Interview

Bertrand Reuzeau : « Il faut mieux valoriser le contrat pro »

07/05/2020 à 17:30

Le patron de la formation monégasque nous a accordé un long entretien dans lequel il évoque l’actualité, fait le bilan de la saison sportive et détaille la stratégie du club avec ses jeunes talents.

Bertrand, tout d’abord comment s’est passé ce confinement qui s’apprête à prendre fin ?

Il ne s’est pas trop mal passé. Je suis resté en famille, dans un pavillon doté d’un petit jardin, et j’ai la chance que tout le monde soit en bonne santé autour de moi. C’est notre priorité à tous.

« L’AS Monaco Academy c’est à peu près 60 personnes qui encadrent environ 70 jeunes joueurs »

Comment l’AS Monaco Academy s’est-elle organisée pour faire face à la crise sanitaire, notamment pour assurer le suivi médical et scolaire des joueurs ?

Au tout début nous avons légèrement anticipé les décisions de la FFF. Quand elle a demandé aux clubs de fermer les structures de formation, c’était déjà effectif chez nous. La première chose était de mettre en place les cours à distance, et de maintenir un minimum d’activité chez nos jeunes en prévision d’une éventuelle reprise. Depuis la mi-avril et l’annonce de l’arrêt des championnats, nous les avons laissés tranquilles. La priorité est qu’ils pensent à eux, à leur santé, à leur famille et bien entendu à leurs études. Nous avons en revanche accentué les suivis médical et psychologique. Comme le pôle scolarité, le pôle santé est resté très actif. C’est aussi une période qui est propice pour faire passer des messages, notamment sur la nutrition ou le sommeil.

On ne le perçoit pas forcément de l’extérieur, mais au sein d’un club le centre de formation est une véritable entreprise dans l’entreprise. On imagine que cela n’a pas dû être simple de passer en “mode confinement”…

L’AS Monaco Academy c’est à peu près 60 personnes qui encadrent environ 70 jeunes joueurs, avec une organisation bien huilée. Administratif, sportif, médical, scolaire, intendance, vie quotidienne, chaque service est géré par un responsable et ses collaborateurs. Pour ma part je fais un point très fréquent avec chacun d’entre eux tout en faisant le lien avec la direction générale du club. Sur ce plan, que nous soyons confinés n’a pas changé beaucoup de choses. Ce sont plus les sujets que nous avons eu à traiter qui étaient inhabituels, mais comme tout le monde nous nous sommes adaptés.

Tous les salariés ne sont pas restés actifs, comment avez-vous géré la situation ?

Une partie des effectifs est en chômage partiel, notamment les personnes oeuvrant à l’accueil des jeunes. Tout a été fait en suivant les recommandations des autorités, et en utilisant les dispositifs contractuels pour que joueurs et salariés soient sécurisés sur tous les plans, santé, financier, et bien entendu scolarité. Sur ce dernier point, nos jeunes entrent dans la dernière ligne droite et tout est fait pour que leur année scolaire soit une réussite malgré les circonstances.

D’un point de vue sportif, jugez-vous la saison 2019-2020 réussie malgré son goût d’inachevé ?

Cela a été une bonne saison. Notre équipe de National 2 s’est maintenue et a fait bonne figure en Premier League International Cup, une compétition durant laquelle nos U23 ont affronté des équipes anglaises et européennes. Nos U19 ont réalisé un parcours exceptionnel et terminent la saison invaincus en championnat comme en Coupe Gambardella. Quant aux U17 ils sont montés en puissance crescendo au fil de la saison, ce qui est synonyme d’une adaptation réussie pour ces jeunes dont la plupart sont dans leur toute première année chez nous. Quand vous avez des bons joueurs, vous faites généralement des bons championnats. Nous savons que nous avons de bons joueurs, mais nous ne devons pas nous tromper d’objectif. Le but n’est pas de gagner les championnats de jeunes, mais de conduire un maximum de joueurs vers une carrière professionnelle, si possible au sein de l’AS Monaco si leur niveau est en adéquation avec les objectifs du club.

