Interview

Roger Tamba, l’ex-espoir de la Juventus Turin déterminé à tout casser

21/06/2020 à 17:10

Sans club depuis son départ en janvier de l'Apollon Limassol (D1 Chypre), Roger Tamba (21 ans) continue de s'entretenir durement en compagnie d'un préparateur physique en attendant le projet idoine. Le jeune milieu de terrain natif de Lyon, repéré et recruté par la Juventus à 17 ans lorsqu'il évoluait à Bourgoin-Jallieu, a déjà beaucoup bourlingué. Désormais, il souhaite se stabiliser afin de montrer et exploiter tout son potentiel au haut niveau.

Votre envol du FC Bourgoin-Jallieu à la Juventus Turin remonte à 2016. Comment cette signature s’était-elle orchestrée ?

J’avais 17 ans et je jouais avec les U19 de Bourgoin. Cette saison-là s’était super bien passée pour nous et j’avais aussi pu en profiter pour montrer mes qualités avec la CFA 2 sur la fin de saison. J’ai suscité l’intérêt de plusieurs clubs et ma rencontre avec un agent m’a permis de faire un essai à la Juventus Turin. Il a été concluant donc j’ai signé là-bas d’abord sous contrat amateur pour un an.

Votre vie change radicalement du jour au lendemain ?

J’étais comme un enfant parce que c’est un très grand club et justement, je n’ai pas forcément pris du recul par rapport à ça. Je n’ai pas de regrets mais je me dis que j’aurais peut-être dû plus me poser pour savoir si ça valait le coup d’aller aussi tôt dans un grand club sachant que je sortais de Bourgoin-Jallieu. Des clubs étaient intéressés en France pour me faire signer. La Juve, c’était peut-être trop grand, trop vite et je n’étais pas préparé à cette exigence-là.

Roger Tamba sous les couleurs de Bourgoin en U19 (Photo : DR).

Qu’est-ce qui était difficile ?

Apprendre l’italien puisque c’était la première fois que je partais à l’étranger pour le foot. L’exigence des entraînements aussi. Il faut savoir qu’en Italie, les clubs ont désormais une équipe U23 entre les U19 et les pros. Lorsque j’y étais, c’était U19 et l’équipe première ! Donc en termes de séances, ils nous préparaient pour le haut niveau. Pour moi qui sortait des U19 Régionaux de Bourgoin, j’ai eu beaucoup de difficultés. Aussi, j’ai été en retard sur plein de choses comme sur l’aspect tactique.

Sur qui avez-vous pu vous appuyer à la Juve ?

Sur Yoann Séverin. On s’était connu au FC Bourgoin-Jallieu et à l’Olympique Lyonnais et il était déjà présent à la Juve avant que j’arrive. Il a facilité mon intégration. C’était difficile même avec son aide, je n’imagine pas que ça aurait été sans lui. J’ai aussi eu la chance de connaître Fabio Grosso qui parlait bien français. C’est une superbe personne et un très bon entraîneur. Il m’a beaucoup appris tactiquement et m’a poussé à être tout le temps à fond. J’ai progressé avec lui sur la compréhension de la culture du football italien.

C’est dur aussi de garder les pieds sur terre quand on porte le maillot de la Juve aussi jeune ?

Je voyais la Juventus devant moi mais mon objectif était de jouer, de faire des matches. C’est ça qui aurait vraiment fait de moi un joueur de la Juve. J’étais content d’être là mais frustré de ne pas avoir plus de temps de jeu. Je n’ai aussi peut-être pas été assez exigeant avec moi-même.

Roger Tamba au duel avec Paulo Dybala à l’entraînement des pros avec la Juve (Photo : DR)

Vous signez quand même un contrat pro de trois saisons avec la Juve. Ce n’est pas donné tout le monde !

Je suis prêté en deuxième division autrichienne à Wattens pour faire mes preuves et l’expérience se passe bien. Derrère, la Juve décide de me faire signer professionnel trois ans. C’est vrai que c’était une belle chose et j’ai du mal parfois à m’en rendre compte.

S’en suivent d’autres prêts…

Je fais un tour en première division croate dans un club du top 4. Sportivement, ça n’a pas été très bénéfique pour moi même si j’au pu me rendre compte de certaines de mes qualités.

Lesquelles ?

J’ai vu que je pouvais être un joueur endurant, rapide, technique et capable de répéter les efforts à haute intensité et à haut niveau. J’ai pu prendre confiance en moi en Croatie même si, malgré tous les efforts que je faisais, je n’avais beaucoup de temps de jeu en équipe première.

Comment se passe le retour à la Juve ?

A la fin de la saison, j’avais l’idée de partir librement afin de ne plus être prêté à droite et à gauche. Je suis rentré en contact avec Villefranche en National mais ça ne s’est pas fait pour je ne sais quelle raison.

Vous choisissez de quitter Turin pour l’Apollon Limassol alors qu’il vous restait deux années de contrat.

C’était un projet qui sonnait bien, l’Apollon jouait l’Europa League depuis deux ans et était encore qualifié pour les barrages. Je pense que j’étais à bout mentalement d’être prêté un jour là et un jour ailleurs. L’Europa League m’avait vraiment motivé, mais j’ai mis deux semaines à donner ma décision au club. J’avais déjà fait pas mal de pays mais j’ai fini par accepter. Tout a bien débuté et le coach me faisait confiance. Je participe au 2e tour de qualification de la Coupe d’Europe contre les Shamrock Rovers mais je me blesse au cours du match. Quand je suis revenu de blessure, je n’ai pas repris ma place dans le onze. Je suis rentré contre le PSV Eindhoven au tour suivant mais notre parcours s’est arrêté avant la phase de groupe. Après, l’entraîneur qui m’avait fait venir et m’avait confiance s’est fait licencié. Je n’entrais plus dans les plans par la suite et on a décidé de s’arrêter-là.

Vous avez déjà pas mal bourlingué pour un joueur de 21 ans !

C’est pour ça que j’en suis reconnaissant même si j’ai des petits regrets sur certains choix à certains moments. Mais je me rends compte que je vais tout juste avoir 22 ans et que mes expériences vont me permettre de bien comprendre ce milieu qu’est le football. Tout ça va me servir pour le futur.

Quelles sont vos aspirations pour la suite ?

J’aimerais jouer en France dans un club de Ligue 2 voire de National. Je suis déterminé à 400% et j’ai envie de tout arracher. Je n’ai pas encore fait assez et j’ai envie de montrer l’étendue de mon talent parce que je sais que j’ai les capacités pour faire de belles choses.