Interview

Y. Lachuer : « Faire percer un amateur c’est aussi gratifiant que gagner la Coupe de France »

14/07/2020 à 16:20

Yann Lachuer (47 ans) compte plus de 500 matches chez les professionnels. L'ex-milieu de terrain natif de Champigny-sur-Marne a participé aux grandes heures de l'AJ Auxerre en remportant notamment le championnat de France de D1 (1996), deux Coupe de France (2003 et 2005) et en participant deux fois à la Ligue des Champions. Pour Actufoot, l'actuel coach du SO Romorantin en National 2 revient sur son parcours de joueur et d’entraîneur !

Yann, comment allez-vous ?

Ça va plutôt bien, content de reprendre après une longue période d’inactivité.

Impatient de repartir avec Romorantin ?

Oui, je ne dirais pas impatient mais avec une envie. C’est toujours palpitant, pétillant d’entamer une nouvelle saison.

Quel bilan faites-vous de la dernière saison (10e du groupe C de N2) ?

Un peu mitigé. Entre le contenu des matches et le tableau d’affichage, parfois, il n’y avait pas de symbiose. Cela nous a laissé un peu d’amertume, de frustration car on avait bien commencé puis on n’a pas pu et su garder une constance tout au long de la saison. On a eu aussi quelques soucis au niveau des blessures qui nous ont pénalisées. Notre meilleur buteur a été absent à partir de novembre, ça a été un peu compliqué à gérer…

« Revenir dans le monde professionnel n’est pas un objectif »

Pourquoi avoir choisi un club amateur, l’US Orléans (alors en CFA), pour entamer votre reconversion en 2009 ?

Dans la vie, c’est toujours une question de rencontres et de propositions. À l’issue de ma carrière de joueur à Orléans, ça s’est bien fini malgré ma blessure, il y a eu une volonté de me donner la possibilité d’entamer cette carrière d’entraîneur. Je n’avais pas du tout anticipé. Sur ma première année d’entraîneur, il a fallu que je me concentre sur ma rééducation et que je passe mes diplômes. Cela donc pas était forcément un choix, c’est venu comme ça. L’opportunité professionnelle ne s’est pas présentée.

Pour un ancien joueur pro, commencer son parcours de coach dans un club amateur, c’est peut-être la bonne méthode pour apprendre, non ?

Je ne sais pas s’il y a une bonne méthode, chacun créé son parcours. Après, il y a des profils avec des capacités fortes d’adaptation et d’autres un peu moins. La filière professionnelle est naturelle. Est-ce qu’il y a une méthode meilleure que l’autre ? Je ne sais pas, je ne l’ai pas testé. Moi, ça me correspond. Revenir un jour dans le monde professionnel n’est pas un objectif, mais je ne suis pas contre.

Que vous manque-t-il pour viser plus haut ?

Du réseau car je pense avoir les compétences. C’est avoir la chance d’une opportunité ! Il n’y a que comme ça que j’aurais les capacités ou pas de coacher dans le monde professionnel. C’est comme un jeune que vous lancez, tant que vous ne le testez pas sur le terrain, il a le potentiel ou pas, tant qu’il n’est pas mis en situation, ce ne sont que des suppositions.

« Avec un passé de joueur professionnel, on est attendu »

En tant qu’ancien professionnel dans le monde amateur, les gens ont-ils un regard différent sur vous ?

Je ne sais pas si le regard est différent, mais l’approche est différente, l’attente est plus importante. Avec un passé de joueur professionnel, on est attendu. Les joueurs nous attendent aussi, ils espèrent beaucoup. Quand il y a beaucoup d’espoir et d’attente, vous êtes attendu un peu plus au tournant.

Revenons à votre carrière de joueur. La transition en Créteil et Auxerre n’a pas été trop dur (1993) ?

Quand je suis arrivé à Auxerre, j’avais déjà une saison en Ligue 2, mais ce n’était pas Ligue 2 d’aujourd’hui, c’était un championnat hybride Ligue 2 / National avec deux groupes. C’est pour ça qu’il y a eu la création du championnat de National. À Auxerre, je n’avais pas complètement terminé ma formation. Je suis arrivé dans un club qui commençait à gagner, à récolter les fruits d’une longue politique de jeunes. Côtoyer le haut niveau m’a permis de finir de me construire en tant que joueur et mentalement, de progresser. Ensuite, de prendre le flambeau et à faire briller l’AJ Auxerre. Le grand écart a été important mais a été bénéfique pour la suite de ma construction.

