D2AS Florange

Florange dans la tourmente

29/06/2018 à 17:47

Relégué en Deuxième division de district, Florange va mal : joueurs exclus ou absents, démission du coach de la réserve en cours de saison… Le courant ne passe plus entre la direction et les « bannis ». Ces derniers reprochent un manque de démocratie et désirent se présenter aux élections. Comment le club a pu en arriver là ? Explications.

Février 2018. Dix jours avant la reprise du championnat, l’entraîneur de l’équipe réserve, Robert Ciccione, est convoqué par le comité du club de Florange. La rencontre, au départ informelle, ressemble davantage à un procès. Devant lui, une dizaine de personnes, membres du comité. « On lui a reproché d’être trop proche de certains joueurs. On l’a aussi accusé d’être l’organisateur d’une tentative de déstabilisation du club », explique Karim Abdiche, l’un des cinq joueurs bannis. « On lui a expliqué que plusieurs joueurs seraient exclus. Il s’y est opposé et a démissionné dans la foulée, avant de nous téléphoner pour nous prévenir. »
La « tentative de déstabilisation du club » en question ? Une conversation WhatsApp entre joueurs et entraîneurs. Jusque-là, rien d’anormal. L’application, utilisée pour communiquer sur les entraînements et les matchs, va également donner lieu à des discussions sur l’ambiance et les résultats du club. « un corbeau a fourni cette conversation au comité, qui s’est empressé de nous accuser de déstabiliser le club, de le menacer » reprend Smaïn Boucetta, qui n’est désormais plus accepté au club en raison de son soutien aux cinq bannis. Pour le président du club, Fernand Cousinat, « cette conversation a été utilisée pour inciter les joueurs à faire grève, entre autre. »

Convocation, commission, exclusion

Au sein du comité, la pilule ne passe pas. « Le club a convoqué plusieurs d’entre nous pour une commission de discipline. Nous avons été mis au courant le samedi pour le lundi, le délais était trop court, on ne s’est pas présenté », justifie Karim Abdiche. C’est finalement une semaine plus tard que cette fameuse commission de discipline se réunit pour exclure les concernés. Devant les joueurs « coachs, arbitres, des gens soi-disant au comité mais inscrits nulle part », d’après Karim Abdiche. « C’était du grand n’importe quoi, ils n’avaient même pas cette conversation WhatsApp sous les yeux ». Fernand Cousinat, avec le soutien de son comité, estime que ces sanctions sont justes. « Ils sont arrivés cette année et sèment la zizanie au club. Nous sommes en droit d’exclure des joueurs. »

« On s’est aperçu que plusieurs points n’étaient pas respectés »

Après cette exclusion, les cinq joueurs, en compagnie de Smaïn Boucetta, décident de solliciter le Tribunal de grande instance de Thionville. « On s’est aperçu que plusieurs points n’étaient pas respectés : pas d’assemblée générale depuis 2015, pas d’élection pour renouveler un tiers du comité tous les deux ans, comme prévu dans les statuts de l’association », explique Smaïn Boucetta. Convoqués par le conciliateur du Tribunal de grande instance de Thionville, les membres du Comité répondent par un procès verbal de non-conciliation. Une assemblée générale se réunit finalement le 30 mars dernier. Mais pour Karim Abdiche, la forme n’est pas respectée. « Ils ont validé les comptes de 2015-2016 et 2016-2017 alors que la mairie et nous-mêmes estimons qu’il n’y avait pas assez de membres du comité pour les valider. »
Le Mosellan regrette également l’absence de réponse dans la partie adverse. « En fin de séance, lors des questions ouvertes, ou même pendant la réunion, quand nous avons réagi aux différentes remarques, toutes nos questions sont restées sans réponse. C’est une politique de non réponse, tout est obscur. »

