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Guillaume Rippert : « J’aurais pu me retrouver au chômage »

12/12/2019 à 17:03

Avec près de 200 matchs disputés en professionnel, Guillaume Rippert a commencé sa carrière au FC Nantes, avant de passer par Evian, Metz ou encore Valenciennes avec qui il a connu la Ligue 1 mais aussi la Ligue 2. Des hauts et des bas à l'étranger et des ambitions professionnelles l'ont amené à prendre la direction du SO Cholet et du football amateur pour rejoindre à 34 ans la D1 au Loroux Landreau. Entretien avec un ex-joueur pro qui donne sa vision du football dans un club qu'il veut aider à grandir et qui lui permet en retour de s'accomplir !

Guillaume, comment devient t’on footballeur professionnel ?

C’est vraiment souvent un rêve pour les jeunes footballeurs. J’ai été bercé dans là-dedans depuis tout petit ! Quitter sa famille à 13 ans pour partir à Clairefontaine, c’est pas simple, même quand on a un objectif en tête. On a dû faire des concessions pour y arriver. J’ai connu l’équipe de France par la suite des U16 aux Espoirs, et avec mon entourage, on s’est dit que j’ai des chances d’y arriver ! J’ai signé très tôt au FC Nantes dans la foulée et je n’ai pas rencontré d’obstacles pour y arriver, tout s’est fait sans rencontrer de réels obstacles ! A cette époque là, Arsenal et Valence étaient intéressés et Nantes savait que je pouvais signer à l’étranger à 17-18 ans. Le plus dur arrive quand on signe professionnel, car il faut pouvoir enchaîner ! J’ai eu la chance de faire 14-15 ans à un bon niveau, une carrière de footballeur c’est très court, il y a beaucoup de concurrence… Certains arrivent à ce stade et prennent ensuite le chemin du niveau amateur, d’autres arrivent d’un plus bas niveau et font une carrière. Dans le foot, quand on est pas bons, ça peut vite se retourner donc il faut essayer de mettre les ingrédients de son côté la plupart du temps !

Justement, êtes-vous fier de la vôtre ?

Je connais très bien le football aujourd’hui, j’ai pu également avoir des expériences à l’étranger ! Concernant ma carrière, j’aurais pu faire mieux oui, j’espérais faire mieux même, mais il y a des choix que j’aurais pu éviter, des blessures qui freinent, un caractère qui m’a également joué des tours ! Mais à 21 ans, j’avais 60-70 matchs en Ligue 1. Quand on voit que certains joueurs aujourd’hui, 15/20 matchs disputés en Ligue 1 à leur actif, transférés pour cinq millions d’euros… Les prix flambent, les droits télés explosent, c’est le foot ! Avec du recul, j’aurais pu aller plus loin si j’avais été plus bosseur et si j’avais mis tous les ingrédients de mon côté pour atteindre le haut niveau. J’ai vécu des saisons où on a raté la montée de peu, ce qui aurait aussi pu être un tremplin. J’ai eu des contacts avec Anderlecht quand j’étais à Valenciennes, j’ai connu une mauvaise expérience en Grèce où j’aurais pu me retrouver au chômage… Un an et demi après, je retournais en Ligue 1 avec Evian ! J’ai disputé pratiquement 200 matchs en professionnel !

De quelle manière a évolué le métier de footballeur selon vous ?

Pour être passé de l’autre côté, je démarche aujourd’hui des joueurs, des clubs, ce que je ne faisais pas avant ! Le foot a bien évolué depuis 10-15 ans ! Un joueur qui démarre tôt aujourd’hui a la chance de jouer dans un gros club, des opportunités de se faire voir. Quand on prend l’exemple de Dembélé à Barcelone par exemple, Camavinga d’ici quelques années… On ne voyait jamais ça quand j’ai commencé ! Les clubs étaient sûrement plus frileux à l’idée de lancer des jeunes, à faire de gros investissements. Le niveau entre un joueur professionnel et un semi-pro ou amateur aujourd’hui n’est pas énorme. Plusieurs joueurs du club de Loroux ont récemment rejoint des centres de formation, à Niort, Nantes… Les sommes dépensées peuvent effrayer mais elles sont liées à l’ambition de recruter jeune, à un buisness qui explose. Les droits TV ont dépassé le milliard et je pense qu’en 2020, on peut encore basculer dans une autre dimension !

Un choix d’arriver en D1 motivé par des ambitions professionnelles/personnelles. Avez-vous eu d’autres sollicitations ?

J’ai pris le temps de la réflexion, l’aspect familial rentre également en compte. Mon fils le plus âgé a douze ans et il avait également besoin de stabilité. On est très bien installé dans cette ville de Loroux. J’aurais pu relever un nouveau challenge dans un club de National/CFA 2 près de Nantes mais je n’avais plus cette motivation de m’entraîner tous les jours. Mon associé, coéquipier dans l’équipe mais également un proche, Michaël Brochard, qui travaille dans la rénovation et avec qui j’ai lancé une société d’agent de joueurs, m’a proposé de rejoindre son équipe de cœur en D1. C’est quelqu’un de jeune, une sorte d’autodidacte qui s’est donné les moyens de réussir alors qu’il ne partait de rien, un peu comme mon président à Cholet ! Il se retrouve aujourd’hui à la tête d’un empire et nous avons des grosses ambitions pour la boîte, ce qui fait que je n’aurais pas pu m’occuper des 15-20 joueurs et jeunes avec une vie footballistique aussi intense.

Un goût de la compétition intact

Rejoindre ce club a été une suite logique, malgré que ce soit un niveau très bas dans le football ! Nous avons l’objectif d’aller plus haut, avec des structures pour, un super complexe et un effectif de qualité. Mes enfants jouent ici, ceux de Michaël aussi et on veut aider le club à grandir. Pas plus tard que mardi, je suis venu à l’entraînement dans le froid, mais j’ai pris plaisir à y aller, parce que au fond, c’est ça que je recherche encore ! Je n’avais jamais pris autant de coups sur un terrain depuis mes débuts, mais c’est du plaisir ! Autant en Ligue 1 que en D1, j’ai cette haine de la défaite que m’ont inculqué des entraîneurs comme Antoine Kambouaré. Je veux qu’on ait le même état d’esprit autour de moi et on a un vrai collectif, capable d’aller chercher plus haut !