Comment était Guy Roux au quotidien ?

J’ai toujours tendance à dire que c’était quelqu’un de très pointilleux, de très exigeant, mais rien de surprenant. Ce n’était pas le coach le plus virulent, il avait cette faculté à essayer de mettre le joueur dans les meilleures conditions pour qu’il exerce son métier le mieux possible. Il a donné des conseils sur les « a côtés » du football. En contrepartie, il avait cette exigence poussée à l’extrême. Une philosophie de travail qui ne convenait pas à tout le monde. Il avait aussi cette faculté à relancer des joueurs en manque de confiance.

Pourquoi Auxerre, plutôt que Bordeaux, Valenciennes ou Nancy ?

Pour moi, à l’époque, c’était le club référence en termes de formation, avec une politique axée sur les jeunes. C’était l’endroit qui me fallait. C’était la bonne école pour apprendre.

Quel était le joueur le plus fort de l’école auxerroise ?

Je ne sais pas, il y avait un garçon qui s’appelait Frank Verlaat, il était impressionnant. Stéphane Mahé, Corentin Martins : il y avait du beau monde. Je ne sais pas s’il y en avait un plus talentueux que les autres.

Ensuite, vous partez pour Châteauroux, puis le Paris Saint-Germain alors que l’OM vous voulez. Pourquoi la capitale plutôt que La Canebière ?

Déjà, je suis originaire de Paris, puis je suis passé par Châteauroux. Michel Denisot étant de là-bas, les passerelles sont plus simples. Enfin, le coach de Marseille était Rolland Courbis et il voulait se positionner assez tôt dans la saison pour un transfert, c’est à dire novembre-décembre. Mais, à cette époque-là, j’étais indécis. Je ne pouvais pas me décider six mois à l’avance car dans ces clubs-là, la valse des entraîneurs est fréquente.

« Peut-être pas suffisamment prêt pour ce niveau-là »

Pourquoi ça n’a pas marché au PSG (1998-1999) ?

Je ne sais pas, je n’ai pas d’explications… Je n’ai pas de regrets, même si ça n’a pas été une occasion aussi fructueuse qu’espérée, ça m’a fait grandir. Après, j’ai prouvé que ce n’était qu’un accident et j’ai fait une carrière honorable. Pour moi, le PSG était une étape pour aller à l’étranger, pour être éventuellement international. Peut-être que je n’étais pas suffisamment prêt pour ce niveau-là, mais ce club commençait aussi une période de transition après la période Michel Denisot. Dans une carrière, parfois, il faut être au bon endroit au bon moment. Je ne cherche pas d’excuses. Je sortais d’un club où la direction était stable depuis 20-25 ans et j’arrive à Paris où j’ai connu trois présidents (Denisot, Bietry, Perpère), trois entraîneurs (Giresse, Arthur Jorge, Bergeroo) et deux directeurs sportifs. En termes de stabilité, je ne suis pas sur d’avoir trouvé mon compte. Je suis passé dans la machine à laver, j’aurais pu continuer un peu plus, je ne sais pas…

Alain Giresse était le choix numéro 1 de Charles Biétry. Était-il fait pour le Paris Saint-Germain ?

Le potentiel était là pour faire de belles choses. Après, il faut du temps pour monter une équipe. En termes de contexte, l’ère Denisot avait laissé des bons souvenirs, beaucoup de cadres sont partis, il manquait un peu de caractère dans l’équipe et c’est pour ça que ça n’a pas marché pour le staff à l’époque. Avec du recul, on savait que c’était des années de transition mais à Paris, vous êtes dans l’obligation de jouer l’Europe.

De 1999 à 2001, vous vous exilez au Sporting Club de Bastia avant de revenir à Auxerre (2001-2006) où vous devenez un cadre. Que s’est-il passé ?

Guy Roux avait aussi fait une pause, j’avais des jeunes à encadrer et il s’est appuyé sur moi. Il disait à l’époque : « J’ai une flèche (Djibril Cissé, NDLR), il me faut un archet ». J’avais le rôle de grand frère pour cette nouvelle génération. J’étais devenu un joueur référent malgré mon passage au PSG, j’avais 3-4 ans de Ligue 1 derrière moi. Ça s’est fondu, je suis arrivé dans la bonne période de l’AJA et ça a matché entre les anciens et les jeunes.

Qu’avez-vous préféré en Ligue des Champions : Dortmund ou Arsenal ?

