder 50% à la revente soit il prenait la charge intégrale de mon salaire. Du coup, ils me faisaient comprendre que je devais tenir encore un an et qu’ils viendraient me récupérer à la fin de mon contrat.

Enchaîner deux saisons en National 2 alors qu’on est un jeune joueur avec des ambitions élevées, est-ce dur à gérer mentalement ?

Quand il n’y a pas de blessures, que tu te sens bien dans ton corps, le plus important c’est d’être sur le terrain. J’avais déjà enregistré le niveau N2 lors de ma formation à Lyon et ça m’a au moins permis de rester actif. Après je reconnais que c’est très dur à vivre parce que lorsqu’on est jeune, on a ce feu dans les jambes, cette excitation, cette impatience de pouvoir montrer ce qu’on vaut. Et c’est compliqué de le faire dans des niveaux inférieurs. Je voulais quitter le club au cours des trois derniers mercatos mais ça n’aboutissait jamais. Au final, je me disais toujours « merde », il me reste encore un an. Puis six mois. C’est difficile.

Vous avez pensé à résilier votre contrat ?

C’est la seule chose qui aurait pu me permettre de quitter Monaco mais je me serais retrouvé perdant. Si on pouvait empocher nos salaires tout en résiliant notre contrat, on le ferait. En plus, je n’avais pas l’assurance de retrouver un bon projet après avoir résilié. Cela aurait donc été dangereux de m’asseoir sur mon contrat monégasque.

*Interview réalisée mercredi, quelques heures avant la signature du joueur au GF38 avec qui les contacts étaient bien avancés