InterviewN3

Jérémy Clément « J’espère amener le club du FC BJ un peu plus haut »

21/05/2020 à 12:03

Jérémy Clément, ancien joueur de Lyon, Saint-Etienne ou encore Paris, est le nouvel entraîneur de l'équipe fanion du FC Bourgoin-Jallieu en N3. L'ancien milieu défensif nous a accordé une interview exclusive dans laquelle il nous parle de sa reconversion, son projet avec le club, ses attentes et ses craintes.

Jérémy Clément, comment allez-vous après cette période de confinement ?

Ça va bien. D’un point de vue professionnel, ça s’oriente quand même. Même si on n’a pas trop de réponse quant à la reprise, on essaye de travailler sur l’effectif de l’année prochaine. Du coup, comme je vais entraîner l’équipe N3 avec Laurent Rugelj, on rencontre tous les joueurs de cette saison. C’est beaucoup de relationnel. On fait un bilan de la saison, on explique nos attentes et on écoute leurs attentes pour savoir comment on va repartir, qui va faire partie ou non de l’effectif. Ce sont des choix difficiles humainement mais, maintenant, c’est un autre métier, ce sont des choix à faire.

Pourquoi avez-vous choisi de mettre un terme votre carrière en avril ?

Pour moi, c’est une année de transition, ma carrière s’est vraiment arrêtée quand j’ai quitté Nancy. Après, pourquoi arrêter de jouer ? Honnêtement, je pense que je suis un des joueurs qui a le plus joué cette saison avec Bourgoin, pourtant, j’étais le plus vieux, ça veut dire que je me sentais bien physiquement. Après, je ne me voyais pas repartir dans quelques mois, pour moi l’arrêt était trop long sans compétition sans rien faire et j’avais du mal à me motiver à faire des choses tout seul. Je me suis dit c’est peut-être un signe. J’ai eu l’opportunité avec mes présidents de continuer, de prendre l’équipe 1 et de passer mon diplôme l’année prochaine. C’était une suite que j’avais déjà abordé avec eux. Fallait prendre une décision, ça a été le moment.

Vous êtes le nouvel entraîneur l’équipe fanion du FC Bourgoin-Jallieu en binôme avec Laurent Rugelj, déjà dans le staff. Comment est-arrivé ce projet de reconversion ?

Le métier d’entraîneur ce n’est pas quelque chose que je voulais faire il y a encore quelques années. Là je découvre encore et cette année je suis en train de finir mon BEF. J’avais les U14 à Bourgoin, l’an prochain j’aurai les seniors. Je pense que je suis dans une phase d’apprentissage, je vais progresser j’espère. A un moment donné, je vais être en difficulté aussi mais en tout cas c’est quelque chose qui me plaît et que j’ai envie de découvrir, d’approfondir. Entraîner ça me plait, j’ai envie de transmettre, de tirer un groupe, de gérer un effectif. J’ai la chance que Bourgoin me donne cette opportunité là. Même s’il y a d’autres choses que j’ai envie de faire, principalement mon quotidien, ça sera d’entraîner la N3 du FCBJ.

Ça fait longtemps que vous l’avez en tête ?

C’est très récent. Ce que je me suis rendu compte, c’est que j’ai envie de rester dans le football et que c’est un métier, une passion que j’aime, c’est mon truc. J’ai aussi passé un diplôme dans le management du sport, en gros, tout ce qui est à côté, avoir un rôle un peu plus retiré du terrain. Mais je voulais passer du coté entraîné au coté entraîneur pour vraiment connaître et orienté les choix. L’objectif c’est d’être épanoui dans ce qu’on fait. Ce dont je suis certain, c’est que je serai épanoui dans le football après avec quel statut, c’est encore flou car ça se trouve dans cinq ans je ferai carrément autre chose. A court terme, j’ai envie d’emmagasiner de l’expérience, apprendre en tant qu’entraîneur.

Comment s’est déroulée votre première saison en tant qu’éducateur des U14 R1 ?

Ça s’est bien passé. Franchement, c’était un super groupe, de supers jeunes avec un bon état esprit. Moi qui démarrait ce « nouveau métier », cette nouvelle facette, à part entraîner mon fils dans un petit club, je n’avais jamais trop coaché. C’était vraiment une catégorie d’âge super, pour mes premiers pas, c’était une super aventure.

