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Réginald Becque : « Le CRUFC faisait partie du patrimoine du foot nordiste »

07/05/2020 à 14:30

Vingt ans plus tard, la flamme brûle encore. Ce 7 mai 2020 marque le vingtième anniversaire de la finale de Coupe de France disputée par le Calais Racing Union football club. Une date à jamais dans l'histoire du football français, et surtout du football nordiste. Capitaine du CRUFC lors de cette fameuse épopée, Réginald Becque nous plonge dans la boîte à souvenirs. La finale, l'aventure, la force collective... le défenseur latéral calaisien, aujourd'hui chargé de la ligue amateur à la FFF, évoque tous les sujets. Entretien rétro.

Le 6 juin prochain, au stade de l’Epopée, les anciens joueurs du CRUFC et du FC Nantes devaient se retrouver lors d’un remake de la finale de la Coupe de France 2000. La crise sanitaire a contraint à l’annulation de cet événement. Est-ce une déception ?

Forcément, on aurait aimé fêter les 20 ans lors de la vingtième année. Malheureusement, compte tenu de la situation actuelle, cette manifestation est impossible à organiser. On comprend tout à fait et on célèbrera cet anniversaire lors de la 21e année. C’est ce que nous avons décidé avec Mickaël Landreau avec qui je suis en contact. On n’a pas encore défini la date exacte pour le moment, il doit voir avec ses ex-coéquipiers nantais, moi avec les miens, mais ce sera sans doute à la même période que ce qui était prévu initialement : entre la fin des championnats et l’Euro.

Quelle image gardez-vous de cette finale de Coupe de France ?

On en garde forcément un très bon souvenir. On a vécu un moment extraordinaire et je juge que l’on a été à la hauteur de l’événement. Pour en revenir sur la rencontre en elle-même, on a mené au score à la mi-temps et on perd sur une décision arbitrale que l’on peut encore discuter. Malgré tout, on est très content du match que l’on a produit, même si on est conscient que ce n’était pas notre meilleure prestation durant cette compétition. C’était celle contre Bordeaux (en demi-finales, ndlr). En tout cas, contre Nantes, on a donné le maximum que l’on pouvait donner sur le moment.

Au terme de la finale, Mickaël Landreau invite Réginald Becque, capitaine du CRUFC à soulever le trophée avec lui. « Comme deux vainqueurs » titre le journal L’Equipe le lendemain.

Qu’est-ce qui a fait votre force tout au long de ce parcours ?

C’est surtout notre force collective. Individuellement, on était tous des bons footballeurs amateurs. Pour la plupart, on était passé dans des centres de formation, ce qui fait que l’on avait quelques bases techniques et des aptitudes physiques intéressantes. Ce qu’il fallait donc, c’était les mettre au service du collectif, tous en même temps. Et c’est ce que l’on a réussi à faire tout au long de cette aventure. On a mis tous les ingrédients pour essayer de contrarier au mieux les équipes professionnelles qui n’étaient peut-être pas habituées à faire face à un tel pressing, une telle agressivité et ce surplus de motivation chez une équipe amateure. Il y a eu aussi un peu de chance – ou de réussite – et c’est ce qui nous a permis de signer des exploits.

Quelle influence a eu l’entraîneur, Ladislas Lozano, sur cette aventure ?

Tout le monde a sa part de responsabilité dans cette aventure. Mais la sienne est grande, c’est certain. Il préparait les matches comme jamais (sic). Il se déplaçait chez les adversaires pour ressentir l’atmosphère. Toutes les consignes techniques ou tactiques qu’il a pu mettre en place, on les appliquait et ça a plutôt bien fonctionné. On essayait de mettre en place ce qu’il nous demandait, sans trop se poser de question. Et on voyait le résultat à la fin du match.

« Un club amateur, quand il se prépare, quand il met des choses en place et surtout qu’il a un objectif collectif, il est capable de surprendre un club de Ligue 1 »

Dans ces moments-là, quel est le discours d’un capitaine ?

Il n’y en a pas forcément. Le discours intervient surtout au début du parcours. Car comme tout club de CFA, lorsque l’on démarre la saison et que l’on joue la Coupe de France, l’objectif est d’aller le plus loin possible. Et le plus loin possible, c’est de se qualifier pour les 32e de finales et d’affronter une équipe professionnelle. C’est surtout sur les tours précédents qu’il faut être en mesure de délivrer un discours. Sur ces matches où on arrive en favori ; ceux pour lesquels il faut trouver les mots pour motiver ses coéquipiers et ne pas se faire surprendre.

Pas de responsabilité pour le capitaine que vous étiez alors ?

Pas vraiment non. Il suffisait de retranscrire les propos du coach et s’assurer que tout était bien compris pour que l’on puisse disputer le meilleur match possible. Alors c’était moi le capitaine, mais ça aurait très bien pu être un Fabrice Baron, un Mickaël Gérard, un Christophe Hogard… Des coéquipiers à des postes clés et qui avaient aussi leur mot à dire sur le terrain. Je n’étais pas le seul responsable de ce qu’il se passait sur le terrain. On essayait de se répartir les tâches en fonction de la zone du terrain où on se situait.

