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La formation par le futsal : un des grands enjeux du football français

23/02/2021 à 18:31

Au vu de l'apport du futsal dans la formation et la préformation des jeunes joueurs, la France et la FFF ont tout intérêt à mettre le paquet sur cette discipline. Zoom.

Le futsal est sacré en Amérique du Sud. Inventé par l’argentin Juan Carlos Ceriani Gravier, membre de la YMCA de Montevideo en Uruguay, à la suite de la Coupe du monde de football de 1930, il vient au départ palier au manque de terrains pour permettre aux enfants de jouer. Depuis, c’est logiquement sur ce continent que ce sport va continuer d’évoluer, et plus particulièrement au Brésil où une variante similaire au futsal voit le jour dans les rues de Sao Paulo. Une fédération est alors fondée dans ce pays le 28 juillet 1954 à Rio de Janeiro : la Fédération Métropolitaine de futebol de salão.

La végétation brésilienne est petit à petit remplacée par des terrains adaptés à la pratique. Le nouveau jeu commence alors à se faire connaître sous le nom de futbol sala (football en salle) ou futebol de salao. De plus en plus de monde le pratique dans les rues, il faut dire qu’il est plus simple de trouver 10 joueurs que 22. Les enfants sont également envoutés par l’attractivité de la discipline. Au Brésil, les premiers championnats locaux voient alors le jour. Les passionnés commencent à se prendre d’amour pour cette version très technique et rapide du football.

Depuis, le futsal est devenu une étape incontournable de la formation des jeunes joueurs au Brésil. Encore aujourd’hui, c’est là que les brésiliens peaufinent cette technique qui leur donne une réputation dans le monde entier. Comme de nombreux joueurs brésiliens, Neymar Jr. a commencé le foot par le futsal. Ce choix lui a permis de développer sa rapidité d’exécution et son habileté. « Pourquoi commencer la formation par le futsal ? Sur un grand terrain, le gamin va toucher le ballon 2 ou 3 fois en dix minutes. Au futsal, ce sera 10 à 20 fois en dix minutes. Il va participer beaucoup plus techniquement. Il reçoit le ballon en étant marqué de près. Il doit prendre une décision très rapide. Marquinhos a commencé ici au futsal. Malcom (ex-Bordeaux et ex-Barcelone) aussi. Et Willian (ex-Chelsea, Arsenal), il a joué au futsal ici jusqu’à ses 16 ans » avait expliqué à Canal + Carlos Pimenta, entraîneur U14 de l’équipe Futsal des Corinthians, il y a deux ans.

Et en France alors ?

Si le futsal est devenu depuis longtemps un passage presque obligatoire de la formation brésilienne pour le foot à 11, en France on a pris un peu de retard. La discipline ne fait qu’émerger. Elle progresse mais lentement. En octobre 2013, la France était 42e au classement FIFA. En septembre 2019, elle pointait à la 17e place au Classement mondial de futsal. A l’échelle européenne, c’est pareil. L’Espagne est double championne du monde et a soulevé à sept reprises la coupe d’Europe. L’équipe de France, elle, n’a jamais été qualifiée pour la coupe du Monde et a comme meilleure performance en Europe d’avoir atteint la phase de groupes de l’Euro 2018 organisé en Slovénie. Cependant, des efforts sont faits, le niveau progresse. Le club francilien de l’ACCS Futsal est arrivé cette saison en 8e de finale de la Ligue des Champions avec Ricardinho, la star portugaise de cette discipline élue 6 fois meilleur joueur du monde. Aussi, installé au lycée saint-Louis saint-Bruno à la Croix-Rousse, la FFF possède un pôle France futsal qui vit sa 3e saison et façonne, via un double-cursus avec des études secondaires, les talents de demain d’une discipline en plein développement.

Le Futsal est la première pratique dans le monde scolaire avec plus de 180 000 jeunes. Elle est attractive mais la croissance est molle au niveau des clubs. Cette discipline, qui se pratique à 5 contre 5, sur un terrain équivalent à celui du handball, indoor ou outdoor, compte près de 30 000 licencié(e)s en France. « Vous savez combien de licenciés futsal en Espagne ? Un million, là-bas ils apprennent le vrai foot grâce au futsal et font la bascule sur le gazon une fois prêts. Regardez Neymar et Ronaldinho… L’Espagne, le Brésil, l’Argentine sont toutes des nations de futsal, et pas franchement les pires au foot à XI » a récemment déclaré à So Foot l’ancien président de la LFP et dirigeant de l’ASC Garges Djibson Futsal, Frédéric Thiriez. Le district du Rhône est le plus important de France avec plus de 2400 licenciés. Sur le territoire national, 5000 équipes futsal sont affiliées à la FFF pour 2000 terrains de futsal recensés. C’est peu.

