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Japhet N’Doram : « A Nantes, ils sont en train de se tirer dans les pattes »

31/01/2021 à 7:23

A 55 ans ans, Japhet N'Doram, à la retraite depuis plus de dix ans, n'oublie rien de ses passages au FC Nantes et à l'AS Monaco, les deux clubs qu'il aura connu à son arrivée en 1990 en provenance du Cameroun. Le "sorcier de la Beaujoire", comme il fut surnommé, est aujourd'hui à la direction des Sports de Loire-Atlantique, lui permettant de prendre du recul sur la sphère footballistique actuelle. Entretien

Japhet, vous avez quitté Haute Goulaine, un club qui évolue au plus haut niveau départemental du District de Loire-Atlantique, après avoir dirigé notamment une équipe de jeunes. Que retenez-vous de cette expérience ?

Je suis rentré au club avec les U15 où j’ai passé une année avec eux. Par la suite, et à la demande de la direction, j’ai repris l’équipe seniors avec qui je suis resté quatre ans. Je retiens beaucoup de choses, moi-même issu du monde semi-amateur au Cameroun. Je n’étais pas surpris mais quand j’ai repris avec les U15 à Haute Goulaine, il fallait être patient parce qu’il n’y avait pas beaucoup de potentiel. Patient et tolérant par rapport à ce que j’ai connu au haut niveau. Tout en étant exigeant, c’est un domaine dans lequel j’ai pu progresser.

Malgré votre courte expérience du milieu amateur en France, comment le jugez-vous ?

Le football amateur je ne l’ai pas forcément connu en France, mais d’après les retours des anciens qui y sont passés, avant il y avait plus de passionnés. C’est ce qui les attirait sur le terrain, cette envie et cette passion. Comme j’ai pu le connaître en Afrique aussi ! Aujourd’hui, c’est moins le cas, les jeunes changent constamment de clubs : soit c’est parce que le club n’a pas de synthétique, soit parce qu’il faut changer les éducateurs, les conditions météorologiques… Pour résumer, je pense que les jeunes sont plus dans un mode de consommation que de passion. et c’est bien dommage !

Japhet N’doram et l’ES Haute Goulaine A en District 1 Loire-Atlantique

Un entraîneur doit donc agir différemment avec cette nouvelle génération ?

Je pense qu’il y a une transmission à avoir. Tout simplement. Malgré tout, il y a quand même des passionnés et il faut leur transmettre ces exigences des sports de haut niveau. Ils ne se rendent pas toujours compte que pour arriver à ce stade, il y a certains sacrifices, une certaine exigence à franchir. Pouvoir leur transmettre cette expérience, c’est indispensable. Ce serait une bonne chose que les sportifs qui ont connu le haut niveau puissent basculer dans le monde amateur pour inspirer nos jeunes de leur vécu et leur permettre peut-être de devenir les futurs éducateurs de leurs clubs.

Quelle différence faîtes-vous avec le football que vous avez connu en Afrique ?

En Afrique, il n’y a que des profils techniques contrairement à ce que j’ai pu entendre. Quand j’entends Willy Sagnol dire : « le profil de joueur africain est typiquement athlétique », ça effectivement c’est inné. Moi j’y ai vécu jusqu’à mes 24 ans, on faisait des concours de dribbles, de jongles… Ceux qui ne connaissent pas ne peuvent pas l’appréhender. Quand j’y retourne, les gamins jouent sur de la terre battue, bosselée de toutes parts ! Par contre, là où je lui donne raison, c’est en termes de structure et d’organisation.

Le football amateur fait-il encore partie de votre vie aujourd’hui ?

Je suis toujours le football amateur, même s’il n’y a plus de compétitions en ce moment, ce qui est normal. Aujourd’hui, je suis à la direction des sports du département depuis que mon départ du FC Nantes en 2007. Je suis en charge de l’encadrement des jeunes et je viens en soutien de nos 44 éducateurs départementaux. J’ai la charge de l’animation avec les jeunes migrants qui sont sous la responsabilité du département. Mon quotidien est lié aux événements sportifs !