Une assemblée générale en septembre : le timing pose problème

Et la ville de Florange, dans tout ça ? La municipalité, par l’intermédiaire de son maire Rémy Dick, a tenté une conciliation entre les deux parties.  En vain. « Fernand Cousinat et Pascal Doebler, président de la commission de discipline, brillent par leur absence. C’est dommage, nous faisons tout pour régler ça à l’amiable, on veut seulement faire bouger les choses et une vraie démocratie au sein du club. En allant sur le terrain judiciaire, ça a un impact sur tous les adhérents et bénévoles, ce n’est pas ce que l’on veut, mais on n’a plus le choix », regrette Smaïn Boucetta. Résultat des courses ? La mairie a bloqué les subventions, en baisse de 3000 euros par rapport à l’année précédente, pendant un moment, exigeant une assemblée générale avec des élections (source : courrier en mairie de Florange).
« Ils ont eu le soutien de la mairie à un moment donné, mais ce n’est plus le cas », affirme Fernand Cousinat. La solution est vite trouvée. « Finalement, la mairie a versé 50 % des subventions en échange d’une assemblée générale prévue en septembre. Le comité a volontairement planifié ça à ce moment-là », reprend Karim Abdiche. Pourquoi ? « Parce que nous, licenciés, ne sommes plus au club à partir du mois de juin, date à laquelle notre licence prend fin. En refusant de nous reprendre au club et en plaçant les élections au mois de septembre, ils s’assurent la majorité des votes. Depuis 2014, une vingtaine de personnes ont été écartées par la direction », ajoute Smaïn Boucetta. « Nous avons rendez-vous avec la mairie le 2 juillet, et nous allons demander une assemblée générale exceptionnelle pour le 8 juillet prochain. »

« On veut aider le club, pas tout bouleverser »

À travers toutes ces démarches, les joueurs exclus, Smaïn Boucetta et Karim Abdiche en tête, veulent pouvoir se présenter aux élections et lancer leur projet. « On veut aider le club, pas tout bouleverser. On ne veut pas tout gâcher, c’est notre club de cœur. Ils ont bien recruté chez les jeunes, il y a de bons résultats, des équipes féminines, de bonnes infrastructures, une municipalité qui joue le jeu. Ils ont fait du super boulot », salue Smaïn Boucetta. « On a toujours encouragé les éducateurs des jeunes, les parents. C’est notre fil rouge, on est même prêt à les aider s’il le faut. »
C’est au niveau des seniors que le bât blesse. L’équipe première est reléguée en Deuxième division de district, seulement un an après la montée, pendant que l’équipe réserve s’est péniblement maintenue en Troisième division. Pour Smaïn Boucetta et Karim Abdiche, l’absence d’équipe U19 et les nombreux départs expliquent en partie les résultats décevants cette saison. « Il y a un vrai trou entre les jeunes et les seniors. Beaucoup de jeunes de Florange sont partis ailleurs. Ils font l’unanimité dans leur club, ils auraient pu élever le niveau de l’effectif, mais ils n’ont pas envie de revenir à cause de la direction et de son sytème opaque. Beaucoup de joueurs et d’entraîneurs ont refusé de venir tant que certains étaient encore en place. »
Avec en moyenne 10 joueurs présents à chaque entraînement, le groupe senior pouvait difficilement progresser cette saison. Si du côté des joueurs, « les entraînements n’étaient pas assez structuré et ressemblaient plus à du loisir qu’autre chose », Fernand Cousinat, lui, pointe du doigt le faible taux de présence aux séances. « Avec 7-8 joueurs à l’entraînement, comment voulez-vous travailler correctement ? Et quel est l’intérêt de prendre une licence dans un club si ce n’est pour ne pas venir s’entraîner ? »
Smaïn Boucetta tient une explication. « Certains ont arrêté de venir par solidarité pour ceux qui ont été exclus, mais aussi à cause de la mauvaise ambiance qui régnait au club. »

« Florange doit absolument retrouver le niveau Ligue »

Pour Karim Abdiche, l’heure est au changement et il est temps de « passer la main. » « L’entraîneur et la direction sont en place depuis 2014. Il y a eu un travail énorme réalisé chez les jeunes et les féminines, mais en seniors, il y a des questions à se poser. Au bout de quatre ans, l’équipe première est toujours en Deuxième division et beaucoup de joueurs sont partis. C’est le moment pour eux de céder leur place. »
Si Karim Abdiche et Smaïn Boucetta obtiennent gain de cause et réussissent à remporter les élections, leur projet est déjà bien ficelé. Le tandem veut « mettre en place une équipe U19, essentielle pour structurer un club et construire un bon groupe senior ». Comment ? « En récupérant tous les jeunes, entre 16 et 19 ans, qui sont partis à droite à gauche . On veut aussi développer le pôle féminin, le pôle arbitre et mettre en place une section baby-foot, pour les 3-5 ans », poursuit Smaïn Boucetta. Leur objectif est simple : « accéder au niveau Ligue le plus rapidement possible. On veut que les adhérents reprennent du plaisir, et Florange doit absolument retrouver le niveau Ligue. »

Crédit photo : Smaïn Boucetta / AS Florange

Florian Tonizzo