C’est pour cette raison que les clubs qui souhaitent ouvrir des sections n’arrivent pas à avoir des créneaux en salle auprès de leurs mairies. Tout le travail est là. « Les municipalités ou les communautés de communes prêtent les gymnases à l’année aux autres sports comme au hand ou au basket. On vient alors en concurrence avec eux et souvent les créneaux sont pris. Notre grosse mission est d’aller rencontrer les municipalités, les convaincre de l’importance de l’activité, de son avenir, de son intérêt, pour pouvoir disposer de créneaux » explique Pierre-Etienne Demillier, CTD de la Ligue Bourgogne-Franche-Comté et sélectionneur de l’Équipe de France Futsal U21. Aller convaincre les collectivités des vertus du futsal pour qu’elles ouvrent les gymnases à leur discipline, une dure mission.

Consciente de ce manque d’infrastructures adaptées, la FFF a entamé à de multiples reprises la construction de terrains extérieurs éclairés avec l’aide du Fonds d’Aide au Football Amateur (FAFA). « On connait le coût des gymnases, exorbitants souvent, qu’on doit partager en plus de ça avec beaucoup de disciplines. Pour nous c’est clair, il faut donc trouver un système D qui permettrait de pouvoir réhabiliter ici ou là les vieux plateaux de macadam, les vieux plateaux d’évolution » avait expliqué Pierre Jacky, entraîneur de l’équipe de France Futsal. L’objectif est clair depuis le mandat de Noël Le Graët à la présidence de l’instance fédérale, il faut amener les jeunes vers ce sport et donner également aux clubs de football la possibilité de créer une section futsal au sein de leur structure.

Pierre Jacky (sélectionneur France futsal) : « La suspension de la D2 ? Une décision difficile à prendre »

L’apport du futsal dans la formation des jeunes

Les clubs de futsal ouvrent leurs portes à des licenciés de plus en plus jeunes. Cette discipline spectaculaire attire naturellement les enfant qui veulent s’y essayer avant même d’avoir touché au foot à 11. Au Brésil, où le futsal a pris une importance particulière dans la formation depuis plusieurs années, cette étape est même devenue primordiale. Pourtant, ce sport, petit frère du foot à 11, n’est pas du foot à 11, mais une activité belle et bien différente.

Alors pourquoi l’utiliser dans la formation ? Que peut apporter à un jeune joueur le futsal ? La réponse se décompose en 4 facteurs de la performance : la technique, la tactique, le mental et le physique. Après l’argument Wissam Ben Yedder, seul joueur français à être devenu international A après avoir été joueur de l’équipe de France Futsal, voici les autres raisons qui font que le futsal ne doit plus être considéré aujourd’hui par les clubs comme étant seulement une « séance ludique » mise en place en raison de fortes pluies.

Sur le plan technique :

Le futsal demande aux jeunes de trouver les moyens techniques de sortir d’une situation rapidement dans les petits espaces. C’est la taille du terrain mais aussi le marquage strict exercé dans cette discipline qui l’impose. Le joueur est alors poussé à aller vite, à trouver des enchainements rapides et à utiliser certaines surfaces de contact qui pourront lui servir en match et qu’il n’utilise pas forcément à l’entraînement lors d’une séance traditionnelle de foot à 11.

Par exemple, au futsal, pour jouer plus vite, on contrôle le ballon de la semelle et on tire souvent du pointu, une frappe soudaine qui ne nécessite pas d’armer son tir. En foot à 11, on devient souvent la risée de ses coéquipiers à l’entraînement quand on choisit ce genre de frappe, mais en situation réelle, dans un match sur grand rectangle vert, cette technique peut s’avérer très efficace. En futsal, c’est en tout cas une arme redoutable.

De plus, comme expliqué précédemment, le joueur est beaucoup plus en contact avec le ballon que lors d’un match de foot à 11. Une étude statistique montre que les joueurs touchent le ballon 210 % plus souvent en futsal. Ils profitent alors de plus de possibilités pour s’entraîner et répéter les gestes. Il n’y a que comme ça qu’on apprend !

Sur le plan tactique :

Tactiquement, le futsal développe la création du joueur et sa prise d’espace. Aussi, les changements de poste et de statut sont beaucoup plus fréquents qu’au foot à 11, ce qui permet aux jeunes joueurs d’apprendre à s’adapter et de comprendre plus aisément par la suite la notion de transition.

