L'édito de Bernard Morlino

Les 32es de la Coupe de France cruels pour la L1

09/01/2019 à 11:00

Six clubs de Ligue 1 à la trappe, des amateurs révoltés, les 32es de finale de Coupe de France version 2019 ont livré des résultats spectaculaires.

L’édition 2018-2019 de la Coupe de France a réservé son lot de surprises qui fait le sel de l’illustre compétition. De fait, l’entrée des écuries de L1 a rappelé la dure réalité du football : sur un match tout peut arriver, à l’inverse de tous les autres sports qui en principe vont dans le sens de la hiérarchie. Les 32es du début 2019 ont déjoué nombre de pronostics, notamment trois matchs qui ont fait chuter Marseille battu 0-2 par Andrézieux (N2), Montpellier éliminé 0-1 par l’Entente Sannois Saint-Gratien (N), et Bordeaux sorti 0-1 par Le Havre (L2). Sacrée hécatombe ! Le budget de l’OM (150 M€) n’a pas pesé lourd dans la balance contre celui d’Andrézieux (1,5 M€) qui évolue dans une division placée quatre rangs derrière celle des Phocéens. Dans les matchs qui voient la qualification de David face à Goliath, on réserve les louanges aux vainqueurs forcément plein de rage, d’envie, d’enthousiasme, de courage, de solidarité et d’opportunisme alors que l’on réserve la suffisance, le manque de préparation mentale et la désinvolture au camp des perdants. Sans forcer le trait, on peut dire que les Marseillais ont manqué de respect vis-à-vis de joueurs prétendus plus faibles. Les joueurs de l’OM n’ont pas abordé le match comme s’ils allaient affronter Paris tandis que leurs adversaires de N2 ont joué le match comme si c’était déjà la finale. Rudi Garcia n’a pas su mobiliser ses troupes, à l’inverse de Jean-Noël Cabezas qui a enlevé la mauvaise pression à ses joueurs pour leur dire qu’ils avaient tout à gagner et rien à perdre. La Coupe de France fait toujours peur aux joueurs de L1 qui, s’ils s’y prennent mal, stressent pendant tout le match au point de perdre leurs moyens. La peur peut changer de côté. Les champions du Monde marseillais (Mandanda et Thauvin) ont quitté la compétition par la toute petite porte.
Si Marseille n’a pas su éviter le match piège, le PSG y est parvenu. Thomas Tuchel n’a pas lésiné sur les moyens afin d’éviter la déconvenue. Contre Pontivy (N3), l’entraîneur allemand a aligné Neymar et Mbappé qui ont joué tout le match, de la première à la dernière minute. Les deux cadors ont marqué un but chacun. De quoi faire un beau souvenir pour le goal battu, Daoudou. Ce n’est pas tous les jours que l’on joue devant des as de cette trempe. Les Stéphanois, eux aussi, n’ont pas lésiné sur les moyens : ils en ont collé six à l’Olympique Strasbourg (R2) qui n’est pas parvenu à sauver l’honneur (6-0). Marseille n’a pas été le seul à ne pas tenir son rang : Lyon Duchère (N) a battu Nîmes (3-0), et Viry-Châtillon (R1) a éliminé Angers, 1-0. Dans un duel de L1, Toulouse a écrasé Nice (4-1) au cours d’un match qui ne restera pas dans les annales niçoises, sauf au registre de tout ce qu’il ne faut pas faire mais les Aiglons ont une circonstance atténuante : un grand déficit d’attaquants.
Les équipes de L1 qui ont quitté la Coupe de France dès les 32es prouvent une fois de plus qu’il est très difficile de mener de front toutes les compétitions. L’OM, qui rêve tant de renouer avec les matchs de C1, a été incapable de se maintenir en Coupe de France. Des joueurs n’arrivent pas à honorer leur statut de cadres. Ils pensent que plus ils sont payés, plus ils sont bons. Grave erreur de jugement. Le football est une perpétuelle remise en question. Le point fort d’un joueur c’est plus la constance qu’un coup franc réussi toutes les 30 tentatives.
Le tirage au sort des 16es de finale n’a pas donné de grandes affiches entre les clubs de L1. En marge de St Etienne-Dijon et Toulouse-Reims, Lyon, qui vient de se faire évincer à domicile de la Coupe de la Ligue (1-2), en 1/4 de finale, devra être très vigilant pour éviter une nouvelle désillusion, cette fois à l’extérieur, à Amiens. On est d’ores et déjà assuré qu’un club de niveau National aura le bonheur d’atteindre les 8es de finale puisque trois affiches nous proposent des duels entre clubs de N1 et N2 : Andrézieux (N2)-Lyon Duchère (N1), Villefranche (N1)-Les Herbiers (N2) et Marignane Gignac (N1)-Croix (N2). Au rang inférieur, Viry-Châtillon (R1) recevra Caen (L1) et Noisy-le-Grand (R1) jouera sur le terrain du SC Bastia (N3). Parmi les confrontations attractives des 16es deux matchs retiennent l’attention : Entente Sannois Saint-Gratien (N1)-Nantes (L1) et Saint-Pryvé Saint-Hilaire (N2)-Rennes (L1). Les 32es de la Coupe de France 2018-2019 ont rappelé une évidence incontestable : si le football est le sport le plus populaire au monde, c’est précisément parce que le petit poucet peut battre l’ogre.

Par Bernard Morlino

 

Crédit : Getty Images