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Dimitri Boudaud, un conducteur de bus sur la route du monde pro

08/07/2020 à 17:30

Milieu de terrain emblématique de l'USL Dunkerque, Dimitri Boudaud a vécu, ce jeudi 2 juillet, un véritable "rêve de gosse" : signer un contrat pro. Son tout premier. A 33 ans. A cette occasion, Actufoot s'est entretenu avec le numéro 10 maritime et retrace son parcours. Portrait.

Dire que Dimitri Boudaud entame une nouvelle vie ou une nouvelle carrière serait galvaudé. Certes, le milieu offensif de l’USL Dunkerque vient de signer, à 33 ans, son tout premier contrat professionnel. Mais parler d’un renouveau serait incohérent compte tenu de son état d’esprit. Lui-même l’admet : « depuis l’âge de mes 19 ans, je me suis toujours comporté comme un professionnel. Que ce soit au niveau de l’assiduité aux entraînements, aux matches, en ce qui concerne l’alimentation,  le sommeil… Alors, ce petit bout de papier, je le prends plutôt comme un symbole. » 

Un BEF, un Dugos, et un emploi en tant que conducteur de bus

Formé au CS Sedan-Ardennes, où il a gravi les différentes catégories d’âge du centre de formation, avant d’en être libéré au bout de quatre ans, le natif de Charleville-Mézières n’a jamais eu l’opportunité de passer pro. Pas plus qu’à Epernay (2006-2008), à Montceau-les-Mines (2008-2009) ou qu’à Dunkerque (2009-en cours), clubs au sein desquels il a toujours évolué sous contrat amateur. Alors, pour assurer son après-carrière, le numéro 10 de l’USLD n’a jamais rechigné à s’orienter vers d’autres projets que celui de footballeur. « A Epernay, j’ai effectué ma formation au BEF. Puis j’ai enchaîné sur un Dugos (Diplôme universitaire de gestion des organisations sportives, ndlr) sur deux ans, à cheval sur mes saisons à Montceau et Dunkerque », rembobine le néo-pro. Une fois à Dunkerque, c’est un tout autre secteur d’activité qu’il découvre.

En complément de son activité de footballeur, Dimitri Boudaud intègre, en 2010, la société de son président : Dk’Bus. Au sein de celle-ci, il devient, pendant 10 ans… conducteur de bus. « Au début, je ne vais pas dire non plus que j’avais honte, mais c’est vrai que ça faisait vraiment amateur, sourit aujourd’hui le joueur. Et quand je vois les footballeurs qui ont du mal à assurer leur après-carrière, je me dis que c’était un bon compromis. Au bout d’un certain temps, j’assumais complètement mon boulot. » Plus qu’un moyen d’arrondir ses fins de mois, le milieu de terrain voit cette opportunité comme une garantie financière. « Le CDI que j’ai signé avec cette société m’a permis d’acheter un appartement et de réaliser certaines choses que l’on ne peut pas forcément faire quand on est footballeur non-professionnel », relativiste-t-il.

Engagé au départ à temps plein, son volume horaire diminue au fil des montées du club (il est aujourd’hui placé en congé sans solde pour la saison à venir). Car il faut dire qu’avec Dunkerque, Boudaud a tout connu ou presque : une descente, en CFA 2 (N3), et deux montées, en CFA (N2) puis en National, avant la dernière en date, en Ligue 2. « Au fond, c’était une petite fierté d’assurer pendant tout ce temps ces deux rôles à la fois. Moi aussi je me levais à 4 ou 5 heures du matin, pour faire mes 7, 8 heures de conduite, avant d’aller à l’entraînement, assume-t-il, non sans une once de fierté. Et je pense que c’est aussi ça qui a toujours plu aux supporters. Car je suis comme eux. Je travaille comme eux. Et eux s’identifient à moi. »

De son propre aveu, c’est sans doute cet état d’esprit qui lui a valu d’être élu joueur de la saison 2019/2020. « Les copains me chambrent souvent. Ils disent que je suis le chouchou du public », s’amuse Boudaud. Mais ne soyons pas dupes. Si 216 des quelque 700 votes enregistrés sur le site du club nordiste ont été adressés au milieu offensif, c’est aussi du fait de ses performances sportives établies avant l’arrêt des championnats : 22 matches disputés (sur 25), 9 buts, 5 passes décisives. Coupé sur cette bonne lancée, Dimitri Boudaud entend ne pas s’arrêter en chemin.

Dans la famille Boudaud, je demande le père

En Ligue 2 la saison prochaine, avec le nouveau coach de l’USLD – sous les ordres duquel il a évolué par le passé -, il a bien l’intention de « continuer à profiter et [se] régaler ». « Je n’ai signé que pour un an, j’aurais voulu plus, mais je prends ça comme un challenge. Et puis, le côté positif de ce contrat pro, c’est que j’aurais plus de temps libre. J’aurais plus de temps à consacrer à moi-même, à ma récupération et à ma famille », envisage-t-il, alors qu’il doit couper la communication pour aller chercher ses enfants à l’école. Preuve en est que non, sa vie professionnelle, comme sa vie personnelle, n’a pas changé.

Harry Hozé

Crédit photo : USLD

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