« La N2 permet à nos meilleurs jeunes de passer un cap supplémentaire, de s’adapter au football des adultes »

Faisons un point plus précis pour chacun de vos trois groupes de travail, en commençant par l’équipe réserve qui s’est maintenue de justesse en National 2. Cela fait plusieurs saisons que cette équipe est à la peine dans ce championnat, comment l’expliquez-vous ?

On constate déjà que c’est une tendance générale. Quatre réserves de clubs professionnels vont descendre en National 3. On peut l’expliquer par le fait que pour les clubs professionnels, cette équipe de N2 est celle qui permet aux jeunes joueurs de découvrir le football des adultes. Et forcément, cela demande un temps d’adaptation. Mais ce que je retiens de notre saison en National 2, c’est que nous montions en puissance après une phase aller difficile. Nous étions d’ailleurs leaders de la phase retour, avec une probante victoire à Annecy, qui évoluera en National 1 la saison prochaine. Je n’ai aucun doute sur le fait que nous étions partis pour nous maintenir encore plus confortablement si la saison était allée à son terme.

Comme vous le soulignez, les réserves professionnelles ont de plus en plus de difficultés à subsister en National 2, et n’en ont bien souvent plus que le nom. On ne voit quasiment plus de joueurs professionnels au sein de ces équipes. En 2019 le PSG a décidé de ne pas reconduire sa “réserve”, depuis 2017 l’AS Monaco envoie certains de ses meilleurs jeunes au Cercle Bruges, son club filial en Belgique… N’est-ce pas le moment d’imaginer un autre système ? Un championnat des équipes réserves notamment ?

Pourquoi pas un championnat des réserves, ce n’est pas une idée nouvelle, cela fait assez longtemps qu’on en parle, mais cela mérite vraiment d’être étudié. Il est vrai qu’aujourd’hui on n’a plus comme par le passé ces “descentes” de joueurs professionnels qui permettaient aux réserves de jouer les premiers rôles. Il y a plusieurs raisons à cela. La peur de la blessure en est une. Le souvenir de l’accident de Radamel Falcao en 2014 fait forcément réfléchir, même s’il s’agissait d’un match de coupe le concernant. Mais il faut aussi parler des conditions de jeu qui ne sont pas favorables. L’essor des terrains synthétiques a conduit beaucoup de staffs professionnels à ne pas envoyer de joueurs en réserve, tout comme les pelouses de moins bonne qualité les faisaient déjà hésiter par le passé. Et ce qu’il faut surtout souligner à mon sens, c’est la capacité actuelle des clubs à maintenir leurs joueurs à un haut niveau de performance, même quand ils ne jouent pas. L’encadrement, la technologie et les méthodes de travail permettent aux staffs de garder les joueurs en forme, et évoluer en équipe réserve n’est plus aussi indispensable qu’auparavant pour rester dans le rythme.

Quelle est votre vision de cette équipe réserve au sein de l’AS Monaco ? Pourriez-vous suivre le PSG dans sa démarche ?

Dans notre projet, cette équipe de N2 est très intéressante. Le football U17 et U19 l’est aussi, c’est un vivier, mais la N2 permet à nos meilleurs jeunes de passer un cap supplémentaire, de s’adapter au football des adultes. Cette saison nous avions par exemple intégrés Chrislain Matsima, Enzo Millot et Eliot Matazo, qui sont encore U18. Ils évoluaient la saison passée en U17 ou U19 et ce passage en N2 leur a été très bénéfique. Au départ ce n’est jamais facile, c’est une très grande évolution pour eux que de se frotter à des grands. Donc si je suis plutôt ouvert à la réflexion sur un championnat des réserves, c’est à la condition que celui-ci ne soit pas encadré par une limite d’âge trop restrictive.

Chrislain Matsima à l'oeuvre avec l'équipe réserve de l'AS Monaco en National 2
Encore U17 en 2018-2019, le jeune défenseur central, Chrislain Matsima était titulaire en N2 cette saison et ne devrait pas tarder à intégrer le groupe professionnel.

Pour les garçons que vous avez cités, la suite passe donc par le groupe professionnel ou un prêt au Cercle Bruges ?

