Interview

Fernando Da Cruz (Lille OSC) : « Je suis favorable à un championnat des réserves »

19/02/2020 à 16:52

Depuis 2017, Fernando Da Cruz est le patron de la formation au Lille OSC. Le technicien de 47 ans, également coach de l'équipe National 2 nordiste, se livre sur la politique de formation des Dogues et nous donne son regard sur les championnats de France "amateurs".

Vous avez de multiples casquettes au LOSC, pouvez-vous nous expliquer vos différentes missions ?

Ma fonction de directeur du développement consiste à organiser, développer et mettre en place la stratégie de développement du centre de formation définie par Luis Campos (NDLR : le Directeur Sportif). Celle d’entraîneur de la National 2, appelé groupe Pro 2, est de mettre en place la post-formation, une étape ultime avant le passage chez les pros. À ce sujet, depuis deux ans nous jouons quasiment avec l’équipe la plus jeune du championnat. Ma dernière casquette consiste à organiser le recrutement en jeunes de l’école de football aux U16, aussi bien à l’échelle locale que nationale.

« Nous privilégions la tactique et la technique dans notre recrutement »

Quels sont vos principes de recrutement des jeunes joueurs pour le centre de formation ?

Nous prenons en compte les qualités mentales et la personnalité du joueur, élément indéniable pour faire du haut niveau. Ensuite, l’intelligence de jeu c’est-à-dire la capacité à lire et à comprendre le jeu associé à l’outil technique qui permettra au joueur de s’exprimer. Et enfin les qualités physiques. Bien entendu, en fonction de certains postes, nous avons des critères physiques plus affinés. Nous partons du principe qu’il est plus facile de développer un joueur physiquement, donc nous privilégions la tactique et la technique dans notre recrutement.

Lille possède une cinquantaine de clubs amateurs « partenaires » exclusivement issus du Nord de la France. Mettre en valeur votre terroir est important ?

Pour nous, c’est très important d’établir des partenariats avec les clubs des Hauts-de-France pour plusieurs raisons : (i) la région a une densité de population importante, rien que sur l’agglomération lilloise nous avons un bassin d’environ 1 million d’habitants, (ii) il existe un vrai vivier dans la région : Cabaye, Debuchy, Dumont, Pavard, Lenglet et Varane (les 3 trois derniers étant alignés en équipe de France récemment) pour ne citer qu’eux sont tous issus de la région et (iii) les clubs amateurs travaillent très bien et de mieux en mieux. Nous partons du principe que ce partenariat doit être du « gagnant-gagnant ». Nous avons des partenariats à deux niveaux et nous offrons des échanges « à la carte  » en fonction de ces niveaux mais surtout en fonction des besoins des clubs.

Quel est votre mode de fonctionnement avec vos clubs partenaires ? Quels sont vos « liens » avec eux ?

Nous avons une équipe exclusivement dédiée aux clubs partenaires. Sous la responsabilité de José Huyghe, cette équipe fait un travail remarquable dans l’organisation de séminaires techniques, de tournois, de mise en place de séances d’entraînement dans les clubs. Nous intervenons dans les amicales d’éducateurs et nous ouvrons nos séances d’entraînements aux éducateurs de nos clubs partenaires.
Mais par-dessus tout, nous mettons l’accent sur le relationnel avec les clubs, nous souhaitons un partenariat juste et honnête !

La région parisienne n’est pas si éloignée du Nord, et possède un très important vivier, est-ce une volonté de ne pas avoir noué de partenariats avec un ou des clubs franciliens ?

Effectivement, Paris reste le plus grand vivier au monde et notre volonté est d’y être présent : 2 scouts sont en permanence sur Paris et 2 autres ponctuellement. Nous avons à cet effet recruté plusieurs joueurs de la région parisienne. Nous avons la chance d’avoir une position stratégique puisque, nous ne sommes qu’à une heure de Paris en TGV. C’est un facteur important dans notre argumentaire associé à la qualité de nos installations et de notre projet de formation. Concernant le partenariat avec un club parisien, il me parait difficile de nouer un partenariat compte tenu de la distance. Je préfère ne pas en faire que d’en faire un « bancal » où je ne serais pas en mesure de tenir nos engagements, puisque la clé de nos partenariats consiste à faire ce que l’on dit. Néanmoins, je reste ouvert à la réflexion.

« Faire passer un maximum de joueurs issus de la formation »

Comment définiriez-vous la politique de formation du LOSC ?

Notre politique de formation tourne autour de 3 axes. D’abord, le bien vivre ensemble : développer l’homme, développer le sportif de haut niveau et la scolarité en donnant la possibilité de choisir différentes filières. Nous souhaitons que nos joueurs réussissent bien sûr chez nous en priorité, mais si ce n’est pas le cas que cela se fasse ailleurs puisque nous partons du principe qu’il y a différentes réussites. Un exemple : les joueurs en fin de parcours au LOSC ont la possibilité lors d’une détection d’intégrer une université américaine avec une bourse d’étude à la clé. Nous travaillons sur un partenariat avec une grande université américaine en plus d’échanges techniques entre éducateurs des deux entités.

