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David Douline (Rodez) : « Je n’ai plus de temps à perdre »

10/05/2019 à 17:15

Le milieu de terrain du Clermont Foot 63 (Ligue 2) a réalisé une saison pleine en prêt, avec Rodez, sacré champion de National 1 avec le record de point du championnat à 18 équipes (73, il reste une journée). Formé à Saint-Étienne, passé par Evian-Thonon-Gaillard puis par le monde amateur (Le Puy Foot et Chasselay), David Douline (25 ans) est à un tournant de sa carrière. Le natif de Grenoble s'est confié dans nos colonnes sur son excellente saison avec le RAF, son parcours amateur et son avenir, pour l'heure, toujours indécis. Interview.

David, que représente ce titre et cette montée en Ligue 2 avec le RAF ?

C’est beaucoup de plaisir, on profite un maximum depuis qu’on a obtenu cette montée. C’était le cas un peu avant aussi car ça faisait un moment qu’on y croyait vraiment. Sur le plan collectif, on a fait une super saison alors que ça avait mal commencé. On gagne tous les matches, on prend du plaisir sur le terrain et en dehors. C’est important car on reste avant tout des humains. Cette saison, c’est beaucoup de plaisir partagé.

A titre personnel,  c’est également une année positive avec beaucoup de minutes jouées. Vous venez d’ailleurs d’être élu joueur du mois d’avril à Rodez !

Complètement. J’avais fait des matches en Ligue 2 l’année dernière avec Clermont et ça c’était plutôt bien passé. Mais voilà, il y a eu des recrues, et on a eu une discussion avec le coach (Pascal Gastien). Je redescends d’un cran avec ce prêt en National à Rodez. Au début, c’est un peu dur à vivre parce que je pensais mériter du temps de jeu à Clermont, plus que la saison précédente en Ligue 2. J’arrive un peu sur le tard à Rodez (6e journée) et au final, c’est un bon choix, une année de gagner pour le club d’un point de vue collectif et puis pour moi, car c’est une bonne expérience pour la suite de ma carrière. C’est aussi une petite revanche car ce n’était pas gagné d’avance. Quand j’arrive ici, rien ne me pousse à croire que le club va monter. De plus, le bilan est de deux défaites, deux nuls et une victoire en six journées. Le coach me voulait à tout prix depuis l’année précédente et ça aide forcément car il m’a mis dans les meilleures conditions. Derrière, je marque sur mon premier match… la dynamique s’est bien calquée avec mon arrivée et l’équipe a commencé à prendre forme.

Le but de David Douline contre l’Entente SSG (1-0) en championnat

Vous avez éclos sur le tard, après plusieurs saisons au niveau amateur. Estimez-vous ne plus avoir de temps à perdre aujourd’hui ?

Oui, carrément. J’ai eu beaucoup de blessures de 18 à 22 ans. J’étais à l’époque avec Evian en Ligue 1 en tant que stagiaire pro pour finalement me retrouver en CFA à cause de ces pépins, à faire des saisons à moitié et c’est vrai que c’est compliqué. Ensuite, je rebondis au Puy-en-Velay et depuis, ça fait quatre saisons que je ne me blesse. Et ça aide. Je ne sais pas encore où je serai l’année prochaine, il y a des discussions en cours mais il y a des choix qui seront importants parce que je n’ai plus de temps à perdre et que je veux aller le plus haut possible. J’ai 25 ans, j’ai fait une demie-saison en Ligue 2, une année pleine en National et on y prend goût. Mieux vaut tard que jamais, on va dire.

Après une telle saison, beaucoup de facteurs doivent vous donner de poursuivre à Rodez…

Rodez, c’est fantastique. Il y a un super stade, une super équipe, un très bon staff et tout le monde s’entend très bien. Après, moi, j’appartiens à Clermont. Il y aura des choix à faire de ma part et ça ne dépendra pas que de moi non plus. Dans tous les cas, je suis très content. Ici, je me sens très bien et Clermont est un club qui a de l’ambition. Après, oui, avec l’année qu’on vient de passer, ça donne envie de rester. Il faut réfléchir et faire le bon choix.