Souvent, dans certaines situations au cours d’un match ou avant même de l’avoir commencé, les entraîneurs du foot à 11 demandent à leurs joueurs d’agrandir l’espace de jeu. Un choix tactique intéressant qui permet parfois d’étirer la défense adverse. On peut imaginer que le fait de l’avoir pratiqué en salle, dans de petits espaces, permet au joueur d’être encore plus facile sur grand terrain.

Aussi, au futsal, on se retrouve très souvent en position de supériorité numérique (2 Vs 1, 3 Vs 2, 4 Vs 3). Ces situations répétitives vont permettre aux jeunes joueurs d’apprendre à gérer le temps d’avance qu’ils possèdent sur leurs adversaires et à prendre les bonnes décisions. En défense, on vivra également en plus grande proportion et de manière plus rapide qu’au foot à 11, des expériences de coopération, de cadrage ou de couverture.

Sur le plan mental :

Le fait de devoir rester en connexion permanente avec ses partenaires demande une immense concentration aux joueurs. L’aspect mental est omniprésent. La cohésion d’équipe par la solidarité mais aussi par le sacrifice est primordial parce qu’au futsal la balle flirte souvent avec la ligne de but du gardien et qu’il faut être prêt à effectuer de nombreux sauvetages. Cette discipline apprend donc à ne pas rester figée et à ne pas subir ses émotions.

Le futsal, une école du foot ?

Il s’agit d’un sport qui fait vivre chez ses pratiquants de multiples sentiments, il faut donc savoir gérer la foultitude de changements de statuts mais aussi le nombre de buts encaissés qui est de manière générale plus élevé que dans le football traditionnel. Autre élément intéressant, le futsal permet aux joueurs d’être plus souvent en possession du ballon et d’avoir plus de chances de marquer des buts. C’est donc une discipline qui peut mettre en confiance les joueurs et révéler des profils intéressants.

Sur le plan physique :

Des courses moins longues qu’au foot à 11, mais des courses répétées et beaucoup plus intenses, le futsal apporte au footballeur un bagage physique supplémentaire. Les changements de direction et de rythme sont nombreux, les prises d’appuis se multiplient. Cette discipline en salle permet donc sans conteste d’améliorer son cardio.

Un peu à la manière du hand, mais en un peu moins puissant, le foot en salle expose aux chocs physiques et aux contacts qui nécessitent de travailler sa protection de balle. Le haut du corps est très sollicité. De quoi être prêt à répéter les efforts lors d’un match de 90 minutes sur grand terrain. Le futsal peut donc être très complémentaire dans un programme d’athlétisation.

Un plus également pour les gardiens !
En futsal, le gardien de but prend encore plus d’importance qu’en foot à 11. Déjà, il doit intervenir beaucoup plus qu’à l’accoutumé, mais aussi il demande un jeu au pied parfait pour sortir le ballon dans de petits espaces. Quand on connait l’importance du jeu au pied et de la technique d’un gardien dans le football moderne, on ne peut pas nier que le futsal peut donner un sacré coup de main au foot à 11 dans la préparation du portier. Il est le premier relanceur et contre-attaquant de son équipe. Et défensivement, il doit gérer des situations avec des attaquants très proches de lui. Un vrai atout pour la formation des gardiens.

Les clubs de futsal peuvent donc être considérés comme des clubs formateurs ?

Avant de répondre à cette question, il faut déjà dire que le futsal et le foot à 11, ce n’est pas le même sport. Le futsal peut être soit une pratique spécifique (exclusivement futsal), soit une pratique associée (avec du football à 11 par exemple). Ronaldinho, Neymar, Xavi, Mohamed Salah… la liste des stars ayant commencé par le futsal  montre à quel point cette discipline peut être formatrice pour atteindre le monde professionnel.

En France, on connaît le cas Ben Yedder, mais d’autres ont aussi pratiqué ce sport dans le but de se perfectionner. Le milieu de l’OL, Maxence Caqueret, est de ceux-là : « Ça m’apporte un vrai plus aujourd’hui. Je conseille le futsal à tous les jeunes footballeurs : on devient plus juste techniquement, plus rapide dans la prise de décision… Tout est bénéfique lorsqu’on arrive ensuite à onze. Bruno (Guimarães), par exemple, ça se voit qu’il en a fait au Brésil ! Je suis content que les jeunes à l’OL en fassent de plus en plus, ça va dans le bon sens » avait-il déclaré dans un entretien accordé à So Foot.