Je suis quand même resté six mois au centre de formation, à m’entraîner sans avoir de perspectives ni de visibilité concernant mon avenirJaphet N'Doram

Revenons à votre arrivée en France en 1990. Vous débarquez en provenance de Yaoundé pour signer à Nantes…

J’avais 24 ans quand j’arrive en Loire-Atlantique. J’ai été repéré lors d’un stage international U16 à Saint-Brévin par Marcel Mao, qui était, à l’époque, le conseiller technique régional. J’ai été retenu au terme d’un stage de deux mois, au lieu d’un, sans pour autant signer de contrat avec le club. Les clubs ne pouvaient pas compter plus de deux joueurs au statut d’étranger et le FC Nantes venait de recruter Jorge Burruchaga. Il fallait que j’attende qu’une place se libère. Je suis quand même resté six mois au centre de formation, à m’entraîner sans avoir de perspectives ni de visibilité concernant mon avenir avec des gamins de 17-18 ans.

Des centres de formation qui ont bien changé depuis…

Aujourd’hui, on s’attarde moins à recruter des gamins très jeunes parce que le parcours est très long. Un gamin se développe à l’âge de 13-15 ans mais on a aucune vision de ses capacités. 80% des centres de formations les attirent à cet âge pour leurs valeurs athlétiques. Ils sont plus forts et dominent tout le monde. Il n’y a qu’eux qu’on voit au dépourvu de ceux qui ont des qualités footballistiques et une intelligence de jeu au-dessus de la moyenne. J’estime que le football est un jeu, recrutons d’abord des joueurs, qui sont capables d’imaginer, de faire jouer les autres. Ils ne sont pas naturellement athlétiques, il faut les faire travailler sinon ils finissent par renoncer.

Vous n’avez donc jamais douté de vos capacités ?

Ma seule difficulté, c’était le physique. Techniquement, et sans prétention, j’étais au-dessus du lot. Je suis sorti du quartier, à jouer sur le sable, dans des cailloux. J’ai tapé dans le ballon sans chaussures jusqu’à mes 15 ans, quelque soit sa texture. On jonglait avec une balle de tennis, j’ai des copains qui en faisaient mille. A mon arrivée à Nantes à 24 ans, je n’avais jamais rêvé de devenir professionnel. J’étais prêt à repartir chez moi si je ne signais pas et je n’avais peur de rien. J’avais juste l’impression que j’avais de la qualité et des choses à prouver. Joel Henry et Jorge Burruchaga, les jeunes, Marcel Desailly, tout le monde m’a pris en affection dans ce que j’étais capable d’inventer et de montrer aux entraînements.

J’étais prêt à repartir chez moi si je ne signais pas et je n’avais peur de rienJaphet N'Doram

Et par la suite ?

Malheureusement, Jorge Burruchaga se blesse au genou et libère une place d’étranger dans l’effectif. J’ai donc pu signer une licence professionnelle puis j’ai commencé avec le groupe en septembre 1990… mais mon intégration n’a pas été de tout repos ! Les premiers mois ont été très, très difficiles. J’arrivais du Cameroun et j’ai été confronté à un niveau supérieur, ne l’ayant jamais vraiment appréhendé. Il m’a fallu six mois pour prendre mes marques, mais je suis finalement resté sept ans au FC Nantes. J’ai connu des périodes compliquées mais aussi de très bons moments et j’ai inscrit de nombreux buts…

Dont celui face au PSG…

Je faisais partie des cadres depuis deux ans avec cette jeune génération. Je pense que c’est le plus joli dans l’invention, dans la réflexion. Il y a des buts beaucoup plus spectaculaires mais le sport collectif de haut niveau, c’est de savoir qui prend le dessus dans l’invention. Je peux me permettre, sans prétention, de dire que j’ai eu une invention légèrement supérieure à celle de Bernard Lama en le voyant s’avancer. Lui s’attendait à ce que je frappe, prêt sur ses appuis à aller au sol et je la mets au-dessus. C’est anticiper dans mon geste de lui faire croire que je vais faire ça pendant que je fais autre chose. C’est comme ça qu’on bat les gardiens. Aujourd’hui, je suis sidéré. Les attaquants frappent pour frapper. C’est à lui de le tromper !

Après 229 matches et 87 buts inscrits en sept ans, vous faites partie des légendes du FC Nantes. Pourquoi votre retour en tant que coach ne s’est pas déroulé comme prévu en 2007 ?

Le groupe Dassault a acheté le Socpresse, et le FC Nantes en faisait partie. Ils ont délégué Rudi Roussillon pour le gérer. Quand ça allait mal, les supporters sont venus jusqu’à l’Assemblée pour agresser le père Dassault. Comme il était maire d’une ville, il a décidé de vendre une part de Socpresse, dont le FC Nantes faisait partie, à Luc Dayan et Xavier Gravelaine à l’issue de la saison, en juin. Ils ont gardé Michel Der Zakarian et m’ont licencié. Début août, ils ont vendu à Kita, mais j’étais déjà parti.