Quelles ont été les conséquences de cette finale pour le club ?

Aujourd’hui, 20 ans après, le club n’existe plus. Donc c’est un peu rageant et désolant. On célèbre aujourd’hui les 20 ans d’une finale d’un club qui n’existe plus, donc c’est un peu du gâchis quelque part. Quoi qu’il en soit, on n’a pas été concernés par ça (la disparition du club, ndlr). On n’était plus au club à ce moment. C’est dommage, c’est sûr, mais on a vécu quelque chose d’extraordinaire avec ce club, et on avait à cœur de fêter ce 20e anniversaire.

Djezon Boutoille, que nous avions interviewé, estimait que c’était « une débilité » d’avoir supprimé le nom du CRUFC. Etes-vous d’accord avec lui ?

Je ne sais pas si c’est le terme approprié. Mais ce qui est certain, c’est que le nom du club faisait partie du patrimoine du foot nordiste et de la ville. D’autant plus que les Calaisiens étaient attachés à ce club issu d’une fusion du Racing et du SC Calais. Après, c’est une décision qui a été prise un peu brutalement. Aujourd’hui, il faut faire sans ce nom, et deux clubs essayent de relancer un peu le foot à Calais.

A court terme, n’avez-vous pas constaté des conséquences positives quand même ?

Il y a forcément eu un gain en notoriété. Le nom du club était davantage exposé dans les mois qui ont suivi. Après, il y a plusieurs étapes entre 2000 et 2017 qui ont fait que le CRUFC a connu des périodes plus ou moins fastes. Quand le club par exemple, juste après la finale, veut absolument monter en National ; on se dit « ok, pourquoi pas ». Mais il n’est pas prêt. Il n’y avait pas d’installations adaptées, nous, joueurs, on continuait à travailler etc. Par la suite, le club a un peu perdu de son identité en recrutant des joueurs qui n’étaient pas forcément de la région et qui n’étaient pas imprégnés de l’ambiance et de la mentalité calaisienne. Donc il y a eu des bonnes périodes, de très bonnes même, avec par exemple un quart de finale en Coupe de France en 2006 toujours contre Nantes, mais pas que.

Et par rapport au football amateur au sens large ?

On a ouvert la voie et montré qu’un club amateur, quand il se prépare, quand il met des choses en place et surtout qu’il a un objectif collectif, sur un match, il est capable de surprendre un club de Ligue 1 et de réitérer cette performance. Aujourd’hui, ça se voit parce que certains clubs font de beaux parcours et arrivent encore à éliminer des équipe de Ligue 1.

« Quand on prend aujourd’hui un club de N2 et qu’on le compare à un club de CFA d’il y a 20 ans, cela n’a plus grand-chose à voir »

Votre regard à ce sujet est d’autant plus précis que vous occupez un poste au sein de la FFF en lien avec le football amateur. En quoi consiste-t-il ?

Je travaille au sein de la Fédération, pour la Ligue du Football Amateur. J’occupe un poste au service événementiel, en charge de la communication et des partenariats. Dans la pratique, je suis chargé de promouvoir les événement de la LFA, comme la journée des débutants, la rentrée du foot, la journée des bénévoles, le festival U13 etc. Il y a également le suivi du partenariat Nike, puisque la marque a renouvelé son contrat avec la Fédé et mis en place une politique d’offres pour le football amateur avec notamment des dotations pour les ligues et les disctricts et une collection spécifique pour le foot amateur.

Aujourd’hui, quel lien existe-t-il entre le monde amateur et le monde professionnel ?

Sans le foot amateur, il n’y aurait pas de foot pro, c’est une évidence. Petit à petit le foot amateur tend à se professionnaliser. Quand on prend aujourd’hui un club de N2 et qu’on le compare à un club de CFA d’il y a 20 ans, cela n’a plus grand-chose à voir. A l’époque, on travaillait tous, on s’entraînait dans des conditions compliquées. Aujourd’hui, ce n’est plus du tout la même organisation. Après, de savoir si ça a évolué dans le bon sens, je n’en suis pas certain. Mais c’est comme ça.

En quoi le N2 d’aujourd’hui est moins bien que le CFA d’antan ?

Pour les 5-6 premiers de chaque poule de N2, on ne peut plus vraiment considérer qu’il s’agisse d’un championnat amateur. Certains joueurs ont des contrats fédéraux et sont rémunérés. Or le monde amateur consiste justement à aller travailler la journée et s’entraîner le soir. Ce sont des journées qui commencent à 6 heures le matin et qui se terminent à 21 heures. C’est ça l’amateurisme pour moi.

Propos recueillis par Harry Hozé
Crédit photo : DR & Eric Le Brun pour Le Monde

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