Chaque joueur a son parcours, chaque joueur est différent, donc notre rôle est de leur proposer une offre cohérente qui peut s’adapter à leur niveau et leur attente, tout en mettant le curseur très haut en termes d’exigences. La N2 est une étape. Pour certains comme Benoit Badiashile, le passage direct dans groupe professionnel a été possible. Pour d’autres, cela passe par le Cercle Bruges, avec un niveau intermédiaire très intéressant, mais aussi la découverte très enrichissante d’un autre football et d’une autre culture. On sait que tous ne réussiront pas à l’AS Monaco, mais on souhaite qu’un maximum d’entre eux deviennent de bons joueurs de Ligue 1 ou Ligue 2.

« Angers mérite aussi sa qualification en Youth League, ils ont fait un super championnat, ils ont battu tous leurs concurrents directs, nous leur souhaitons bonne chance »

Pas mal de vos jeunes ont rejoint le Cercle un peu à reculons ces trois dernières saisons, comment leur présentez-vous ce projet ?

Comme une excellente opportunité de progression dans un championnat pro très relevé pour nos jeunes joueurs. J’espère que nous allons y arriver, c’est une réflexion permanente menée avec la direction du club. Ce partenariat était quelque chose de complètement nouveau, il a d’abord fallu le construire et ensuite faire un peu de pédagogie ce qui est tout à fait normal. Aujourd’hui nous avons une approche plus fine, les premières saisons de ce partenariat ont permis de rectifier le tir. Les staffs travaillent en étroite collaboration pour que les profils de nos jeunes correspondent aux besoins du Cercle et que leur passage en Belgique soit une réussite, comme ce fut le cas pour Irvin Cardona et Paul Nardi par le passé ou Giulian Biancone aujourd’hui.

Revenons à notre tour d’horizon avec les U19 qui, comme vous l’avez souligné, ont réalisé un parcours exceptionnel. Vous attendiez-vous à de telles performances de cette équipe ?

On ne sait jamais le parcours que vont faire nos jeunes. Comme je l’ai dit, la priorité reste le parcours individuel du joueur. C’est pour cela que plusieurs U19 ou U18 étaient avec la N2, ce qui montre que notre priorité n’est pas la première place. Après, tant mieux si sur une saison une équipe gagne car le coach, en l’occurrence Frédéric Barilaro, a su faire prendre la mayonnaise, créer une vraie équipe, un état d’esprit. Et c’est vrai que cette équipe faisait partie de celles qui pouvaient remporter des titres cette saison. Forcément, l’issue prématurée est une déception, mais l’essentiel est que cette saison nous a permis de voir quelques potentiels et profils très intéressants pour la suite. Le fait d’en avoir fait monter certains en N2 a permis à d’autres de s’exprimer et cela a été très bénéfique pour eux. Chez les jeunes rien ne remplace la compétition, le fameux “temps de jeu”, pour progresser.

Selon le mode de calcul retenu par la FFF, c’est Angers qui devrait obtenir son billet pour l’UEFA Youth League…

C’est une grande frustration, mais il faut l’accepter. Cela a été décidé comme cela. Angers mérite aussi sa qualification en Youth League, ils ont fait un super championnat, ils ont battu tous leurs concurrents directs, nous leur souhaitons bonne chance. Cela n’est pas encore officiel, mais le jour où ça le sera nous leur dirons bravo et les encouragerons à bien nous représenter la saison prochaine en Youth League.

Evoquons maintenant les U17 de Manu Dos Santos qui après un départ compliqué restaient sur une impressionnante série d’invincibilité avant l’arrêt des compétitions…

Encore plus avec les U17 que les autres groupes, la priorité n’est pas du tout le classement. Ce groupe est composé de “2003” et “2004”, dont la plupart sont dans leur première année à l’académie. L’objectif pour eux est plus centré sur l’adaptation que la compétition. Ce qui est très positif pour cette équipe est qu’elle montait clairement en puissance au fil du championnat, après être partie de très loin. C’est le signe d’une bonne adaptation et donc d’un objectif atteint pour nous. Les jeunes étaient sur une belle phase ascendante et nous étions curieux de les voir évoluer sur la fin de saison. Mais comme pour la U19, la finalité est d’avoir confirmé de très bons profils pour l’avenir.

