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Sommée de quitter les lieux, l’ES de Surzur risque de mettre la clé sous la porte

11/01/2018 à 9:12

Depuis le début de la saison, le torchon brûle entre le club de la commune de Surzur et la maire. Une situation qui met en danger l'association sportive et ses licenciés. Le club du Golfe du Morbihan refuse de signer un protocole d’accord avec la mairie en raison de points qui posent problème. Ce mardi, le président du club a reçu un courrier lui demandant de restituer à la mairie les clés des locaux.

Après plus de soixante-dix ans d’histoire, le club morbihannais est en péril.

Depuis plusieurs mois, l’Etoile Sportive de Surzur est en conflit ouvert avec la maire de la commune, Michèle Nadeau. Renouvelé sans problème depuis deux ans et demi, le contrat de mise à disposition des installations sportives n’est toujours pas signé à ce jour. Alors qu’il devait être conclu le 31 août 2017, un protocole d’accord proposé par la maire oppose les acteurs depuis le début de l’exercice 2017/2018. Cet engagement bilatéral inclue notamment les vestiaires, le terrain, la salle de réunion et la salle de sports pour l’hiver. Le club a signifié son désaccord sur trois points : l’arrosage, le traçage des lignes et l’aménagement d’un chemin emprunté par les jeunes footballeurs.

Pas de signature du protocole, plus de football

Trois points sur lesquels les deux parties ne parviennent pas à s’entendre. Le président du club, Jean-Marc Orsay, avait demandé à sécuriser un chemin pour assurer la sécurité des enfants sur le trajet qui mène au terrain d’entraînement. Une requête refusée par l’élue qui juge que la voie est suffisamment éclairée.« Elle veut qu’on prenne en charge l’intégralité du traçage des terrains et de l’arrosage du terrain d’honneur », expose t-il. Lors de chaque échange entre la maire et l’Etoile Sportive, Mme Nadeau a exigé l’engagement du président malgré son désaccord. Statu quo donc.

« Depuis le début de la saison, on a reçu plusieurs courriers de la maire. Elle nous rappelait qu’on devait conclure cet accord ou rendre les clés des vestiaires, des terrains et des locaux », raconte Jean-Marc Orsay. Pour être clair : pas de signature du protocole, plus de football. Devant l’insistance de son interlocutrice, le responsable du club ne lâche pas. Après avoir vu les 2 600 € de subventions de la mairie supprimés en septembre, J.-M. Orsay a participé à plusieurs réunions de conciliation avec la Responsable des sports de la commune, Mme Grelaud. Chou blanc.

Une plainte pour propos injurieux !

Né en début de saison, le différend s’est installé et il s’étale sur les réseaux sociaux. Une pétition regroupant presque 300 signatures a même été mise en ligne au mois de novembre. De plus en plus de personnes ont suivi l’affaire et continuent à se manifester, notamment sur la page Facebook du club. Le président du club décrit une situation qui interpelle : « Elle a porté plainte contre moi, notre entraîneur actuel et l’ancien coach pour des propos soit-disant injurieux sur Facebook. Si il y en a eu, je sais qu’on les as supprimés dans la foulée. Quand on s’est présenté, même le gendarme nous a dit qu’il n’y avait pas matière ». Loin d’être abattu, il dédramatise car cela lui permet « de rencontrer des gendarmes qui sont sympas et compréhensifs ».

Jean-Marc Orsay a son idée sur l’origine du contentieux. En effet, l’ES Surzur avait organisé un tournoi en fin de saison dernière sans avoir averti la mairie. Une erreur qu’il consent : « C’est vrai que c’est une faute mais on s’en est largement excusée ». Il n’oublie pas que la maire a annulé la participation à un tournoi annuel en Pologne parce que les coûts étaient jugés « trop élevés ». Il poursuit en rappelant que « le club de handball est aussi impacté depuis que Mme Nadeau a été élue. Si notre salle a été débaptisée sans qu’on ne sache pourquoi, le club de hand s’est expatrié dans des salles voisines parce qu’elle a été trop stricte ».

Pétition pour la sauvegarde de l’Etoile Sportive de Surzur

Le club est prêt à faire des efforts mais ne reculera pas sur l’éclairage

Le passage à 2018 n’a pas fait avancer le dossier. Au contraire, tout s’est accéléré mardi quand le club a reçu un courrier intimant l’obligation de rendre les clés du complexe. Le contact est rompu depuis la démission de Mme Grelaud. « La Responsable des sports était notre interlocutrice à la mairie », décrit le président. Le bras de fer s’est inexorablement intensifié et l’affaire semble dans une impasse.

Sauf si… Aujourd’hui, l’homme qui est à la tête d’un club d’environ cent-cinquante licenciés est enclin à faire un effort « si la mairie sécurise le chemin pour les plus jeunes ». Il enchaîne : « C’est un passage réellement dangereux. On ne demande qu’un lampadaire et des graviers sur un chemin de quinze mètres ». Orsay se dit prêt à allumer l’arrosage et à mobiliser des joueurs pour assurer le traçage du terrain à condition que la maire fasse un pas en avant sur l’éclairage. En attendant, il peste contre son matériel d’arrosage qui est complètement obsolète : « Notre machine n’est plus fonctionnelle : elle pèse près de 120 kgs et comme elle fuit, il faut la déplacer quotidiennement ».

« On ne peut pas laisser autant d’enfants sur le carreau »

Le club va-t-il jeter l’éponge et rendre les clés ? Une réunion de crise entre les dirigeants et les parents s’est tenue dans les locaux du club mardi. A cette issue, un groupe s’est formé pour entrer en contact avec la maire de Surzur. « Elle ne veut plus rien entendre, on a fait le tour elle et moi. J’ai laissé la main à un groupe de dix parents et de trois dirigeants » explique Orsay. Sa fille, Emilie, est en charge de la communication et de la buvette du club. Elle « refuse de laisser autant d’enfants sur le carreau ». L’ES Surzur, c’est une école de foot, des U6 aux U13, et deux équipes Seniors qui évoluent en D2 et en D4.

Hier, le groupe de parents s’est rendu à la mairie pour obtenir un entretien. Sans nouvelles, le président est pessimiste : « Je n’ai pas spécialement bon espoir pour la suite. On avait mis les entraînements le mardi soir pour qu’un maximum d’enfants vienne » déplore-t-il. Puis il précise qu’il « [rendra] les clés si il le faut mais c’est dommage d’en arriver là ». Alors que le championnat reprendra le 21 janvier, les Seniors ne veulent pas abandonner la compétition non plus. Le temps presse, dans l’attente d’un retour de Mme le maire, le club pourrait faire appel à la mairie de Theix pour bénéficier de ses installations. Le président indique qu’« il y a aussi la possibilité de s’arranger avec l’ensemble des adversaires pour jouer tous les matchs à l’extérieur jusqu’à la fin de la saison ». Contactée aujourd’hui, la mairie a fait savoir qu’elle communiquerait sur ce sujet dans les jours prochains.

Pour l’instant, l’ES de Surzur continue à occuper les locaux sans que le protocole ne soit signé. Si les parties ne trouvent pas de terrain d’entente, c’est une commune de plus de 4 000 habitants qui perdra son club de football et plus de cent licenciés qui resteront à quai.

Propos recueillis par David Guitton

Photo prise lors de l'anniversaire des 70 ans du club (ES de Surzur, 2014)