Covid-19

Couvre-feu : dans le flou, les clubs amateurs s’inquiètent

15/10/2020 à 17:23

Hier, le Président de la République a annoncé l'entrée en vigueur d'un couvre-feu de 21h à 6h dans huit métropoles ainsi que dans l'Ile-de-France pour au moins les quatre prochaines semaines. Comment réagissent les clubs de football directement impactés par cette annonce ?

Les annonces d’Emmanuel Macron ont eu un effet de surprise. Huit grandes métropoles (Lyon, Grenoble, Saint-Etienne, Aix-Marseille, Lille, Rouen, Toulouse et Montpellier) ainsi que l’Ile-de-France devront à partir de samedi minuit respecter un couvre-feu de 21h à 6h. Aucune circulation ne sera autorisée hormis pour raisons médicales, professionnelles, de voyage au départ ou à l’arrivée tardif ou autre raisons diverses (aide à un proche en situation de dépendance, sortie des animaux de compagnie). Après ces annonces, les clubs de football qui tentent de s’organiser nous ont exprimé leurs inquiétudes quant à cette situation. Contactée par nos soins, la FFF a indiqué être « dans l’attente des annonces gouvernementales sur ce sujet et les conséquences engendrées ».

Des horaires d’entraînements à revoir

Les clubs de football risquent d’être fortement impactés par ce couvre-feu. Avec la majorité des entraînements en soirée, notamment pour les seniors, ceux-ci devront faire preuve d’adaptabilité face à la nouvelle situation. « Concrètement, nous nous entraînons à 18h et finissons aux alentours de 19h30. Ce qui peut poser problème pour ceux qui habitent loin, c’est d’être rentré chez eux pour 21h. Avancer l’entraînement va poser problème pour ceux qui travaillent. Il va falloir réfléchir pour trouver la meilleure solution possible », explique Didier Caignard, coach de l’Entente Sannois Saint-Gratien (N2, club du Val d’Oise).

Mais d’autres clubs semblent déjà résignés. « Le plus important, aujourd’hui, est de faire notre devoir de citoyens et respecter les consignes de l’État. Mais comme souvent les consignes seront appliquées dans certains endroits et pas du tout à d’autres. Avant 19h, impossible de commencer une séance en seniors ! Ce qui se passera, c’est qu’une partie des joueurs pourront s’entraîner et pas d’autres », déplore Mickaël Bertansetti, coach de Linas-Montlhéry (N3, Essonne). Les clubs doivent donc revoir leur organisation pour permettre à tous les licenciés de s’entraîner. « Nous sommes en train de voir s’il est possible de décaler les entrainements des plus jeunes mais cela risque de poser de gros problèmes d’organisation. Surtout qu’il faut être chez soi à 21h, pas au stade. Ce qui veut dire terminer les entrainements à 20h30, voire avant, sauf que les mecs bossent à côté. Cela me parait impossible », précise-t-on à l’ES Trinité (R2, Rhône).

« Je préfère annuler des séances plutôt que de faire une croix sur une saison entière »

Le point de vue de Frédéric Advice, coach de l'Olympique Marcquois (N3 Hauts-de-France)
« On va faire preuve de bon sens. Nous allons décaler les entraînements, libérer des joueurs plus tôt pour qu’ils puissent rentrer chez eux à 21 heures, passer de trois à deux séances par semaine pour certaines catégories… Cela s’annonce compliqué puisque nous sommes un club de plus de 850 licenciés, donc c’est toute une réorganisation qui s’annonce. Mais en même temps, on n’a pas vraiment le choix. Nos politiques ont parlé, à nous de nous plier aux règles. Et à tout problème, il y a une solution. J’espère surtout que l’on va pouvoir finir la saison. Car je préfère annuler des séances plutôt que de faire une croix sur une saison entière… »

De l’adaptabilité des clubs et des municipalités

Après plusieurs mois d’arrêt, le football avait repris peu à peu sa place dans un contexte toujours particulier. Protocole d’avant-match adapté, accès aux vestiaires restreint… Et désormais, c’est l’horaire des entraînements qui va être un casse-tête pour les clubs. « 22h au lieu de 21h aurait été plus simple. On va essayer de passer les entraînements à 19h à la place de 20h », indique Patrick Latraye, entraîneur de Claye-Souilly (R1, club de Seine-et-Marne). Du côté de la réserve du Red Star, les entraînements seront désormais organisés en après-midi avec ceux qui seront disponibles. « Il va falloir augmenter la charge de travail et réduire le temps des séances (1h15 maximum)« , s’inquiète Morgan Février coach du FC Melun (R2, Seine-et-Marne).

A Luynes (Bouches-du-Rhône), on craint même d’annuler des entraînements. « On peut dès à présent se projeter sur le fait que nos séances se terminent à 21 h 30 donc nous allons devoir raccourcir toutes les séances voire annuler certaines et occasionnant un déséquilibre ou une iniquité », souligne Stéphane Banos, le président de Luynes Sport. Bruno Mansio, président de l’Athlético Aix-Marseille (N3 Corse Méditerranée), reste, lui, sceptique sur les déplacements en avion en Corse avec des horaires tardifs. Mais au niveau des déplacements obligatoires, le Premier Ministre Jean Castex a été rassurant ce midi en indiquant que « les billets de train ou d’avion serviront de justificatif de voyage ». « On va s’entraîner uniquement le matin, le problème c’est que s’entraîner le matin pour jouer le soir à 18h ce n’est pas la meilleure des solutions », ajoute le président du club marseillais.

Vers un arrêt du football amateur ?

Face à cette situation, certains clubs envisagent même déjà une situation extrême : l’arrêt des compétitions. « Je ne vois aucune solution hormis une mini-trêve de 4 semaines puis pour combler de mettre des matchs en semaine une fois qu’il n’y aura plus le couvre-feu », confie Mahamadou Niakaté, entraîneur du CO Ulis (N3, Essonne). « Ca me semble compliqué pour le foot amateur avec des joueurs qui sont étudiants ou qui travaillent à côté ! », complète Philippe Lemaitre (JA Drancy, N3, Seine-Saint-Denis).

« J’aurais aimé savoir s’il y a moyen d’avoir une autorisation pour la dernière demi-heure d’entraînement », s’interroge Sabri Dhaouadi, directeur sportif de l’US Marseille Endoume Catalans (N3). Mais il pense aussi à ses anciens. « Il y a aussi les vétérans qui jouent en match le soir. Il ne faut pas oublier ces passionnés », ajoute-t-il. « Le principal est de pouvoir continuer à s’entraîner, même avec le couvre-feu. Les conditions ne sont vraiment pas faciles. J’espère que l’on trouvera une solution adaptée pour les joueurs qui travaillent tard, afin qu’ils puissent s’entraîner comme tout le monde. Continuer à prendre du plaisir sur le terrain, c’est important », indique Damiens Flores, coach du FC Sussargues-Bérenge à proximité de Montpellier.

Des décisions attendues avec impatience

Tous les clubs sont unanimes sur un point. Ils attendent impatiemment des informations de la Fédération Française de Football, de leur ligue ou de leur district. Celles-ci devraient arriver dans les prochaines heures en provenance du Gouvernement et particulièrement du Ministère des Sports. La Fédération Sportive et Gymnique du Travail (FSGT) a même indiqué avoir demandé une dérogation pour le sport amateur. La Ligue Auvergne Rhône-Alpes vient de communiquer. Les matchs devront être fixés entre 11h00 et 17h30.

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