InterviewOuragan Irma

Hervé Happy (CTR Saint-Martin) : « Après Irma, on va repartir à zéro »

13/09/2017 à 6:00

Conseiller technique régional depuis deux ans de la Ligue de football de Saint-Martin, Hervé Happy a participé au développement du football sur l'île antillaise. Après le passage de l'ouragan Irma, il y a une semaine, ce titulaire du DES Football, ancien entraîneur en DH en Guadeloupe et originaire de Toulouse (il est notamment passé par la classe football de Salies du Salat), a accepté de se confier sur la situation désastreuse dans laquelle la puissante tempête a plongé le territoire franco-néerlandais. De nombreuses infrastructures sont notamment détruites. Interview.

Quelle était la situation du football sur la partie francophone de Saint-Martin avant le passage de l’ouragan Irma ?

Au niveau infrastructure, deux stades avaient été refaits à neuf en octobre 2016 avec une pelouse synthétique. Ce sont des outils extraordinaires. On a eu la mise en place du foot à l’école. La Ligue a participé en 2016-2017 à des événements sur Paris 2024 et l’Euro 2016. La saison dernière, ce sont 250 matches de football animation, c’est une trentaine d’éducateurs formés du CFF1 au CFF4. Ce sont quatre missions DTN. Ce sont 345 licenciés à mon arrivée et on en est arrivé à 1000. On était à zéro féminine, et là, on en a 100. On allait lancer trois équipes féminines. C’est aussi la sélection qui est repartie avec une participation au tournoi Concacaf U15 il y a trois semaines. Et ce sont 12 clubs existants.

Le futur semblait favorable…

On avait un objectif sur quatre ans, élaboré avec la DTN. Patrick Pion, le DTN adjoint, était venu en octobre 2016. Il y avait un vrai potentiel de développement, très suivi par la FFF. On était en train de grandir au niveau du matériel. Il y a cinq emplois aidés au sein de la Ligue, en plus de 3 autres salariés, dont moi, qui vont se retrouver sans rien.

Les U15 de Saint-Martin

Que reste-t-il après le passage d’Irma ? 

Le local de la Ligue a explosé. Il n’y a plus rien. Les infrastructures sportives ont été balayées. Aujourd’hui, on est au chômage technique. Toutes les familles sont sinistrées. Je vois mal le football reprendre. Qui va reconstruire ? La population sera restreinte. Le football ne sera pas une priorité.

Quand pourrait-il repartir ?

Il faudra jusqu’à Noël pour remettre le minimum vital, l’eau, l’électricité et les transports. Le sport ne sera pas la priorité. En tant normal, il faut plusieurs années pour avoir un terrain. Là, il faudra plus longtemps encore.

C’est du gâchis ?

Oui, c’est du gâchis. Pour tout le monde, quel que soit le sport. C’est quelque chose qui bouleverse la vie des gens. Certains ont perdu la vie. C’est dramatique. A côté, le football ce n’est pas grand-chose.

« Il faut que la Fédération ait la main sur les 500 000 euros (promis) »

La Fédération Française de Football a annoncé la levée de 500 000 euros. Quelle sera la priorité selon vous de l’utilisation de cet argent ?

La priorité, ce sont les salariés que la Ligue. Un processus va se mettre en route, mais ça prend du temps. Il faut aider à se loger, à circuler et avoir un minimum financier le temps que tout se mette en place. Il faut aussi trouver un travail. Sur le plan des infrastructures, il va falloir reconstruire une ligue et des terrains. On repart de zéro. J’espère que les gens habilités sauront prendre les bonnes décisions au bon endroit et au bon moment.

Qui devra gérer l’argent ?

Je pense qu’il faut que la Fédération ait la main là-dessus. Pour l’instant, on est dans l’affectif. Au moins, on sait que ce sera bien utilisé. Si on a l’argent demain matin, on en fait quoi ? Il faut s’organiser à tête reposée. C’est bien de récolter des fonds mais il faut répartir l’argent correctement.

A combien estimez-vous les besoins nécessaires ?

Chaque stade, comme c’était inscrit sur le panneau lors de la reconstruction, coûte 1 million d’euros. Ca, c’est pour le football. Avec les gymnases et les terrains de basket qu’on utilisait pour du futsal, ce sont environ 7-8 millions d’euros, puisqu’il y avait 4 stades. Ça, c’est que pour les infrastructures. Après, il y a les clubs. C’est énorme.

Il y a moins d’un an, deux nouveaux terrains ont été inaugurés à Saint-Martin. Ils ont été détruits.

Qu’attendez-vous du monde du football métropolitain ?

Il y a beaucoup d’habitants de là-bas qui sont partis. On a tout laissé. On repart de zéro. En ce qui nous concerne, gens du football, j’espère que le monde du football va nous aider, à retrouver un logement, un travail, une voiture. J’ai 51 ans et je repars une main devant une main derrière, alors que j’ai des enfants à nourrir.

Envisagez-vous de retourner à Saint-Martin pour aider à relancer le football local ?

Si c’est possible, oui, ce serait intéressant. Mais je suis de la région de Toulouse, où j’ai ma famille. Donc si on me propose quelque chose en France, je ne dirai pas non.

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