« La pratique est différente mais forcément complémentaire à plusieurs niveaux. Je pense que le Futsal peut être véritablement un outil de formation pour le joueur de football traditionnel. Si il y a un mot à ressortir, c’est « vitesse ». Tout va plus vite au Futsal du fait des espaces réduits et du nombre de joueurs. Les prises d’infos doivent être rapides, tout comme les prises de décision et les gestes techniques qui sont quasi toujours réalisés sous pression. De plus, on est sur une activité de transition et en Futsal, si tu as un de tes joueurs qui n’est pas dans la continuité du jeu, voire dans l’anticipation, c’est très compliqué. Il en est de même sur l’engagement et les attitudes défensives. C’est aussi je trouve un moyen d’amener de la variété dans le calendrier, notamment des jeunes, avec un peu de fun pour les enfants et du confort pour les parents. Et force est de constater que depuis que nos clubs proposent un accueil dès le plus jeune âge, nous avons des joueurs qui débutent par le futsal sans avoir de pratique extérieure. Donc… De toute façon, le modèle du futsal français est à construire dans les dix prochaines années » analysait en 2019 le CTD du District de Lyon et du Rhône, Benoit Subrin.

Il faudra construire en effet car pour l’instant, ce modèle présente une faille. En effet, les clubs de futsal ne sont juridiquement pas vraiment considérés comme des clubs formateurs au même titre que les clubs de foot à 11. Le dossier Ben Yedder le prouve. L’actuel buteur de l’AS Monaco a été formé à Garges Djibson, club qui propose exclusivement du futsal et avec lequel il avait une licence entre 2007 et 2010 avant de partir pour le Toulouse FC, puis plus tard pour le FC Séville. Mais son club formateur n’avait pourtant pas reçu d’indemnités de formation. Il avait fallu attendre une décision du Tribunal Administratif de Paris datant du 14 février 2019 qui reconnaisse que la qualité de club formateur pouvait être admise pour un club de futsal pour avoir le droit de toucher les indemnités visées à l’article 56 des règlements généraux de la FFF.

Le futsal faisant partie de la grande famille du football pour la FFF, pourquoi n’aurait-il pas le droit à cette indemnité de formation ? Reconnaitrait-on que le futsal est utile dans la préformation et la formation sans pour autant vouloir lui faire profiter de ses retombées ? Il semblerait bien puisque l’instance fédérale a modifié ses règlements généraux suite à l’Assemblée Fédérale du 8 décembre 2018 en rajoutant un point n°4 stipulant que « Les dispositions du présent article ne s’appliquent pas aux joueurs qui ont été licenciés en Futsal dans les catégories U10, U11, U12 et U13. » Pas d’indemnités de formation donc pour les licenciés futsal, l’instance ayant depuis corrigé ce vide juridique.

L’article 56 des règlements généraux de la FFF pour la saison 2020-2021. Le 4e point est toujours là.

En parallèle, cette modification des règles arrange bien les clubs professionnels et même amateurs de foot à 11 qui commencent d’ailleurs depuis quelques années, sous les encouragements de la Fédération, à créer des sections futsal. C’est le Valenciennes FC qui a été le premier club pro à lancer sa propre section en 2017, s’en est suivie celle de l’AC Ajaccio en 2018 et plusieurs autres écuries françaises ont alors commencé à intégrer la discipline.

En 2016, l’OL remporte pour la deuxième année consécutive le championnat régional de futsal disputé de Ugine en Savoie.

L’Olympique Lyonnais, plus puissant club formateur français, prend très au sérieux l’apport de cette discipline. Le club lyonnais a d’ailleurs créé à l’été 2019 sa section futsal. Imaginée par Claudio Caçapa (un brésilien comme par hasard), elle a été reprise par l’ancien formateur Joël Fréchet, international avec la sélection française de futsal à la fin de sa carrière. La première étape de son travail a été d’introduire une séance hebdomadaire pour les U9 à U13 de l’OL, la deuxième étape a été de créer une équipe Senior.

Si Jean-Michel Aulas ambitionne de se lancer dans un tel projet, ce n’est pas pour rien. Il avait fait la même chose avec le football féminin il y a quelques années en arrière et on sait ce que cela lui a rapporté depuis. La Fédération, elle, a bien un projet pour le futsal, car il a énormément à donner au football français. Mais il passera par plus de justice pour les clubs de cette discipline, plus de moyens et la structuration de tous les clubs. L’OL pourrait encore en être le fer de lance et donner encore plus envie au football français d’y participer. Si la Covid nous le permet un jour…

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