Qu’avez-vous appris avec ces jeunes ?

Avec les jeunes, c’est « plus facile » de coacher et au niveau du management. Ce qui me plait et la difficulté ça va être le management au niveau seniors, gérer certains égos, ceux qui ne jouent pas… Forcément, on l’a aussi avec les jeunes mais c’est moins prononcé. Avec les 14 ans, ils n’allaient pas contredire les décisions. Là, je vais être un peu plus en difficulté avec les seniors, je sais que ça va être dur mais c’est ce qui me plait de trouver comment fédérer tout le groupe, être juste dans ses choix. Je vais faire des erreurs mais c’est aussi ça qui est passionnant. J’espère que mes joueurs et mes présidents seront indulgents. En tout cas, moi, je vais donner le maximum avec mon binôme Laurent Rugelj pour qu’on tire le meilleur de notre groupe, qu’on ait un groupe compétitif, qu’on gagne des matchs… Moi j’espère amener le club de Bourgoin un peu plus haut, ça ne sera peut-être pas cette saison mais si on me laisse l’opportunité, j’aimerais réaliser une belle performance en accédant au niveau supérieur. Je reste compétiteur et ambitieux.

« Faire des déçus, c’est quelque chose que j’appréhende »

Comment appréhendez-vous ce passage des jeunes aux seniors ?

Je n’ai pas peur. Ce que je redoute, c’est dans mon caractère, j’aime l’être humain avant le footballeur, je suis quelqu’un de sensible et d’empathique. Faire des déçus, c’est quelque chose que j’appréhende. Ça ne fait pas forcément plaisir mais on est amené à faire des choix qui seront expliqués, parfois pas compris. C’est toujours blessant de faire des malheureux, il y aura onze joueurs, seize sur la feuille de match. Il y en a qui vont s’entraîner la semaine et qui ne seront pas dans le groupe. C’est des choix sportifs qui touchent aussi l’homme.

Qu’est-ce qui vous a convaincu dans le projet de Bourgoin ?

Honnêtement, je n’avais pas de lien particulier avec Bourgoin. Je ne connaissais le club que de nom. Je suis originaire de Rives (Isère). J’ai eu cette opportunité là et moi mon premier objectif en arrêtant à Nancy, c’était de me rapprocher de chez moi. Bourgoin, c’est un bon compromis car c’est à 25 minutes de chez moi. C’est un club qui m’accompagne dans mon épanouissement et dans mon apprentissage. Ils ont été cool, ils ont accepté que je passe le BEF en même temps, ils m’ont donné une équipe et l’an prochain ils me donnent très vite des responsabilités. Ils veulent que je continue à progresser et à apprendre en passant le DES, le diplôme du dessus. C’est une relation de confiance et d’échange, j’espère moi aussi leur apporter par mon vécu, par ma carrière professionnelle. C’est vraiment une relation de confiance et d’échange. Je suis vraiment reconnaissant à ce club de me faire progresser.

Un nouveau métier avec des difficultés

Je ne suis pas dupe, je sais que le métier d’entraîneur est un métier difficile. Ce sont les résultats qui font que ça va bien ou non. Moi, je donnerai le maximum. Je sais qu’en tant qu’entraîneur, on est le premier fusible. En tout cas, je sens vraiment qu’ils ont confiance en moi et qu’ils veulent que je prenne de l’importance dans le club. Après, il faudra aussi gagner des matchs et j’en suis conscient. Je ne suis pas là pour faire du social, ce qui me plaît, c’est que les présidents ont envie de monter. Moi aussi, j’ai envie de monter. Je le ferai comprendre à mes joueurs. J’ai envie que ça se passe bien avec eux, qu’on ait une saison humainement super. Mais à la base on fait un métier, certes pour se faire plaisir, mais pour moi, la compétition est très importante.

« Je me suis posé dans l’Isère donc ce n’est pas pour partir dans un an ! »

Quelles sont vos ambitions au niveau des diplômes ?