« Une dizaine de nos joueurs ne seront pas conservés au sein de l’académie. C’est un choix issu d’une vraie analyse collective »

De bons profils que vous avez parfois du mal à conserver. La saison passée, le club a vu de jeunes joueurs prometteurs signer leur premier contrat pro ailleurs qu’à l’AS Monaco (Mejbri, Massengo, Thuram). Former des joueurs pour ne pas être certain au final de ne pas les perdre avant qu’ils aient éclos, n’est-ce pas la plus grande difficulté aujourd’hui pour les clubs ?

C’est toujours difficile, le système est fait comme cela, en considérant qu’un jeune joueur est libre à la sortie de son contrat aspirant, alors que le parcours classique est d’entrer ensuite dans le statut de stagiaire, dernière étape avant le statut professionnel. Forcément, cela nous pose parfois quelques problèmes, mais cela fait partie du jeu et cela nous oblige aussi à être très exigeants avec nous-mêmes quant au parcours que nous proposons aux jeunes.

Entre ces joueurs convoités et ceux qui ne sont pas conservés, le spectre de l’erreur de jugement est toujours important pour un directeur d’académie comme vous…

Personne ne détient la vérité. La réflexion est toujours collective, elle implique des discussions, des arbitrages, et surtout des prises de décisions. Cette saison par exemple, une dizaine de nos joueurs ne seront pas conservés au sein de l’académie. C’est un choix issu d’une vraie analyse collective après une fine observation de tous nos joueurs. Maintenant, si l’un de ces joueurs réussit ailleurs, nous serons les premiers à le féliciter. Notre idée de l’expérience au sein notre académie, qu’elle soit d’une ou plusieurs saisons, qu’elle débouche ou pas sur une carrière, ait qu’elle apporte un vrai plus aux jeunes dont nous avons la responsabilité.

Le printemps permet souvent de se forger un avis sur la progression réelle d’un joueur durant la saison. Cette année cela n’a pas été possible, cela a-t-il rendu votre choix plus difficile ?

Mars, avril, mai c’est généralement une période importante pour les jeunes. Comme vous le soulignez ils récupèrent tous les bénéfices du travail effectué lors des mois précédents. C’est aussi là que certains commencent à montrer le bout de leur nez et à s’épanouir. Ce n’est pas idéal, mais je pense que nous avons réussi à prendre les bonnes décisions. Notre réflexion était déjà bien avancée après les huit mois et demi de travail avec les jeunes.

Bertrand Reuzeau avec Oleg Petrov, Vice-président directeur général de l'AS Monaco.
Bertrand Reuzeau avec Oleg Petrov, Vice-président directeur général de l’AS Monaco.

L’AS Monaco a accentué ces dernières années son recrutement “post formation” avec de jeunes joueurs à fort potentiel (Pellegri, Geubbels, Diop, Zagré…), n’est-ce pas un frein ou une difficulté supplémentaire pour les joueurs issus de l’Academy ?

Concernant le centre de formation, ma vision est en premier lieu de recruter les meilleurs jeunes dans notre Academy, de les former avec une philosophie de jeu qui nous est propre jusqu’à la N2, pour ensuite les diriger vers le groupe pro ou le Cercle. Dans le même temps, nous devons pouvoir intégrer des éléments extérieurs sur des secteurs et des postes où nous sommes moins performants. Cela implique un travail de scouting permanent.

Le club mise aussi de plus en plus sur un recrutement international pour son académie, quel regard portez-vous sur cette stratégie ?

Cela me convient très bien. Qu’il soit français ou étranger, ce qui compte pour un joueur c’est qu’il corresponde à nos critères pour devenir un joueur professionnel à l’AS Monaco, j’entends par là être intégré dans le groupe professionnel.

« La plupart des jeunes ont compris que ce contrat “pro” prématuré n’a pas réellement de valeur et qu’il peut faire beaucoup de mal »

Cette dernière phrase n’est pas anodine. De plus en plus de jeunes signent un contrat professionnel directement après leur contrat aspirant. Et certains n’intègrent en effet jamais le groupe…

C’est pour cela que nous avons remis le contrat stagiaire au goût du jour cette saison à l’AS Monaco. Ce contrat, c’est la bonne passerelle entre le contrat aspirant et le contrat professionnel qui doit correspondre réellement à ce statut. Je pense qu’il faut remettre les choses à leur place et mieux valoriser le contrat pro, même si ce n’est pas facile. Sur l’effectif 2002 en fin de contrat aspirant cette année, nous en avons conservé 90%, dont 80% ont signé un contrat de stagiaire professionnel. La plupart des jeunes ont compris que ce contrat “pro” prématuré n’a pas réellement de valeur et qu’il peut faire beaucoup de mal. Ce qui les intéresse quand on discute avec eux, c’est surtout leur parcours. C’est le bon schéma. Quand vous êtes un sportif lucide, avec de bons conseillers, généralement cela se passe pas trop mal dans les discussions. Grâce à cela vous allez avoir un vrai contrat “pro” au final.

