Interview

L’Étoile Mouzillonnaise sur la plus haute marche du podium !

13/07/2020 à 18:33

Le FondAction du football a dévoilé, en fin de semaine dernière, les clubs lauréats des Trophées Philippe Seguin. Ils récompensent chaque année les meilleures initiatives citoyennes mises en place par les clubs. Le palmarès 2020 a récompensé l'OM, club professionnel ainsi que quatre clubs amateurs et... l’Etoile Mouzillonnaise est l'heureuse lauréate de la catégorie Éducation et citoyenneté. Retour sur cette aventure commencée il y a dix ans, avec Paulo Pires Seixas, chef de projet de l'Académie Sport/Devoirs.

Tout d’abord, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Paulo Pires Seixas, j’habite à Gorges. Je ne suis pas du tout issu du milieu du football mais le hasard m’a amené sur les terrains il y a plus de dix ans. J’ai deux filles dont une qui est très sportive. Après avoir essayé plusieurs sports, elle a voulu tenter l’aventure du foot. Cela lui a tout de suite plu ! En tant que papa, j’ai vite suivi. Elle a commencé par jouer à Saint-Hilaire de Clisson puis à Gorges, en mixte. L’engouement autour du foot féminin, il y a dix ans, n’était pas celui qu’on lui connaît maintenant et à l’heure de choisir un club avec une section féminine, deux choix de proximité se sont offerts à nous : Saint-Georges de Montaigu et  Mouzillon. Ma fille a été conquise par l’esprit de famille de ce dernier. Pour ma part, j’ai pu échanger longuement, dès le début, avec Christophe Barreau, qui s’occupait de la section. Ça a matché directement. Nous étions sur la même longueur d’ondes, nous avions exactement la même vision des choses.

Christophe Barreau et Paulo Pires Seixas

C’est le début de l’aventure, pour votre fille mais aussi, et surtout, pour vous ?

Oui, je rentre directement dans le club en tant que dirigeant et j’ai, depuis, toujours travaillé avec Christophe Barreau. J’avais eu l’occasion de diriger l’équipe mixte de ma fille à Gorges. Les choses se sont  donc faites naturellement. Je prends la catégorie U12/U13 et je suis cette génération pendant quatre saisons. Puis ma fille rejoint Croix-Blanche à Angers en U19 Nations. Mais je suis en place, bien dans ce club et de mon côté je reste à Mouzillon. Avec Christophe Barreau, nous échangeons toujours autant. Nous cherchons à développer l’image du foot féminin. Nous nous rendons compte des besoins spécifiques, voulons créer un engouement. Ce sont les prémices d’un projet…

Quel est-il alors ce projet ?

Nous montons de toute pièce FEMA3 (Féminin Etoile de Mouzillon Avenir). C’est un projet sur 3 ans, comme son nom l’indique. Nous mettons en place une vingtaine d’action afin de pérenniser la section. Financièrement, aussi. Car nous sommes un club rural, au milieu du vignoble. Nous n’avons pas de grosse locomotive pour le budget. Nous avons néanmoins la chance d’être accompagnés par des artisans, commerçants, nous avons des partenariats et un soutien de leur part. Par ailleurs, à ce moment-là, nous rencontrons beaucoup d’élus locaux, de structures sportives. On creuse le projet ! Et une action sort du lot en 2016 : l’Académie Sport/Devoirs, proposée d’abord aux collégiennes.

Pouvez-vous développer ; en quoi consiste ce projet Académie Sport/Devoirs   ?

Nous affectons un minibus qui récupère les élèves à la sortie des cours, au collège. Ils viennent au club, prennent le goûter, bénéficient d’une heure d’aide aux devoirs. Les aidants présents les guident dans la méthodologie, l’organisation à adopter. A la suite de cette studieuse heure, ils ont 1h30 d’entraînement. Nous avons débuté ce programme par les filles puis l’avons ouvert aux garçons. Les séances sont à raison de deux fois par semaine, tout le long de l’année scolaire. Un jour, nous sommes contactés par la Fédération. Ils ont repéré notre projet, notre action et nous expliquent qu’ils ont eux-mêmes lancés “puissance foot” dans le cadre du FondAction. Qu’ils ont fait naître le même projet à l’échelle nationale. Bien que nous sommes autonomes depuis déjà plus d’un an, la Fédération nous propose de devenir club-pilote. Nous entrons dans une nouvelle ère et de fil en aiguille d’autres projets voient le jour avec le FondAction. Nous sommes environ 140 clubs au niveau national à travailler de cette façon avec la Fédération. Nous mettons en place un gros travail de structuration, des niveaux. Et c’est le début d’une grande aventure…

Vous vous lancez dans un nouveau projet ?

En 2018, l’Académie, ça roule. On souhaite aller plus loin, car on a d’autres besoins et notamment un : nous n’avons pas assez d’arbitres. Christophe Barreau soumet une idée et le projet Passage voit le jour. On part du postulat que lorsqu’on va chercher des seniors pour devenir arbitre, c’est trop tard pour eux, ils sont joueurs avant tout. Ou bien c’est un choix par défaut, suite à des blessures par exemple. Nous sommes également dans une période de remous au niveau des arbitres, le monde du football fait face à des comportements inacceptables envers eux. On se dit qu’il faut démarrer avec les jeunes ! Il faut transmettre dès que le plus jeune âge les différentes valeurs, l’arbitrage c’est un pôle aussi important que le pôle joueur. On veut inculquer le respect. L’arbitre n’a peut-être pas le même maillot, mais il joue au même jeu. C’est le même sport, la même passion. Alors on continue d’avancer sur notre projet Passage !

De quelle façon le mettez-vous en place ? Sur le terrain directement ? 

