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Milton Lopes: « Je n’ai pas eu une jeunesse comme les autres »

07/07/2019 à 16:05

Joueur évoluant à l'ASCP, Milton Lopes est une personne attachante et sociable. Afin d'en savoir davantage sur son parcours, nous sommes allés le rencontrer en exclusivité pour Actufoot41

Félicitation pour ton diplôme. Tu dois être soulagé?

D’un point de vue personnel je suis effectivement soulagé. L’obtention de ce diplôme représente énormément de choses pour moi. C’est l’aboutissement d’un projet de vie merveilleux puisqu’il va m’ouvrir des nouvelles portes au niveau professionnel dans un domaine que j’ai pu connaître en étant un jeune accompagné et maintenant comme éducateur spécialisé.

                                                                                                                      « Chaque expérience m’a rendu plus fort »

Ca t’a demandé beaucoup d’efforts…

Le travail effectué afin d’obtenir ce diplôme d’éducateur spécialisé m’a demandé beaucoup d’efforts en termes d’investissement personnel. J’ai eu la chance par le passé d’avoir obtenu un BTS assistant de manager mais les sacrifices n’ont pas été les mêmes. Il n’est jamais simple de parler de soi et pour quelqu’un comme moi qui n’aimais pas trop me livrer, il a fallu travailler cela petit à petit pour arriver à mes fins. Maintenant je suis content du résultat même si je me suis appuyé sur mon réseau personnel pour arriver à travailler les dossiers. Je me suis battu avec mes propres armes en essayant de garder ma propre vision du métier.

Décris-nous ta jeunesse

Ma jeunesse a été un moment déterminant dans ma vie. Je suis arrivé à l’âge de 14 ans et ne parlant pas un mot de français. Je me suis focalisé sur le sport pour m’évader et me tourner vers d’autres horizons. Je n’ai pas passé une jeunesse comme les autres.

Pourquoi?

Tandis que les autres jeunes profitaient de leur adolescence comme il se doit, de mon côté, j’étais préoccupé par mon avenir. Je ne ménageais pas mes efforts et il fallait me montrer à la hauteur des attentes qu’on avait placées en moi. Enfin, socialement j’ai profité des espaces de rencontres comme le football pour pouvoir atteindre mon objectif.

Préoccupé par ton avenir, c’est-à-dire?

Parce que je n’étais pas sûr d’en arriver là où je suis maintenant. Conséquence, il a fallu s’acharner sur mon travail et l’apprentissage de la langue pour  arriver à mes fins.

Le foot a-t-il eu un impact dans ta vie?

Le foot a eu un impact considérable. Apprendre le français sur les bancs de l’école était une chose mais partager une passion avec mes camarades pour moi était plus profond encore. À travers le foot, j’ai appris à m’exprimer, à m’ouvrir aux autres, à m’enrichir de cette diversité. Il m’a permis aussi de me retrouver avec moi et mes valeurs comme le respect, la tolérance, l’entraide et la solidarité. Au final, j’ai pu inévitablement trouver ma place parmi les autres. Cela fait donc maintenant 13 ans que je suis au coeur de cette belle aventure humaine et enrichissante. Je trouve dans l’interculturalité sportive qui nous amène à non seulement affronter un adversaire mais aussi à apprendre de l’autre et de ses origines.

Le sport t’a donné aussi les moyens de te surpasser…

Oui, surtout d’aller tester mes capacités. À travers les efforts, je me fixais des objectifs à chaque match. Pendant un certain temps, mon but était de jouer et ne pas fatiguer mon coach qui se tuait à me donner des consignes alors que je ne les comprenais pas (rire). Il n’a jamais cessé d’avoir confiance en moi car je n’osais pas  m’exprimer vis-à-vis des gens. Progressivement, je me suis lancé dans le grand bain et commencé à donner aussi ma vision des choses.

Quels sont les moments les plus délicats que tu as du affronter?

Pour moi, les moments les plus difficiles de ma vie sont hiérarchisés. Premièrement, le déracinement de ma patrie, l’Angola, n’a pas été simple. Ce moment a été douloureux et difficile à accepter puisque je n’ai pas eu le choix. Deuxièmement, l’adolescence. C’était compliqué car je n’ai pas vécu une jeunesse lambda. J’avais énormément des responsabilités et intérieurement tout n’était pas clair. J’ai donc passé beaucoup de temps à m’organiser comme il le fallait sans trop causer des dégâts. Pour finir, vivre mon quotidien sans ma famille. J’avais beau avoir un cercle relationnel assez élargi, mais rien ne m’était plus difficile que de rentrer « chez moi » et accepter cette réalité.

Difficile de rentrer chez moi?

Comme je vivais au Foyer Amitié, mon « chez moi » c’était un établissement alors que j’avais grandi avant dans un cercle familial. Ce changement me renvoyait directement à une situation contraignante puisque j’étais placé sous l’autorité de l’État.

Face à cela, tu en es ressorti plus fort…

Petit, on m’a transmis énormément de détermination et de courage pour faire face à l’adversité. Chaque expérience compliquée m’a rendu encore plus fort. J’ai toujours mis en pratique ce que j’avais appris.

Tu es un philanthrope dans l’âme.

Oui, je peux le dire que je le suis. Rien ne m’a procuré plus de bonheur et de sensation que d’apporter un sourire à une personne dans le besoin. Je suis comme ça. Le bien-être de l’autre à une place importante dans ma vie et si je suis en capacité de faire quoi que ce soit qui puisse contribuer à cela, je le fais sans me poser des questions. Après trois ans de formation intensive, j’espère pouvoir faire une bonne préparation, reprendre la compétition et surtout me faire plaisir. Voilà mon principal défi.

Un mot pour la fin.

La beauté de la pratique sportive réside dans l’espace de rencontre qu’elle procure à chacun.

Mohamed Bouaissa