On dit que le foot a changé, mais là vous remettez vraiment en avant une vision ancienne du parcours du jeune football professionnel…

Il faut s’adapter à notre époque, à l’évolution du foot, mais il faut aussi proposer un projet cohérent aux jeunes, les préserver, préserver cette passion qui fera leur réussite et qui leur donnera le goût de l’effort dans toutes les étapes fondatrices de leur parcours. Je vous parlais de Giulian Biancone un peu plus tôt, c’est l’exemple type du gamin qui voulait jouer au foot à l’AS Monaco avec ses copains, aller s’entraîner. C’était son kif et quand le club a eu des doutes sur son réel potentiel, qu’une voie intermédiaire lui a été proposée, il a fait des sacrifices et des efforts pour faire pencher la balance du bon côté. Au final il a intégré le groupe professionnel, a signé son premier contrat pro et a réussi une super saison avec le Cercle. Tout est lié.

Prêté au Cercle Bruges cette saison après avoir fait ses classes à l'AS Monaco, le latéral droit, Giulian Biancone, a réalisé une saison très encourageante en Jupiler Pro League.
Prêté au Cercle Bruges cette saison après avoir fait ses classes à l’AS Monaco, le latéral droit, Giulian Biancone, a réalisé une saison très encourageante en Jupiler Pro League.

Si on regarde la composition des dernières sélections françaises des U16 aux U20, très peu de jeunes issus de l’AS Monaco Academy ont été sélectionnés, notamment en U16 et U17. Comment l’expliquez-vous ?

On n’a pas de section élite chez nous au niveau de la pré-formation, donc de sont des gamins qui arrivent de clubs amateurs et ont un peu en retard sur la compétitivité par rapport à des jeunes qui ont déjà fait deux ou trois années “élite” quand ils arrivent en U16. Au départ ils sont un peu moins dans le champ d’action et de vision de la DTN, mais généralement à partir des U18 on commence à avoir plus de jeunes en sélection. Ce qu’il faut souligner c’est la qualité des échanges que nous pouvons avoir au sujet de la DTN. Cela nous permet aussi d’envoyer des messages pour récompenser des joueurs méritants dont on pense qu’ils valent la peine d’être observés de plus près par la DTN.

L’AS Monaco a-t-elle plus de difficultés qu’auparavant pour recruter les meilleurs éléments issus de la pré-formation française ?

Depuis plusieurs saisons les clubs ont bien compris l’importance de la formation dans un projet sportif, mais aussi économique. Aujourd’hui, tous les clubs travaillent très bien que cela soit dans le recrutement ou l’encadrement, mais nous avons la chance à l’AS Monaco d’avoir une vraie histoire de la formation et une image très positive auprès des familles qui nous confient leur enfant.

« C’est pour moi primordial d’avoir des référents de la culture club au sein de la formation »

Une vraie histoire, et très bientôt un tout nouveau bâtiment qui va révolutionner la vie de l’académie à quelques pas du Stade Louis-II…

Nous avons beaucoup travaillé sur les outils ces dernières années, notamment technologiques. Tous nos joueurs sont suivis par GPS en match ou pendant les entraînements, l’application My Coach nous permet de centraliser et utiliser toutes les données les concernants, mais il nous manquait une infrastructure dédiée où ce développement technologique pourrait continuer à se développer. La livraison prochaine de La Diagonale, le nom donné à ce bâtiment, va nous permettre de développer de nouvelles méthodes, d’avoir un travail encore plus ciblé avec les jeunes, tout en améliorant considérablement les conditions d’accueil à tous les niveaux. Pour nous c’est une vraie révolution effectivement.