Vous n’avez jamais voulu revenir ?

Bien sûr que j’ai voulu revenir ! J’ai fait des pieds et des mains auprès de Michel Der Zakarian, de Kita également qui ne me connaissait pas du tout. Il savait juste que je partais ! Sauf que je n’ai jamais eu l’opportunité parce que personne ne m’a tendu la main, y compris les gars du centre de formation. Michel était le seul à pouvoir solliciter Kita. Mais je n’ai jamais eu de rancœur dans ma vie, la seule chose que je peux déplorer, c’est le manque de reconnaissance des uns et des autres. Quand il est revenu la deuxième fois, je l’ai sollicité une nouvelle fois mais je n’ai jamais eu de retours. Pourquoi ? Je n’en sais rien…

Pourtant, c’est vous qui le faites venir…

On avait fait venir Michel au temps du groupe Dassault. J’ai pris contact avec lui quand il était à Montpellier pour venir s’occuper de joueurs dont il n’avait pas besoin. Il était là pour un ou deux mois. A la fin, quand Roussillon m’a demandé ce qu’il fallait faire, je lui ai confirmé qu’il fallait le garder, ce que j’ai également dit à Jean-Luc Gripond. C’est comme ça qu’on l’a intégré dans l’équipe professionnelle du FC Nantes et il est resté. Parce qu’il est compétent. Depuis, il a fait des allers-retours mais il fait carrière, je le félicite pour ça.

Forcément, aujourd’hui, quand on est sportif de haut niveau, le plus important, c’est son corpsJaphet N'Doram

Retour sur votre carrière de joueur. Vous arrivez en Principauté en juin 1998, votre deuxième club en France,  et tout ne se passe pas comme prévu…

Malheureusement, j’ai été vite interrompu par une blessure à mon arrivée à Monaco. Quand j’ai débarqué sur la Côte d’Azur, j’étais en pleine possession de mes moyens. Je suis arrivé en juin et en décembre, j’étais blessé. J’ai subi deux opérations au genou pour pouvoir revenir au sommet. C’était évidemment avec beaucoup de regrets et d’amertume que j’ai dû mettre fin à ma carrière. Dans la mesure où j’avais l’impression que je n’avais pas tout montré et que j’avais encore des choses à prouver à ce niveau-là. Ça s’est un peu arrêté en queue de poisson (rires).

C’est forcément la blessure la plus marquante de votre carrière ?

Que ce soit à Nantes ou en Afrique, je n’ai jamais vraiment eu de grosses blessures, c’étaient souvent des petites absences d’une ou deux semaines. A mon arrivée en Loire-Atlantique, je venais d’un monde plutôt amateur et j’avais peut-être un certain décalage avec la préparation athlétique étant donné aussi mon jeune âge. Jusqu’à Monaco, je n’avais jamais eu une blessure qui m’avait autant arrêté.

Quels conseils pourriez-vous donner aux jeunes qui se retrouvent confrontés à ça ?

Forcément, aujourd’hui, quand on est sportif de haut niveau, le plus important, c’est son corps. Il faut savoir en prendre soin, le ménager. Beaucoup de jeunes ne se rendent pas compte que c’est un atout essentiel. C’est ça qui leur permettra de faire une grande carrière. Il y a, ou il y a eu, beaucoup de négligences à ce niveau. Tout ne doit pas être interdit mais certains ne sont pas conscients du potentiel athlétique qui est le leur, qu’il faut le protéger, même si ça demande beaucoup de sacrifices. Qu’on le veuille ou pas et quel que soit le talent, le sport de haut niveau, ça demande beaucoup d’exigence. C’est un outil de travail !

A Monaco comme ailleurs, le Sorcier de la Beaujoire suit son poulain

Malgré tout, votre expérience dans le Sud ne s’arrête pas là…

Derrière ma blessure, j’ai eu l’opportunité et la chance de rester dans le staff technique pendant sept autres années. L’AS Monaco a toujours été un des meilleurs clubs formateurs en France, et à l’époque où j’y étais, on avait beaucoup axé sur la formation. On connaissait le nombre de joueurs qu’on pouvait sortir tous les ans pour l’équipe première jusqu’à l’arrivée de Didier (Deschamps) qui nous a permis de mettre ça en avant. On était un club où il y avait une équipe de recruteurs et de formateurs des plus pléthoriques en France à l’époque. Ça l’est encore aujourd’hui parce que c’est une politique qui fonctionne. Maintenant, ils sortent beaucoup de joueurs mais le plus important, c’est d’en sortir de qualité, de faire grandir ton équipe phare.

