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A la découverte de Modibo Sagnan, le Français qui monte à la Real Sociedad

12/03/2021 à 17:23

Originaire de Saint-Denis en région parisienne puis formé pendant sept ans au RC Lens, Modibo Sagnan (21 ans) s'est exporté à la Real Sociedad en 2019. Convaincu par Philippe Montanier de rejoindre le club qui a révélé au grand jour Antoine Griezmann, le défenseur français a vu cette saison sa cote augmenter en Espagne au gré de performances convaincantes en Liga et en Europa League. Entretien exclusif.

Comment est entré le football dans votre vie ?

J’ai évolué de neuf à douze ans au CS Villetaneuse (93) mais avant ça, je jouais en bas de chez moi, dans ma cité et à l’école avec mes amis. En vérité, le foot ce n’était que pour m’amuser et c’est lorsque j’ai intégré mon premier club qu’on m’a expliqué que je pouvais faire quelque chose, parce que j’avais du talent. Une fois que j’ai rejoint le centre de formation de Lens, le football est devenu un objectif.

Vous avez toujours été défenseur de formation ?

J’étais plutôt attaquant à mes débuts parce que j’étais petit et rapide et puis j’ai reculé sur le terrain en grandissant. J’étais arrière latéral lors de ma deuxième année de formation au Racing Club de Lens et j’ai fini défenseur central.

Pourquoi le RC Lens ?

Au début, je ne savais pas que j’avais des clubs sur moi. On avait l’habitude de faire des tournois donc je pense que c’est là que j’ai dû me faire repérer. Les tests que j’avais passés étaient concluants et je n’ai pas hésité à rejoindre Lens. On m’avait dit beaucoup de bien du club. Ca a vraiment été une réussite, j’y ai beaucoup appris au contact de nombreux coaches. Je n’en retiens que du positif parce que mon parcours là-bas m’a permis d’obtenir mon premier contrat pro, de grandir et je ne les remercierai jamais assez.

Quel était le discours des éducateurs ?

On insistait beaucoup sur le respect, l’assiduité et la rigueur. Dans le foot, c’était un petit peu la même chose, il fallait mettre beaucoup de rigueur et d’exigence.

Racontez-nous vos débuts chez les pros en match officiel en 2018

Ma première année, c’était si je me souviens bien avec le coach Sikora qui nous connaissait depuis la CFA. Je m’étais bien débrouillé pour mes premiers matches mais je me souviens que j’avais ressenti beaucoup, beaucoup de pression. Je ne voulais pas rentrer. Avec la confiance des entraîneurs et de mes partenaires, j’avais pu progresser.

Modibo Sagnan a fait ses débuts professionnels avec le RC Lens en 2018 contre Boulogne sur Mer. Il aura joué 19 matches au total avec son club formateur avant de prendre le chemin de l’Espagne (Photo : Icon Sport)

Comment décririez-vous votre jeu ?

Je me considère comme un joueur physique, rapide et avec un bon pied gauche. Je suis grand de taille mais je pourrais améliorer mon jeu de tête défensif et offensif. Après, j’ai une marge de progression dans tous les domaines du fait de mon jeune âge.

Pourquoi prendre le chemin de la Real Sociedad à seulement 20 ans alors que vous avez tout à faire en France ?

Je l’ai décidé parce que je pensais que c’était le bon moment pour partir et sortir de ma zone de confort. J’ai été prêté dans la foulée à Lens pour terminer la saison et c’était une bonne chose. Quitter le club en cours de saison aurait été quelque chose de difficile pour moi.

Qui vous a convaincu de venir en Espagne ?

C’est Philippe Montanier qui m’avait pris son bureau et expliqué comment ça se passe avec les jeunes et comment le club fonctionne. Il m’a beaucoup persuadé de venir ici.

Après quelques mois sans jouer en équipe première, vous êtes prêté en deuxième division pour vous aguerrir ?

La première année a été celle de l’adaptation parce qu’on ne va pas se le cacher, ça a été difficile entre la langue et le niveau qu’ont les joueurs ici. C’était vraiment élevé. A la mi-saison, j’ai décidé de me faire prêter en D2 espagnole à Mirandès pour gagner du temps de jeu. Ca c’est bien passé et j’étais mieux quand je suis revenu grâce à mon professeur. Au niveau du jeu aussi j’ai beaucoup travaillé parce que le football espagnol est différent de celui en France. Ici, les entraînements c’est beaucoup de répétitions dans les exercices. On axe beaucoup sur la technique et c’est ce qui fait progresser. Je m’y suis habitué et j’en suis très content.

Cette saison fait office de révélation ?

On peut l’appeler comme ça puisque c’est cette année que j’ai fait mes début en Liga. J’ai aussi connu les gros matches de l’Europa League, c’est un peu ma révélation oui (sourires). Depuis tout petit on rêve de jouer contre des grandes équipes et des grands joueurs et le fait que ça arrive maintenant, je vois les choses en grand.

Modibo Sagnan au contact d’un autre français, Anthony Martial, lors du 16e retour d’Europa entre Manchester United et la Real Sociedad (0-0, 4-0 à l’aller) (Photo : Icon Sport)

La présence de Robin Le Normand dans l’effectif, un autre défenseur français, vous a-t-elle aidé ?

C’est sûr qu’entre Français on se parle plus. On a une bonne relation comme avec tout le monde. Mais entre Français, on se comprend (sourires). Il m’a beaucoup aidé au début sur les traductions quand je ne connaissais pas la langue.

La Real Sociedad a cédé la tête de la Liga début décembre à l’Atlético Madrid après un nul sur le terrain d’Alavès (12e journée, 0-0). Avez-vous ressenti une pression à un moment donné ?

On n’a pas eu de pression parce qu’on connait nos qualités et comment on joue tous ensemble. On n’était pas étonné d’être tout en haut du classement mais le plus difficile était d’y rester. On essaie de jouer chaque match de la meilleure des manière et pour gagner. Le championnat n’est pas encore terminé, on va tout donner jusqu’à la fin pour décrocher une place européenne et gagner la Coupe du Roi (l’édition 2020 reportée d’un an à cause du Covid aura lieu le 3 avril, ndlr).

Des rumeurs vous ont envoyé en Premier League du côté d’Everton cet hiver. Etait-ce concret ?

Non, je n’étais pas au courant de tout ça. Je me sens bien à la Real Sociedad, je joue des matches et je progresse. C’est le principal.

Propos recueillis par Thomas Gucciardi