Sans oublier le futur centre de performance dont le chantier est aujourd’hui fort avancé…

Exactement. C’est un projet qui bénéficiera aux professionnels, mais aussi aux jeunes et cela va tous nous permettre de passer un cap. Ces deux projets sont un signe fort du club, un vrai investissement pour l’avenir et le développement de l’AS Monaco. De gros efforts ont été faits sur l’humain ces dernières saisons, tous nos staffs sont aujourd’hui dotés d’adjoints, d’entraîneurs des gardiens, de préparateurs physiques, de kinés… Nous avons deux docteurs… Ces deux nouveaux outils vont libérer les forces.

La Diagonale accueillera très prochainement les pensionnaires de l’académie monégasque.

Puisque vous parlez de l’encadrement, c’est quand même quelque chose pour un académie de pouvoir s’appuyer sur des anciens tels Ludovic Giuly, Gaël Givet, Sébastien Squilacci, Flavio Roma ou encore Manu Dos Santos !

C’est quelque chose que je souhaitais, car c’est pour moi primordial d’avoir des référents de la culture club au sein de la formation. C’est vrai que c’est exceptionnel de pouvoir compter sur les éléments de la génération 2004, toujours aussi motivés, mais aussi sur Manu Dos Santos, qui est aujourd’hui formateur de l’AS Monaco après y avoir lui-même été formé, tout comme Gaël Givet. On peut aussi parler de Frédéric Barilaro qui a vu passer tant de générations de jeunes talents depuis près de trente ans. Un staff a aussi besoin de diversité et s’enrichit aussi des apports extérieurs, David Bechkoura est arrivé il y a trois saisons et apporte aussi sa vision des choses. Ludovic Giuly l’a accompagné cette saison avec la N2, Gaël Givet était avec Frédéric Barilaro en U19, Sébastien Squillaci avec Manu Dos Santos en U17, Flavio Roma encadrait les gardiens avec Christophe Almeras et Samuel Delcroix, c’est un vrai plus pour la réussite de nos jeunes.

Le rêve d’une carrière pro a animé nombre de jeunes footballeurs à travers les époques. Ce rêve paraît encore plus fort aujourd’hui et fait parfois tourner les têtes des jeunes et de leurs entourages. Quels conseils leur donneriez-vous ?

Un jeune ne doit pas oublier que la priorité est de jouer, d’avoir la passion. S’il se trompe d’objectif il a de grandes chances d’aller dans le mur. La réussite sociale et économique n’est pas la priorité, elle découlera du travail qu’il doit encore effectuer. S’il perd cela de vue durant sa formation, il peut être en danger. D’où l’importance de l’environnement familial qui ne doit pas mettre une pression surdimensionnée sur les épaules d’un adolescent.

« Des moyens sont déployés, un haut niveau de compétences est employé pour les matérialiser, je pense que nous sommes sur la bonne voie »

Robert Moreno a remplacé Leonardo Jardim à la tête de l’équipe première durant la trêve hivernale. On l’a notamment vu assister à des matchs de l’équipe réserve. Quelles relations entretenez-vous avec le technicien espagnol et son staff ?

Nos bureaux étant voisins à La Turbie, une proximité naturelle s’est installée, mais dès le départ il a souhaité rencontrer tout le staff de l’académie, voir des matchs de nos jeunes, lui ou son staff… Après il a aussi eu beaucoup de travail avec l’enchaînement des matchs jusqu’à l’arrêt du championnat, mais une vraie relation constructive s’est créée.

Oleg Petrov a récemment déclaré vouloir donner leur chance aux jeunes joueurs de l’académie la saison prochaine. C’est plutôt le genre de phrases qu’un directeur de centre de formation aime entendre non ?

Pour être un club leader en formation, il faut avoir une vraie politique sportive et je sais que cela a toujours été l’une de ses priorités. Toute notre stratégie est issue d’une réflexion à laquelle il participe activement. Des moyens sont déployés, un haut niveau de compétences est employé pour les matérialiser, je pense que nous sommes sur la bonne voie. L’AS Monaco a toujours été leader dans la formation et va le rester.

Doté d’un terrain supplémentaire et d’un bâtiment high-tech, le centre d’entraînement de La Turbie est en cours de construction.

Crédit photo : AS Monaco/Marc-Olivier Taccard