On a beau « avoir un plan de carrière » mais au final c’est les opportunités qui font que. Je ne veux pas trop me projeter même si j’aime bien avoir des coups d’avance. (sourires) Là, c’est déjà une grande marche qui m’attend entre les U14 et les seniors en N3. Je veux voir comment se passe cette année, si je prends du plaisir… Il y aura plein de choses. Pour l’instant, mon avenir est là. Il y a d’autres choses que j’ai envie de faire comme être consultant télé. Je ne me fais pas de plan sur la comète, on va voir comment ça évolue. L’objectif, c’est d’être épanoui, qu’on soit content de moi, c’est aussi important. Si, admettons dans un an, le club me dit : « Jérémy, ça ne nous plaît pas ce que t’as fait. » Il n’y a pas de soucis. Il y a plusieurs parties, il faut que tout le monde soit content. Je ne fixe pas de limite. J’essaie de voir comment cette saison va se passer, et en fonction de, on verra, on fera le bilan avec le club. Peut-être qu’un jour, j’aurai les opportunités d’aller dans un autre club, aujourd’hui, je me suis posé dans l’Isère donc ce n’est pas pour partir dans un an.

Un petit mot par rapport à la première recrue Jessim Mahaya de Saint Priest ?

Pour tout vous dire, Jessim, c’est quelqu’un que j’avais connu à St Etienne. A mon époque, je le trouvais très intéressant. Je suis content qu’il nous rejoigne parce que je sais que c’est une plus-value pour le groupe, il est décisif. C’est un garçon avec un bon état d’esprit, des valeurs, bien éduqué qui va j’espère tirer le groupe vers le haut. C’est un bon footballeur, on en a besoin, pour être ambitieux, il faut de bons footballeurs. Je n’ai pas de doute sur sa capacité à nous faire gagner des matchs. C’est une bonne recrue, je pense que tout le monde est unanime pour le dire.

Le choix numéro 1 ?

On avait ciblé différents profils. Des fois, il y a des opportunités. Jessim, c’est quelqu’un qui jouait plus haut (AS Saint-Priest, N2, relégué en N3), c’est compliqué d’attirer les joueurs qui sont plus haut et il y a un équilibre de budget à trouver. Ça a facilité parce que je le connais mais il y a d’autres joueurs qu’on suit.

Avez-vous ciblés des postes à améliorer ?

Il ne faut pas trop se projeter. Les présidents nous demandent d’être ambitieux dans le jeu et à la lutte pour jouer la montée. Il y a aussi un équilibre financier à trouver. C’est une année particulière, post Covid, j’ai à prendre en compte cet aspect là. Le nerf de la guerre reste l’argent. On essaye de garder un noyau dur de joueurs. L’objectif n’est pas d’empiler des joueurs, l’objectif est de former un groupe, un groupe de bons joueurs en s’appuyant sur ce qui a marché l’année dernière. Économiquement, il y a des choix à faire. Il y a des profils qui n’ont pas répondu présent. On va travailler avec un groupe restreint car on n’aura pas les mêmes moyens que cette saison.

D’autres recrues sont-elles à prévoir ?

Pour l’instant, rien de fait. Il y a plusieurs profils… Jessim nous rejoint. Normalement, il y a quelqu’un, profil plutôt offensif qui va nous rejoindre. Après, il faut faire confiance aux joueurs qu’on a, garder une dynamique de groupe car un équilibre de vestiaire, c’est très compliqué. J’ai des avis, des idées mais je dois aussi prendre le paramètre club au niveau de la formation qui est d’amener les jeunes du club à intégrer l’équipe première. C’est tout un mélange de paramètres, que ça soit des joueurs qui ont connu le niveau du dessus mais aussi redonner cette image de Bourgoin qui est un club formateur, d’ailleurs avec une très bonne formation pour l’avoir connu. Ça travaille très très bien, c’est top. Tous les coachs des catégories travaillent très bien. Mon objectif, c’est aussi d’amener ces jeunes de la formation berjalienne à intégrer l’équipe. Je crois beaucoup aux valeurs du club, c’est important qu’on ait des jeunes qui ont connu la formation du club. J’aime beaucoup ce côté joueurs qui ont fait leur classe de jeunes et après postulent pour jouer dans cette équipe. Il faut garder de l’ADN du club.

Propos recueillis par Geoffrey Leplang
Crédit photo : Jérémy Clément / FC Bougoin-Jallieu

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