Quels jeunes avez-vous vu évoluer sur le Rocher ?

Il y en a plusieurs qui sont sortis mais qui n’ont pas forcément eu une carrière exceptionnelle en pro’. On a sorti Valère Germain, Nicolas NKoulou… Une bonne partie est devenue professionnelle mais entre arriver à ce stade et être un grand joueur, ce sont deux choses différentes.

Vous gardez forcément un bon souvenir de cette époque…

J’en garde un très bon dans la mesure où je suis resté quand même huit ans sur la Côte d’Azur. J’en suis très reconnaissant. Derrière ça, Kévin (son fils, ndlr) est passé par le centre de formation, en commençant par l’Ecole de football jusqu’à y devenir professionnel. Mon passage a été exceptionnel tout d’abord pour les liens que je tisse avec eux mais également pour la reconnaissance accordé à Kevin, qui est devenu pro au sein de son club formateur.

Le voir évoluer à la Beaujoire en L1 avec le maillot de Metz, c’est forcément un sentiment particulier ?

Que ce soit le maillot de Monaco ou de Metz, c’est forcément une grande fierté de voir son fils prendre le relai. Il aurait aussi pu être Nantais ce jour-là parce qu’il est né ici, à Saint-Sébastien, mais il a plutôt grandi du côté de Monaco (rires). Depuis son jeune âge, j’ai toujours voulu avoir des éléments de comparaison avec lui et j’essaye au mieux de le conseiller. Aujourd’hui, il a mis son pied dans le sport de haut niveau et il faut qu’il cherche son chemin pour faire carrière le mieux possible.

Kévin N’doram et Abdoulaye Touré lors de la rencontre à la Beaujoire, l’antre des exploits de son père !

Depuis votre passage, que ce soit Monaco ou Nantes, les deux clubs ont évolué. Quel est votre regard là-dessus ?

Aujourd’hui, les deux clubs ont deux investisseurs stables, qui sont au club depuis pas mal de temps. C’est déjà une bonne chose d’avoir une stabilité sur ce plan là, à moyen ou long terme. Forcément, on ne peut pas s’empêcher de tenir compte des résultats sportifs. C’est ce qui donne de la sérénité. L’AS Monaco a peut-être plus de moyens de s’acheter des joueurs de qualité. Ils ont néanmoins beaucoup changé d’entraîneur depuis le titre, ils ont du mal à retrouver leur niveau même si cette année c’est beaucoup mieux. Il y a une certaine stabilité qui va avec les résultats.

Ce qui n’est pas forcément le cas des Canaris ?

Ils n’ont peut-être pas les moyens d’investir sur les meilleurs joueurs sur le marché. Quand ça a été le cas, on a assisté à certains échecs, ce qui a contribué à fragiliser le club. L’instabilité, des entraîneurs, des joueurs, rend très compliqué le projet à mettre en place à moyen ou long terme. C’est indispensable d’avoir une assise avec un même groupe le plus longtemps possible. C’est de cette manière que le club pourra aligner des résultats et être à la place qu’il doit être, c’est-à-dire jouer les premiers rôles.

Comprenez-vous la gronde des supporters ?

Oui, je peux comprendre à partir des moments où les résultats ne sont pas à la hauteur. Néanmoins, il faut être conscient aussi qu’ils ont un investisseur qui est là, qui essaye de faire progresser le club même si ses méthodes ne conviennent pas à tout le monde. Ceux qui injectent l’argent ont besoin du soutien des supporters, mais pour ça, il faut pouvoir créer une atmosphère où tout le monde soit en harmonie. C’est comme ça qu’on avance sportivement. Les supporters aujourd’hui sont mécontents des résultats actuels, en connaissant le public nantais qui est très exigeant, c’est tout à fait normal que ça gronde, ça gueule… Quand je suis arrivé à mon époque, on a été chahuté aussi. Max Bouyer était le président (de 1986 à 1992 NDLR), on était dans une ville où il y a une exigence quant aux résultats et à la qualité de jeu. Il faut que les dirigeants et supporters soient en osmose pour qu’il y ait une stabilité et des résultats.

C’est facile de viser X ou Y mais si ceux qui parlent ont les moyens d’investir, qu’ils y aillentJaphet N'Doram

Les anciens ont un avis bien tranché concernant la question, quel avenir voyez-vous pour le club ?

