Prépaphysique

Comment se déroule la préparation physique dans les clubs amateurs ?

03/08/2018 à 15:31

Aller courir au bord de la plage, en montagne, en forêt, ou se contenter du rectangle vert… Les façons de se préparer physiquement sont multiples dans les clubs amateurs de l’hexagone. Les méthodes et les moyens ne sont pas les mêmes pour tous. Tentative d’explications.

Pour les footballeurs amateurs, la trêve estivale est l’occasion de reposer les organismes et permet de faire une coupure avant d’aborder la nouvelle saison. Pour les entraîneurs, l’enjeu est de maintenir tout le monde en forme pour ne pas « être à la ramasse » physiquement lors de la reprise. Pour certains, la solution est simple. « un programme à suivre pendant l’été pour que la reprise ne soit pas brutale », explique Éric Guichard, l’entraîneur du MDA Chasselay, en National 2. L’objectif de ce programme pour les joueurs est « d’arriver avec des acquis ». Même son de cloche pour Walid Aïchour, coach de l’ES Viry-Chatillon (Régional 1). « Avant la reprise, les joueurs ont un programme à suivre pour rester en forme. D’autant plus que dans le monde amateur, le temps de repos est plus long. L’été dernier, on s’était arrêté un mois et demi ! », précise l’ancien milieu de terrain.

Évidemment, imposer un programme aux joueurs ne garantit rien à l’heure de la reprise. À moins de suivre les joueurs à la trace pendant tout le mois de juillet, chacun gère son inter-saison et son programme comme il l’entend. Les clubs amateurs ne disposent pas des mêmes possibilités que les professionnels dans le suivi des joueurs (brassière analysant les performances, par exemple), c’est une certitude. Il est tout de même possible pour les coachs d’avoir une idée de l’état de forme de leurs troupes lors de leur retour au club. « Il y a toujours des joueurs qui ne suivent pas le programme correctement et qui se blessent dès la reprise. Pour savoir où ils en sont au niveau de l’endurance et par rapport au programme que j’ai donné, on réalise un test de 5x1000m dans un certain laps de temps. On n’a pas les mêmes moyens que les pros, où l’analyse est individualisée, mais cette méthode me permet de les jauger », raconte Walid Aïchour.

En Ligue et en District, moins de moyens

Dans les divisions inférieures, l’amateurisme se fait encore plus ressentir. Les joueurs ont un emploi en dehors du football et les entraîneurs doivent composer avec ce paramètre lors des matchs, mais aussi des entraînements. « J’ai des jeunes, des plus âgés, des joueurs qui travaillent sur les chantiers, d’autres qui sont dans les bureaux. Il faut proposer aux joueurs quelque chose de progressif et adapté à leur morphologie, leurs pathologies », confie Rosette Germano. L’entraîneure de Cagnes-Le-Cros (Régional 2 Méditerranée), préparatrice physique lorsqu’elle n’est pas sur les rectangles verts, a côtoyé le milieu semi-professionnel. « J’ai vu des approches très différentes, ça m’a permis de voir ce qui fonctionnait et ce qui fonctionnait moins », se souvient-elle. « Certains démarrent par la force et la vitesse et finissent sur du foncier. D’autres inversent la pyramide de travail. Moi, je fais à ma sauce, il faut vraiment être à l’écoute des joueurs ». À Cagnes-Le-Cros, la reprise a lieu « cinq à six semaines avant le début du championnat ». La préparation débute par un « travail foncier auquel on ajoute progressivement musculation, force et vitesse avec des bondissements sur terrain, du travail de coordination, des haies, des cerceaux, des plots…»

« Après un mois sans jouer, ils ont envie de croquer le ballon »

Pour Jean-Rémi Ferraton, (ex CS Volvic), la préparation se fait essentiellement avec le ballon. « Pour moi, c’est essentiel. J’estime qu’après un mois sans jouer, ils ont envie de croquer le ballon. On effectue simplement un test de VMA à là reprise pour situer les joueurs». Au programme, des petits jeux à deux ou à trois et des phases de conservation de balle. « On réduit progressivement la durée tout en augmentant l’intensité », précise l’entraîneur de Volvic. « Petit à petit, on augmente les surfaces de jeu pour se diriger vers le foot à 11. On varie les efforts pour que ça ressemble le plus possible aux efforts de match. »

Sébastien Noble, entraîneur des Coquelicots Montéchois, en district Tarn et Garonne, a une approche plus « ludique » de la préparation estivale. « Comme dans la plupart des clubs, les joueurs ont un programme à suivre, axé sur du renforcement musculaire autre que du foot ou de la course à pied : tennis, natation, VTT… », explique le technicien montéchois. Le but est de « s’entretenir de manière ludique sans faire cinquante minutes de course, pour ne pas arriver début août sans rien dans le sac ». De retour sur les terrains, les joueurs de Sébastien Noble effectuent eux aussi leur préparation « essentiellement avec ballon ». « On travaille l’endurance en faisant des longs efforts dans des circuits training de 25-30 minutes : passe et va, slaloms, jeu de conservation, des 3 contre 3 pour remplacer un 15-15, auxquels on ajoute des pompes, des abdos et du renforcement musculaire. »

Le préparateur physique, un plus ?

Au niveau professionnel, de nombreux joueurs font désormais appel à un préparateur physique en dehors des séances d’entraînement du club. L’objectif est d’individualiser leur préparation physique en fonction de leurs besoins avant, mais aussi tout au long de la saison. Cette pratique commence aussi à faire son trou dans le monde amateur. « C’est une très bonne chose. Il faut simplement faire attention à qui on s’adresse. Le coach doit prendre en compte toute l’activité du sportif pour définir l’intensité, le volume et la charge de travail. Je pense que ça doit se faire en coordination avec l’entraîneur de l’équipe », abonde Rosette Germano, entraîneure de Cagnes-Le-Cros, plutôt favorable à cette tendance.

Pour Jean-Rémi Ferraton, cela peut s’avérer néfaste, voire dangereux. « On ne maîtrise pas trop ce qui est fait. Il peut y avoir un éventuel surentraînement ou un risque de blessure. Nous, entraîneurs, ne sommes pas toujours mis au courant. C’est un sport collectif, il faut faire les choses ensemble. Si ça se fait, ça doit se faire en communication avec le club et ça ne doit pas nuir aux performances. Sinon, c’est compliqué ». Pierre-Yves David, entraîneur de Saint-Malo (National 2), est du même avis que l’ancien coach de Volvic. « Avant, je m’occupais moi-même de la préparation physique. Depuis une saison, c’est Sullivan Coppalle, préparateur physique, qui s’en occupe. Je pense que la fédération peut avoir raison de développer la notion de staff au niveau amateur. Multiplier les compétences et avoir un adjoint à chaque ligne est une bonne chose. J’ai d’ailleurs un adjoint qui s’occupe des gardiens. Faire appel à un préparateur personnel au niveau professionnel, je le conçois. Par contre, au niveau amateur, je pense qu’un joueur peut se perdre. C’est un sport collectif, si chacun part de son côté… »

Florian Tonizzo