Plutôt Arsenal, c’était la grande époque du club londonien. On avait réussi à les battre chez eux même si pour eux il n’y avait plus d’enjeu car ils étaient déjà qualifiés. Mais pour nous, ça reste un bon souvenir !

Puis, de 2006 à 2009, vous avez joué pour Troyes, Châteauroux et Orleans. La fin a été un peu compliquée. Un début de lassitude ?

Non pas du tout. À Troyes, j’ai rencontré un coach qui m’a donné la fibre pour entraîner (Jean-Marc Furlan, NDLR), cela a été une révélation. Sur le plan footballistique, même si nous sommes descendus, je me suis éclaté et ça m’a servi pour l’après. À Châteauroux, je n’étais pas prêt, pas préparé et je n’avais pas fait le deuil de la Ligue 1. Revenir dans un club où vous avez brillé, ce n’est jamais simple et facile. À Orléans, j’ai fini sur une blessure? mais j’étais déjà dans une démarche d’après.

« Trouver le bon dosage entre l’exigence et la gestion humaine »

Depuis 2009, vous êtes coach. Qu’est-ce qui est le plus dur ?

C’est de trouver le bon dosage entre l’exigence et la gestion humaine. Il faut bien délimiter son territoire, être juste, trouver les bons moments.

Avez-vous un modèle ?

J’ai eu la chance de rencontrer de grands entraîneurs comme Frédéric Antonetti, Guy Roux, Jacques Santini, Jean-Marc Furlan. Tous, ils me servent aujourd’hui pour être Yann Lachuer en tant que coach. Je ne veux pas les copier, mais je m’en inspire. Après, j’ai ma philosophie, mon ressenti, mon caractère. Je me nourris, j’essaie de progresser sur les nouvelles méthodologies. Aujourd’hui, on s’entraîne différemment. On a des outils comme le GPS qui est rentré dans les mœurs sans oublier les réseaux sociaux. Il faut vivre avec son époque.

Vous avez aussi été consultant pour la chaîne TV Infosport+. Qu’avez-vous appris de ce rôle ?

Je ne sais pas si j’ai appris des choses, c’était bien en termes d’image. Est-ce que je suis un homme de télé ? Je ne suis pas sûr. J’ai pris du plaisir, c’était à l’époque où je n’avais pas d’équipe à driver (sic.), mais ça m’a permis de rester au contact du milieu du football, d’être visible. C’était sympa de côtoyer un autre milieu, celui des médias.

Quel est votre meilleur souvenir ?

Il y a les titres qui sont des moments forts comme remporter la Coupe de France (en 2003 et 2005 avec Auxerre, NDLR). Mais, quand vous atteignez vos objectifs, il n’y a pas plus méritant qu’un autre. Faire progresser des garçons en amateur et les voir peut-être percer ou signer en structure professionnelle, c’est aussi gratifiant que gagner une Coupe de France. Lorsque je suis arrivé à Romorantin (en novembre 2018), il y a un an et demi, le club avait cinq points et on a terminé avec 36 points ! Je peux vous dire que ça marque une vie. On a passé des moments forts et on a redonné espoir à tout un club. Les gens se rappellent plus d’une coupe de France, c’est plus visible, mais émotionnellement le parcours avec Romorantin est pour moi comparable !

« Gagner avec la manière c’est un aboutissement pour un coach »

Quel a été votre plus beau match ?

Il y en a beaucoup quand vous êtes en confiance et que l’équipe tourne bien. Je me rappelle : j’avais réalisé un doublé à Nantes et trois jours avant on avait joué en Coupe d’Europe avec Auxerre. Après, il y a des matches moins médiatisés, où on a le sentiment d’avoir fait basculer le match du bon côté : je pense à des rencontres contre Sedan ou Lens. Ça ne correspond pas forcément à des soirées où on a gagné des titres. La saison où on monte avec Châteauroux, j’étais un peu aussi sur un nuage avec une dizaine de buts.

Que peut-on vous souhaiter pour la saison prochaine ?

Le meilleur, la meilleure saison possible, donner du plaisir, prendre du plaisir, gagner entre le contenu et le tableau d’affichage. Gagner avec la manière c’est un aboutissement pour un coach.

La montée est-elle un objectif ?

On ne parle pas de montée à Romorantin, mais s’il y a une petite fenêtre, une dynamique, on verra… Pas de pression, pas d’objectif en soi.

Propos recueillis par Farid Rouas.

Crédit Photo : SO Romorantin