Dossier

La genèse des partenariats entre foot amateur et foot professionnel (1/6)

08/03/2021 à 18:19

Nouvelle semaine, nouveau dossier. Actufoot s'est penché sur les partenariats existant entre les clubs professionnels et les amateurs. Historique de ces liens, intérêts pour chaque partie, la place des parents et le modèle particulier des Girondins de Bordeaux sont à retrouver dans ce dossier.

A la fois partie émergée et vitrine de la discipline, le football professionnel cache une multitude de clubs et de pratiquants. Le monde amateur, beaucoup moins visible du grand public, entretient des liens assez étroits avec ces clubs professionnels, au travers de partenariats pouvant prendre différentes formes. Que ce soit une convention, une charte ou un contrat, leur but est de permettre aux deux parties, le club professionnel et le club amateur, d’entretenir des liens. Les intérêts ne sont toutefois pas toujours les mêmes en fonction des associations sportives et des SASP. Mais revenons aux prémices de ces liens unissant le monde amateur à celui des professionnels.

S’il y a toujours eu des relations entre ces différents clubs, les partenariats sont apparus il y a une vingtaine d’années, dans la fin des années 1990. « Les premiers du LOSC ont eu lieu quand Lille était « au plus mal », quand il venait de descendre en D2 (saison 1996-1997, ndlr). Avec pour objectif de faire venir les spectateurs au stade via les clubs partenaires et garder la fidélité des gens de la Métropole. Il y en avait alors une cinquantaine. J’ai repris le partenariat en 2005 et on avait alors 14 clubs partenaires. Au fur et à mesure, on est remonté en nombre. On a longtemps été une trentaine et puis, il y a une effervescence après le doublé coupe-championnat en 2011 où, là, on a été beaucoup sollicité. On a fait un temps un partenariat avec des clubs dans chaque district et on est revenu sur des clubs de la métropole lilloise », confie José Huyghe, le chargé des clubs partenaires du club lillois.

Brétigny – Auxerre, exemple de longévité

Le club francilien de Brétigny-sur-Orge est, lui, partenaire de l’AJ Auxerre depuis désormais dix-huit ans. Le contrat a même été renouvelé l’an dernier jusqu’en 2024 : preuve du bon fonctionnement et des intérêts mutuels convergents de ce partenariat. « Ce dont je me souviens à l’époque des premiers contacts, c’est que je savais que le partenariat entre Brétigny et Rennes avait pris fin. On avait donc la voie libre et on en a profité pour prendre le relais. On me disait le plus grand bien de Brétigny, qui avait une bonne réputation de club formateur », relate Guy Roux dans une interview sur le site du CSB.

Doté d’une forte densité de population, le bassin francilien est un grand pourvoyeur de joueurs de football. « Il faut savoir que la région parisienne a plus d’habitants qu’un pays comme la Belgique par exemple. On se doit donc, vu le vivier, d’avoir des gens qui travaillent pour nous là-bas. A Auxerre, nous habitons un désert. Entre l’Yonne, la Franche-Comté et la Bourgogne, il doit y avoir plus de vaches que d’habitants. Et les vaches ne jouent pas au football… », ironise l’emblématique entraîneur de l’AJA.

Donovan Léon : « Brétigny, un club familial avec un fonctionnement de haut-niveau »

Des partenariats axés sur le local

Si pour Auxerre, les contraintes géographiques ont nécessité de créer des liens en région parisienne, la notion de proximité est vite apparue essentielle pour les clubs professionnels. Dans un marché à forte concurrence, connaître son territoire, son département et sa région est devenu la priorité. A la fois pour développer leur image mais aussi pour éviter la fuite de talents dans les clubs concurrents. « Les partenariats existent depuis longtemps, ça a été fait de manière officielle ou officieuse. Le PSG l’a beaucoup développé sur la région parisienne, Lyon le développe dans son secteur. Le premier recrutement de tous les gros clubs français se fait dans leur région », commente Gilles Bibé, directeur sportif de l’AC Boulogne Billancourt.

Au club depuis 2003, il était avant du côté du club francilien d’Antony qui avait déjà noué des relations avec le PSG, tout comme l’ACBB au moment de son arrivée. Connu pour la qualité de sa formation, le club des Hauts-de-Seine a par la suite signé un partenariat avec l’Olympique Lyonnais. Mais cela est intervenu bien plus tard et n’a duré que trois ans, entre 2017 et 2020. Gilles Bibé en était le référent. « Nous étions deux clubs similaires dans le fonctionnement. On a pas mal de joueurs qui ont intégré l’OL sur les dernières années. C’est là qu’est venue la volonté de se rapprocher davantage », se souvient le dirigeant.

« On a aussi fait une sorte de partenariat autour des années 2010, mais pas officiel, avec Aston Villa car on a un joueur qui a signé chez eux. Nos U17 ont rencontré en amical ceux d’Aston Villa. Ce sont des choses qui se sont négociées au moment de la signature du jeune. C’est plus des échanges au quotidien. Aujourd’hui, on est sur un partenariat un peu ouvert à tous les clubs », ajoute Gilles Bibé. Plus engagé avec aucun club en ce moment, Boulogne Billancourt envoie assez paradoxalement encore plus de jeunes dans des centres de formation.

Clubs partenaires, un travail de longue haleine

Pour sa part, l’Olympique Lyonnais a initié ce projet en 2001. Toutefois, ce n’est qu’en 2012 que la structure prendra forme sous l’appellation Réseau Sport et Réseau Sport Excellence. « Il y avait cinq, six clubs au départ et quelques actions non pérennes dans le temps. C’était un peu organisé à la bonne franquette (axé sur la convivialité) mais du côté positif. On a présenté le dispositif à la direction du club qui a validé ce travail avec les clubs amateurs », nous confie Julien Sokol, team manager de l’OL. Ancien responsable des partenariats, il a grandement contribué à l’aboutissement de ce travail. « J’ai piloté le projet avec l’ancien directeur du centre Stéphane Roche puis Jean-François Vuillez. Il est parti en octobre 2020 auprès de l’équipe professionnelle et Sonny Kulekci a pris le relais. On peut dire que le tournant a été pris grâce au digital et à la communication », résume l’ancien recruteur originaire de Dijon.

Le FC Lyon fait partie de ce partenariat depuis le début de l’aventure. Le club rhodanien a noué les premiers contacts avec celui de Jean-Michel Aulas en 2005 avant que cela se concrétise en un partenariat dans le début des années 2010. « Avant, c’était moins formel, moins contractuel, c’était eux qui venaient s’intéresser, qui détectaient les joueurs directement. Cela s’est développé tout doucement », décrit Hervé Baudoux, ancien président délégué du FC Lyon. Si les liens unissant CS Brétigny-AJ Auxerre et FC Lyon-Olympique Lyonnais sont solides et ancrés dans le temps, la durée des partenariats reste en général comprise entre deux et quatre ans seulement.

Demain, Actufoot met son focus sur les intérêts pour les clubs amateurs de s’engager avec une structure professionnelle. A suivre…

Photo : CS Brétigny

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