Portrait / FC LorientLigue 1

Allergique au bling-bling, Jérôme Hergault (34 ans) croque la L1 à pleines dents

25/02/2021 à 17:25

Francilien d’origine, le défenseur latéral des Merlus a débuté sa carrière en DH avant de gravir les échelons pour goûter à la Ligue 1 à 34 ans en Bretagne !

A 18 ans, il jouait en DHR. A bientôt 35 ans, Jérôme Hergault découvre la Ligue 1. Le latéral du FC Lorient a tout d’un parcours atypique qui se traduit par un succès récent contre l’immense Paris SG il y a quelques semaines mais surtout par son premier but en L1 face à Lille (défaite 4-1 le week-end dernier) d’un plat du pied, tout en finesse : « Si on me l’avait dit il y a dix ans, je ne l’aurais pas cru. Je jouais pour les copains, pour la convivialité. J’ai eu la chance d’avoir des opportunités et de les saisir… » résumait-il humblement lorsqu’il s’agissait d’évoquer sa trajectoire dans les colonnes du Télégramme après la rencontre face aux hommes de la capitale le 31 janvier 2021.

Le monde amateur, la genèse de son succès

Alors qu’il n’a jamais intégré de centre de formation, il signe un premier contrat pro en 2014 au Red Star… à 28 ans ! Khalid Boutaib, attaquant au Havre AC (L2) et très proche du Lorientais, n’est pas surpris par sa trajectoire : « C’est quelqu’un de calme, simple, la force tranquille tout simplement. Il n’est pas du tout blingbling ! On ne vient pas forcément du même univers mais ses valeurs sont celles que je partage. Ce qui fait sa force aujourd’hui, tout comme moi, c’est qu’on a su garder : ce côté amateur. » Luzenac, le Red Star, puis l’AC Ajaccio en L2, des clubs dont Jérôme Hergault a fait la fierté et inversement : « Je viens du monde amateur et j’en suis fier. Ça permet de garder les pieds sur terre. Mentalement, c’est même une force. On prend tout avec un peu d’émerveillement. Quand on monte vite en haut, on peut entrer dans une routine et oublier que le football est avant tout un plaisir » revendiquait-t-il dans les colonnes du quotidien local. Son ancien coéquipier, Idriss Ech Chergui, aujourd’hui à Toulon (N2), évoque également ses souvenirs avec une grande satisfaction : « A Luzenac, il avait moins de concurrence qu’aujourd’hui mais il jouait aussi. Je suis fier de pouvoir me dire que je l’ai envoyé au Red Star. Patrice Haddad cherchait un latéral et a été séduit par son profil. Il m’a d’ailleurs remercié plusieurs fois par la suite ». 

La Ligue 1 à 35 ans, même pas peur !

Titulaire d’un Master 2 en droit public spécialité droit de la santé, Jérôme Hergault possède des ambitions qui tiennent aujourd’hui tiennent en quelques mots : « Après avoir passé tant de temps dehors, je ne me vois plus enfermé dans un bureau ». Car il est vrai que lorsque l’on on goûte aux joutes du gratin français, il est difficile de faire marche arrière : « J’ai quand même beaucoup de matchs de Ligue 2 dans les jambes (152). Quand je suis passé de DH à CFA, c’était exceptionnel mais quand je prends l’exemple de Neymar aujourd’hui, on ne fait pas le même métier » affirmait l’ancien ajaccien au Télégramme. En attendant, il a revêtu à onze reprises la tunique des Merlus cette saison (16 l’an passé). Avec, à la clé, un exploit (3-2) face aux quatre fantastiques du Paris-Saint Germain, qui ne l’ont pas spécialement intimidé, mis à part peut-être la star brésilienne Neymar : « Heureusement, il n’était pas dans ma zone et tant mieux ».

