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Gildas Leray, sinagot de la tête aux pieds

01/12/2017 à 17:57

Gaucher pugnace et travailleur, Gildas Leray est un sinagot pur jus dont les caractéristiques collent à la commune et au club de Séné. A 24 ans, le milieu de terrain central a emprunté plusieurs chemins de traverses dans sa carrière. Si son équipe a atteint le huitième tour de la Coupe de France 2017/2018, il n'y est pas étranger. Titulaire indiscutable dans le milieu à trois de Nicolas Scourzic, il s'en est fallu de peu pour que le joueur passe à côté de la merveilleuse aventure que Séné est en train de vivre. Sans lui, ça n'aurait pas été pareil.

Petit poucet du huitième tour de Coupe de France 2017/2018, le Séné FC revient de loin. Au mois de juin, ils étaient trois joueurs Seniors à vouloir resigner. Entre ceux qui voulaient changer d’air et ceux qui affirmaient leur volonté d’arrêter, ça sentait la banqueroute pour le club de la côte morbihannaise. C’était avant que le président du club, Philippe Kerlidou, n’enrôle Nicolas Scourzic, laissé à quai par la GSI Pontivy après cinq ans à la tête de l’équipe fanion. Aujourd’hui, l’effectif Seniors compte plus de soixante licenciés et trois équipes compétitives. Gildas Leray faisait partie de la cinquantaine de joueurs à opter pour un départ après une saison compliquée. Le milieu central décrit que « niveau ambiance et niveau résultats, rien n’allait au club ». Il faut dire que l’exercice précédent s’était mal terminé avec une défaite aux barrages d’accession à la R2 (4 – 2 aller-retour, contre Thorigné-Fouillard). Dans le bas de tableau en DSR, Séné n’a pas pu inverser la tendance : « ces barrages face à une PH étaient à l’image de notre saison », déplore-t-il.

Joueur du cru, sanguin et très attaché au blason, c’est sans doute son coach qui le synthétise le mieux : « Gildas, c’est le sinagot pure souche, l’un des derniers pêcheurs du coin. Il symbolise vraiment le club. Sur le plan humain, son travail mérite le respect. Au niveau du football, c’est un gagneur, un gnacqueur qui ne lâche jamais rien. Il est au foot comme il est dans la vie. »

Fileyeur de père en fils

Né à Vannes, Gildas Leray est imprégné de l’identité locale. C’est sur les terrains de la commune qu’il a tapé dans ses premiers ballons et c’est en débutants qu’il a pris sa première licence. Talentueux, le gaucher est rapidement repéré par le VOC, club pour lequel il a joué de 7 ans à 17 ans. En fin de parcours au VOC, le milieu de terrain est descendu d’un cran, il a plié bagages pour rejoindre les U17 de Ménimur en milieu de saison : « j’ai décidé de prendre du recul avec la compétition et de privilégier le foot comme loisir. Ça ne me disait plus trop rien de percer ou non », se remémore-t-il. Ce passage n’aura été qu’une parenthèse d’un an dans son parcours footballistique. Titulaire d’un BEP Commerce depuis 2011, l’ancien étudiant a alors migré à en Espagne, à Salamanque, pour un bail de six mois en vue de passer son Bac professionnel Commerce par correspondance. L’occasion de découvrir une autre culture et la langue espagnole : « je suis presque bilingue, j’ai perdu un peu de vocabulaire mais je me débrouille », étaye le sinagot. Revenu au pays pour passer ses épreuves, il a signé son retour au club à 19 ans. Deux saisons avant l’overdose… le joueur revient sur ce virage qui vient dessiner une nouvelle courbe sur sa carrière sinueuse : « J’en avais marre du foot, j’avais besoin de couper ».

Fils et petit-fils de pêcheur, G. Leray est fileyeur depuis trois ans maintenant. Une profession qui ne l’attirait pas plus que ça au départ, le jeune homme s’est cherché avant d’épouser la trajectoire familiale. « J’ai commencé à travailler à 19 ans dans un magasin. Ça m’énervait d’être enfermé tout le temps pour toucher le SMIC, j’avais besoin d’espace. Le métier de vendeur ne m’allait pas ». Mis à l’essai pendant six mois par son père, Gildas s’épanouit : « c’était le top », dit-il avec enthousiasme. En ce moment, le chalutier familial est au mouillage de la Trinité-sur-Mer. Chaque matin, il se lève pour aller pêcher les poissons de saison : si la margate cartonne de mars à juin, père et fils garnissent leurs casiers et leurs filets de soles, de crevettes, de quelques bars et de quelques dorades en ce moment.

« L’exploit, c’est si on sort Lorient maintenant qu’ils sont sur notre route »

Cette saison marque le rebond de la formation sinagote. Nul besoin de période de transition ou de convalescence pour N. Scourzic et son effectif. L’entraîneur a pris ses fonctions en juin, il a prolongé la saison précédente ou avancé la préparation d’avant-saison, c’est selon, en proposant des séances sur herbe et en salle. Pas de coupure donc… et ça paye ! Après huit journées de championnat, Séné est co-leader avec Elven, et les joueurs font figure de héros de la Coupe de France. Ils affronteront le FC Lorient, demain, au Stade de La Rabine, à Vannes. Une affiche qui ne fait pas tourner la tête du joueur : « Pour moi, on n’a pas encore réalisé d’exploit. Sur le papier, c’est beau qu’on soit au huitième tour. On a éliminé deux R2 (l’US Cléder et le FC Quimperlé). C’est bien, c’est beau, parce qu’il faut les passer les huit tours. L’exploit, c’est si on sort Lorient maintenant qu’ils sont sur notre route ».

Positionné en huit, devant Edern Guyader et à la hauteur de Marvin Coquaud, Leray risque de ferrailler avec le duo Guendouzi-Lemoine dans sa zone. Le pêcheur fait preuve de détermination et n’a aucun complexe, il ne s’interdit pas une victoire. « On n’a rien à perdre. Si on sort, c’est logique. Il faudra réussir à ne pas être tétanisés et tout donner. C’est sûr qu’on va galérer mais si ils font quatre poteaux et qu’on obtient un penalty… Il va falloir sortir sur les genoux ! », explique le joueur de Séné. L’ensemble du club s’est mobilisé pour remplir les 9 000 places de La Rabine. Joueurs et familles amèneront des personnes de leur entourage, le football s’attend à une belle fête. Une célébration du football, qu’il soit amateur ou professionnel, que seule la Coupe de France peut créer. Comme Douarnenez au tour précédent, les sinagots espèrent faire douter le pensionnaire de Ligue 2 pour éviter de devenir spectateurs.

Gildas Leray en profite pour mettre en avant le soutien de leurs supporters : « On est passé trois fois aux prolongations. C’est eux qui nous poussent. On est les représentants de la commune, on est prêt physiquement mais on ne fait que 50 % du travail. Le reste, c’est le public et les bénévoles qui le font ». Teigneux et travailleur, la personnalité du milieu de terrain a beaucoup de similitudes avec le parcours de son équipe. Demain, la commune de Séné sait qu’elle pourra compter sur Gildas Leray pour essayer de remonter Les Merlus dans ses filets.

David Guitton