C’est facile de viser X ou Y mais si ceux qui parlent ont les moyens d’investir, qu’ils y aillent. Moi je pense que ce qui est indispensable, c’est que le club retrouve les vertus qui étaient les siennes, de pouvoir figurer parmi les meilleurs clubs en France, ce qui n’est pas le cas depuis longtemps. Ce sont des petites querelles internes qui déstabilisent un travail profond afin d’avoir une certaine sérénité et des résultats. Tant que ça ne sera pas résolu, on sera toujours en train de chercher des solutions. L’investisseur est là depuis des années, il devrait y avoir une osmose entre toutes les parties, et les supporters doivent être un soutien inconditionnel pour le club.

Cette instabilité s’explique aussi par le conflit entre les pros et la formation ?

Ce que je sais, c’est qu’ils sont dans les querelles et ce n’est pas forcément une bonne chose. Ils représentent une entité, ils sont dans le même club et les entraîneurs comme la formation doivent être en harmonie, doivent avoir un fonctionnement cohérent pour que tous puissent tirer le club vers le haut. A Nantes, ils sont en train de se tirer dans les pattes, à peine l’entraîneur arrive qu’il est déjà jugé. Ça manque d’ouverture à ce niveau là. Les responsabilités sont rejetées et ce n’est pas une bonne chose pour la pérennité et la sérénité d’un club ! Les gens qui sont à la tête de la formation, tout ce qu’on leur demande, c’est des résultats. Je parle de Samuel Fenillat par exemple. Ca fait longtemps d’ailleurs. Il est brillant mais tout ce que l’on souhaite, c’est qu’il nous sorte des joueurs comme ses prédécesseurs qui ont fait grandir ces joueurs. Aujourd’hui à Nantes, ils ont une équipe à la formation qui excelle en France mais elle doit contribuer à faire perdurer l’identité du club. Mais dès qu’un entraîneur arrive de l’extérieur, eux ils connaissent tout donc ils ne vont faire aucun effort pour aller dans son sens, alors qu’il doit être un apport.

Les compétences et exigences à la formation sont-elles compatibles avec celles d’entraîneur professionnel ?

Oui je pense qu’ils peuvent prendre le relai, qu’ils montent au créneau. Pourquoi ils ne le font pas ? Fenillat, à un moment ou un autre, il peut aller voir Kita pour prendre l’équipe première ? Ce n’est pas se cacher derrière quelqu’un, il a le devoir de prendre les choses en main s’il pense pouvoir faire la morale à tout le monde, ce qu’ont fait les Coco Suaudeau, Raynald Denoueix ou Amisse. A Rennes, le fils Stéphan l’a fait et il assume. C’est un homme de terrain ! Aujourd’hui, on est bien placé au niveau de la formation, Samuel Fenillat est l’un des meilleurs éducateurs en France ! C’est bien beau d’aller voir les joueurs mais quand il faut prendre les décisions, c’est comme ça que tu te projettes en pro !

Avez-vous récemment songé à un poste à la formation, à Nantes ou à Monaco ?

(Rires)… Pas pour l’instant, s’il y a des opportunités, à voir. Mais pour l’instant, je ne me pose pas cette question. Je reste évidemment en contact avec les personnes que j’ai pu côtoyer dans ma carrière, des anciens joueurs, entraîneurs mais ce que je souhaiterais, c’est que le FCN redevienne un club qui joue les premiers rôles pour le public. Pour l’inquiétude des investisseurs tous les ans. il faut retrouver une certaine stabilité, sans jouer les premiers rôles tout d’abord mais jouer la première partie de tableau avant de viser plus haut. Le FC Nantes est un club assez structuré pour jouer l’Europa League.

Pour finir, le « jeu à la nantaise », c’est propre à une époque ?

On parle du jeu à la nantaise, mais c’est quoi exactement ? (rires) Pour moi, c’est un jeu collectif, c’est tout ! C’est pouvoir s’exprimer tous ensemble, ce qui a été le cas pendant des décennies au FC Nantes, et c’est ça la définition du sport d’équipe. Ce sont des gens dans un club qui sont capables de se comprendre avec une ligne directive imposée par un entraîneur et des joueurs qui adhèrent à cette philosophie. Le jeu à la nantaise, aujourd’hui, il doit perdurer au sein de tous les clubs. Il est difficile de le mettre en place parce qu’il faut une stabilité pour les joueurs, au bout de six mois, un an, ils repartent. Pour sa mise en place, il faut du temps mais les joueurs et entraîneurs sont aujourd’hui trop instables.

Crédit photo : FC Nantes

Propos recueillis par Joel Penet