Jamais déstabilisé, c’est aussi ce que confesse son entraîneur, Christophe Pélissier, qui l’a retrouvé pour son plus grand plaisir : « À chaque fois, il arrive à se mettre au niveau ». Alors qu’il a toujours joué le haut de tableau lors de ses précédentes aventures, le latéral vit une nouvelle configuration dans une équipe qui se bat actuellement pour son maintien en L1 (18eme, premier relégable). Mais pour Khalid Boutaib, il avait déjà auparavant largement les qualités pour atteindre l’élite  : « Ce côté amateur lui permet de ne pas subir la pression. Je me rappelle qu’il était capable de dribbler des mecs en partant de derrière. D’ailleurs, je ne l’ai jamais vu dégager un ballon. Il affichait également une qualité de dribble et de contrôle impressionnantes… je ne suis absolument pas surpris et ça a vraiment été un plaisir de pouvoir jouer à ses côtés ! »

La force tranquille

Son intelligence lui permet de s’adapter au mieux aux situations qu’ils n’auraient pas imaginé appréhender :  « Il s’est même mis à la musculation cette saison, à presque 35 ans », s’amuse Christophe Pélissier qui l’a fait venir dans le Morbihan en 2019.  Aujourd’hui en fin de contrat, l’arrière latéral ne s’affole pas : « J’ai signé deux ans dans un club pour la première fois en 2016. Ça ne me gênait pas. Je me sentais libre » témoignait Jérôme Hergault, qui pertinemment que le football, ça peut aller vite dans les deux sens. À 18 ans, il jouait en DHR. Quatre ans plus tard, il n’était qu’en DH quand Christophe Pélissier venait à sa rencontre. La Ligue 1, qu’a retrouvée Lorient suite à la saison 2019/2020 tronquée par la Covid-19 « n’était pas un objectif » pour l’ancien du Red Star même s’il concède « essayer d’être bon quand on fait appel à moi ». D’un parcours universitaire réussi à une carrière footballistique qui prend le même tournant, Jérôme Hergault a toujours évolué sous les yeux d’un entraîneur qui partage sans aucun doute les mêmes convictions.

Hergault – Pélissier, une histoire d’amour sur fond de valeurs

Réputé pour s’entourer sur la durée, le coach lorientais ne déroge pas à la règle avec son fidèle soldat. Une relation que décrit l’ancien attaquant du Zamalek en Egypte, Khalid Boutaib, ayant côtoyé les deux hommes : « Ce n’est pas forcément une relation père-fils qui caractériserait cette relation car il y avait quand même une certaine distance à l’époque. Je dirais que Jérôme, c’est plutôt son soldat » évoquait l’avant-centre auteur de 20 buts en 37 matches avec Strasbourg il y’a trois saisons. Un parcours qu’il juge même symétrique: « Il a évolué avec ce coach, ils étaient en CFA ensemble, ils ont pris des chemins différents à un certain moment sans être forcément très loin l’un de l’autre ». Ce qui frappe dans le parcours de Jérôme Hergault, au-delà de cette relation bénéfique, c’est qu’il a toujours gardé la même ligne de conduite. Un amateur chevronné comme on pourrait l’appeler.

« A l’époque du Red Star, tu pouvais carrément le confondre avec un étudiant dans le métro »Idriss Ech-Chergui, son ex-coéquipier à Luzenac

Son allure, peu commune pour le monde professionnel, ressemble finalement à celle de de « monsieur tout-le-monde » : crâne légèrement dégarni, un look des plus simples, il semble casser tous les codes : « Il a son style qui est franchement dégueulasse par moment (rires). Je dirais même qu’il n’en a pas ! A l’époque du Red Star, tu pouvais carrément le confondre avec un étudiant dans le métro » se rappelait Idriss Ech Chergui. Comme le souligne également Khalid Boutaib, c’est un style « vestimentaire simple » qui le caractérise, rappelant que ce n’est pas les Dolce Gabbana ou autres qui lui ont permis d’atteindre la lumière aujourd’hui. D’ailleurs, pour résumer sa personnalité, rien de mieux qu’une dernière anecdote. A l’époque de Luzenac, en proie à de grosses difficultés financières, ses anciens coéquipiers racontent qu’il était prêt à contribuer financièrement afin de garder certains joueurs de l’effectif… quand les valeurs ne s’achètent pas ! D’ailleurs, le coach morbihannais l’a bien compris et le résume parfaitement : « Il fédère autour de valeurs qu’il dégage ». 

Joel Penet

Crédit photo : Iconsport