Le support livre dédié à l’arbitrage fait plus de 300 pages… On réfléchit à une autre accroche. Et on développe un outil-jeu : Arrêt sur Image !. Je suis développeur-concepteur à La Poste. C’est une évidence pour moi de pouvoir mettre mes compétences au service d’un développement tel que celui-ci. On veut faire comprendre les lois du jeu sous forme de modules, de quizz. On propose de l’arbitrage en mode ludique ! Les collégien.ne.s sont notre premier public et nous avons l’occasion de faire tester notre logiciel lors de tournois. C’est un succès ! La première phase est OK, on se pose alors la question de comment continuer à structurer ? On poursuit donc la sensibilisation à l’arbitrage avec une deuxième phase, destinée aux lycéen.ne.s. On propose alors de l’analyse vidéo. On crée des interactions ! On filme ou on prend un match, on le visionne, l’arbitre siffle, stop ! Arrêt sur Image ! Que vient-il de siffler ? Puis on met l’explication de la mise en situation des règles et on explique les postures de l’arbitre. L’idée est de mieux comprendre la position de ce dernier à l’issue du match. On souhaite une objectivité de la lecture, un point d’angle différent. Et c’est très concret car personnalisé et personnalisable !

Vous faîtes de nombreux tests grandeur nature, c’est concluant. Comment se passe la suite du projet ?

Nous rencontrons les différentes instances et nous démarrons une collaboration avec la Ligue et le District. Leurs arbitres nous aident à orienter le logiciel ! Ce comité d’arbitres, qui inclut nos bénévoles aguerris, nous est indispensable. Nous sommes donc OK sur la partie Connaissances et voulons à présent développer la partie Expérience. On propose aux jeunes d’aller sur le terrain, en binôme tout d’abord. Le jeune arbitre est accompagné par un éducateur ou un arbitre confirmé et nous faisons là aussi des tests. Les équipes adverses sont informées du duo d’arbitrage et acceptent toutes avec plaisir de contribuer à la formation des jeunes ! En seconde phase, l’arbitre en formation évolue seul. Quand on arrive à ce stade-là, on touche au but : y en a t-il 1, 2 ou 3 qui sortent du lot ? Et c’est une fierté quand un jeune joueur se passionne par l’arbitrage et choisi cette voie par envie, conviction, avec une grande motivation et une réelle passion. Je vais prendre l’exemple de Diego Robyn, nous l’avons accompagné dès le plus jeune âge puis le club lui a financé sa formation d’arbitre. C’est une réussite pour lui, pour nous, pour le club ! 

Les 3 phases sont en place, connaissances, expérience puis compétences. Le projet fonctionne à merveille. Et vous décidez de déposer un dossier ?

Nous déposons un dossier, en effet, comme une sorte de reconnaissance du travail fait par le club. Nous avons rapidement l’heureuse surprise d’être sélectionné dans les 16 derniers parmi les 300 dossiers déposés. Nous allons le 11 mars faire notre soutenance orale à la Fédération. Nous rencontrons les 15 autres projets en lice et on se nourrit de chacun. C’est un vivier incroyable d’idées ! On a des échanges très intenses toute cette journée-là. On se dit qu’on a la chance de faire partie des finalistes et que c’est déjà un parcours merveilleux d’en être arrivé là. On sent par ailleurs une ambiance particulière, lié au confinement qui arrive. Puis le temps passe, la situation est, telle que tout le monde vient de la traverser, délicate. Et… nous recevons un appel : Le FondAction nous informe que nous avons gagné !!! Nous sommes lauréats des Trophées Philippe Seguin dans la catégorie Education & Citoyenneté ! Quelle joie ! C’est inattendu pour nous ! Le contexte actuel ne permet pas de programmer la soirée de remises initialement prévue mais le FondAction fait venir de Paris une équipe de tournage afin de réaliser une vidéo. Les lauréats de chaque catégorie seront ainsi mis en lumière de cette façon. La Mairie nous donne le feu vert, dans le respect des gestes barrières, et nous organisons lundi dernier une mise en condition avec les jeunes. Les caméras viennent nous filmer et la vidéo est superbement réalisée.

C’est une immense reconnaissance du travail accompli, depuis tant d’années. Félicitations à vous ! Et l’après, qu’en est-il ? Comment redémarre pour vous la saison 2020/2021 ?

Concernant l’après, nous avons beaucoup d’autres projets mais ce sont toujours les moyens qui manquent. Nous ignorions que ce trophée était accompagné d’une dotation financière. C’est une belle surprise ! Cela va permettre de colmater une partie de la saison dernière. Puisque, comme tous les autres clubs, suite à l’arrêt brutal de la saison, nous n’avons plus eu de rentrée d’argent. Nous démarrons en septembre la saison 5 de l’Académie Sport/Devoirs. Nous avons un coût de fonctionnement de 16 000 euros annuels, chaque année c’est un budget difficile à boucler, car malheureusement, ce système est très peu reconnu et notre structure bénévole ne permet pas des appels à certains fonds (CAF notamment) : un grand merci au Conseil Général et aux Fonds Sportifs qui nous aident comme ils peuvent tous les ans.Heureusement, le club nous aide à combler le budget et chaque parent participe également. Mais nous voulons avant tout rester abordables, nous ne cherchons pas de retour sur investissement. Nous lançons un appel à un ou deux service civique pour compléter l’équipe des bénévoles, nécessaire au bon fonctionnement de l’Académie qui, cette année encore, accueillera une cinquantaine de collégien.ne.s pour le plus grand bonheur de tous ! 

Enfin, Christophe Barreau et moi-même en profitons pour remercier tous nos licencié.e.s qui font vivre le club et qui contribuent à leur niveau à développer l’image du football au quotidien.

 

Crédit photo : Etoile Mouzillonnaise - Paulo Pires Seixas