Au niveau de la formation, avez-vous des objectifs précis ou chiffrés ?

Nous n’avons pas de contraintes de rendement ou chiffrées puisque notre projet dépend de la qualité de nos joueurs et de notre travail. Quand on parle de formation, on parle d’un processus plus ou moins long. Mais notre volonté est de « faire passer » un maximum de joueurs issus de la formation.

Quel est votre politique au niveau de votre équipe National 2 ?

Je le répète notre politique pour la N2 consiste à préparer au mieux les joueurs de post formation pour le passage professionnel, c’est pour cette raison que nous avons exactement le même fonctionnement qu’eux, afin de répondre aux exigences du haut niveau.

Peut-on parler d’un pont entre les U19 Nationaux et la Ligue 1 ?

Il existe des vases communicants entre la N2, les pros et les U19. D’une part, parce que quotidiennement des joueurs de la N2 s’entraînent chez les pros (les entraînements ont lieu en même temps). La N2 est composée de moitié de U19, il existe de ce fait des va et vient N2/U19 pour gérer les différentes compétitions.

Quels sont vos liens et votre mode de fonctionnement avec Luis Campos ?

Notre mode fonctionnement dépend surtout de son agenda ! Comme vous le savez, c’est un très gros travailleur, il est tout le temps sollicité. Quand il est à Luchin, nous organisons des mini-réunions où nous allons à l’essentiel, sinon nous procédons par mails ou par téléphone. Ce qui est sûr, c’est que nous sommes constamment « connectés ». Concernant nos liens, j’ai la chance de travailler depuis 3 ans et demi à ses côtés. Il est exigeant, droit et honnête, il a une grande capacité d’écoute, il tient toujours compte de l’aspect humain dans ses décisions. Il a amené au club sa compétence et son expertise, avec lui, le LOSC a pris une autre dimension.

Y a-t-il un recrutement de joueurs pour la National 2 ? Peut-on y retrouver des joueurs n’ayant jamais évolué en centre de formation ?

Le recrutement de la N2 appartient à Luis et son équipe de scout, il reste très ouvert dans le sens où il peut comporter des joueurs issus d’un centre de formation ou d’un joueur ayant passé entre « les mailles du filet ». Même si cela est plus rare, ça peut arriver.

« Les réserves pros ont de plus en plus de mal à se maintenir en N2 »

Pour vous, le National 2 est-il un championnat amateur ?

Je vais me référer au groupe A qui est le championnat que je connais le mieux. Le groupe A se rapproche de plus en plus du championnat National, donc semi-professionnel puisque la moitié des équipes sont organisées comme tel et s’entraînent la journée. C’est un championnat très difficile est exigeant pour preuve Belfort et Épinal se sont qualifiés pour les quarts de finale de Coupe de France. Si on ajoute Sedan, Bastia, Saint-Maur : on se rend compte de toute la difficulté du championnat.

Êtes-vous favorable à ce que les réserves professionnelles puissent monter en National 1 ?

Si on regarde d’un peu plus près, on se rend compte que les réserves pros ont de plus en plus de mal à se maintenir en N2 tous groupes confondus. Donc je ne suis pas favorable puisque cette difficulté vient essentiellement du fait que nous jouons de plus en plus jeunes. Pour monter en National, il faudrait impérativement vieillir les réserves. Je ne pense pas que ce soit la volonté des clubs à une époque où on joue de plus en plus jeune en Ligue 1. Je suis plutôt favorable à un championnat des réserves avec plusieurs avantages : (i) répartitions géographiques (3/4 groupes), (ii) match le lundi soir (cela permet au jeune joueur ayant fait le banc en pro de jouer le lundi). Il n’y a rien de pire que d’avoir un jeune qui fait X matches sur le banc en pro sans avoir de temps de jeu. (iii) On ne fausse pas le championnat, comme cela peut être le cas en N2 en fonction des équipes que l’on aligne d’un match à l’autre, et (iv) un système de play-off pour garder l’esprit de compétition.

Comprenez-vous la démarche du PSG d’avoir supprimé son équipe National 2 en fin de saison dernière ?

Cette décision appartient au PSG, il est difficile d’y répondre sans connaître leur stratégie. Pour ma part, je suis plutôt favorable au championnat des réserves expliqué plus haut ou bien à l’acquisition d’un club satellite. Dans ce cas, je ferai évoluer la N2 en N3 (équipe composée essentiellement de U19) et les meilleurs joueurs de la réserve seraient prêtaient dans le club satellite.

Propos recueillis Par Farid Rouas.

Crédit Photo : Lille OSC