L’arrivée d’un nouvel investisseur au Clermont Foot 63 peut-elle influer sur votre décision ?

Oui, il faut tout prendre en compte.  Le temps de jeu va être important, le profil de l’équipe, les discours avec les différents acteurs de la saison prochaine que ce soit à Clermont ou à Rodez. Les nouveaux actionnaires, on ne sait pas trop encore ce que ça va donner. Ça va être une dimension différente, mais est-ce que cela va être une autre dimension ? C’est un peu flou pour l’instant.

Pour revenir à vos années de formation, vous êtes un pur produit de la formation stéphanoise. Que reste-il de cette période dans vos souvenirs ?

Ça se passait très bien à Saint-Etienne, j’y suis resté de 13 à 18 ans. J’étais dans une période où ils ont fait passer peu de joueurs en stagiaire professionnel. Ils me proposent de le signer mais sur le tard et je ne sens pas une réelle confiance de la part des dirigeants donc je décide de partir à Evian Thonon Gaillard qui me propose un contrat stagiaire également. Je me dis qu’il y aura plus de chances d’intégrer le groupe professionnel rapidement. Et dans un premier temps je ne me suis pas trompé puisque après une année en CFA, j’intègre le groupe pro. Après, ça a été compliqué avec les blessures. Ensuite, je signe à Chasselay, où pareil, les blessures m’handicapent. Vient ensuite le Puy qui me fait confiance, et en changeant certaines de mes habitudes et surtout en renforçant mes ischios, mon point faible de l’époque, j’ai enchaîné les saisons pleines qui m’ont permis d’être repéré par Clermont.

Qu’est-ce qui a été l’élément déclencheur pour ne plus enchaîner ses blessures ?

A Chasselay, j’ai commencé à renforcer comme il le fallait mes ischios par du travail excentrique. Je ne sais pas pourquoi je ne le faisais pas avant. Peut-être que j’étais trop jeune, ou que mon corps n’était pas encore adapté. Les kinés et docteurs, que ce soit à Saint-Étienne ou à Evian, ne mettaient pas l’accent sur ce renforcement spécifique. Dans mon ancien club de Chasselay, ils en ont pris conscience, le kiné de l’époque a fait un gros travail avec moi et je n’ai pas raté un match depuis 4 ans à cause d’une blessure.

Il y a cette saison avec le Puy lors de laquelle vous luttez jusqu’au bout avec Grenoble pour la montée en National. C’est cette année là qui vous permet de retrouver le monde pro…

David Douline sous les couleurs du Puy-en-Velay (Crédit photo : DR)

Exactement. C’est cette année là où Clermont est venu me voir à plusieurs reprises pour finalement m’appeler en fin de saison. Il y avait aussi pas mal de clubs de National qui étaient intéressés par mon profil. Cela peut donner espoir à beaucoup de joueurs qui ont connu des blessures ou des parcours atypiques et qui rêvent encore de jouer en pro. C’est toujours plus difficile quand on est défenseur ou milieu de terrain, qu’on est pas un attaquant qui met 20 buts par saison pour se faire repérer, mais c’est possible.

Comment l’avez-vous vécu ce retour chez les pros ?

J’étais très, très revanchard et déterminé à chaque entraînement, chaque match. C’est vrai même que j’y allais un peu fort au début avec coéquipiers dans les duels (sourire). Ça a été une bonne année, j’étais un complément d’effectif et j’ai quand même réussi à faire une vingtaine de matchs en Ligue 2. Ce sont des beaux terrains, le ballon ne saute pas, il y a du public, c’est plus médiatisé avec les matches qui passent à la télé, il y a des joueurs de qualité… Ça donne envie et encore une fois, on y prend goût.

Au vu du contexte, vous devriez en connaître à nouveau la saveur !

Logiquement, je serai en Ligue 2 la saison prochaine. Après, tout est possible. En tout cas, c’est mon souhait, dans la continuité, de faire une saison pleine en Ligue 2 !

Crédit photo : DDM, CM