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Franck Caron : « Le Stade Portelois doit devenir une solution naturelle pour les jeunes du secteur »

26/06/2020 à 14:00

Neuf mois quasiment jour pour jour après avoir quitté son poste de responsable de la formation de l'US Boulogne Côte d'Opale, Franck Caron (à droite) s'est engagé avec le Stade Portelois. Fort d'une expérience de cinq ans au sein du club rouge et noir, ce professeur d’EPS, qui était également coach des U19 Nationaux de l'USBCO, porte un regard critique sur la formation dans le Boulonnais. Selon lui, les jeunes de la région ne se doivent pas de quitter les Hauts-de-France pour percer ailleurs. C'est justement cette politique qu'il va s'efforcer de mettre en place au sein de son nouveau club. Entretien.

En septembre 2019, en raison de divergences de points de vue avec la direction, vous avez quitté l’USBCO. Comment avez-vous abordé cette saison ?

Depuis mon arrêt volontaire de Boulogne, j’étais un peu en stand-by. Mais lorsque j’ai pris cette décision, je n’ai pas arrêté dans le but de faire autre chose. Donc au cours de cette saison, je n’étais pas particulièrement à la recherche d’un nouveau projet. Je ne voulais pas repartir sur un projet qui n’était pas totalement clair. Car quand on reprend en cours d’année, généralement c’est qu’il y a un souci. Je n’étais pas malheureux, au contraire. Cette coupure m’a permis d’aller voir des matches pour la première fois depuis que j’ai entamé cette carrière d’entraîneur. J’ai pris les choses du bon côté. Le Covid arrivant, je me suis dit que ça allait être compliqué de retrouver quelque chose avant la fin de la saison. Et puis s’est présentée l’opportunité du Stade Portelois.

Pourquoi avoir choisi de vous engager avec le Stade Portelois ?

Je connais bien le président Denis Maillard. Je connais aussi pas mal de monde au niveau du comité directeur et j’ai toujours entretenu de très bons rapports avec Vincent Ehouman (manager général et entraîneur de l’équipe une du Portel, ndlr). De toute façon, en étant responsable de la formation de l’US Boulogne, je me devais d’avoir de bonnes relations avec les entraîneurs des clubs alentours. Le changement d’orientation de l’équipe première du Stade Portelois a fait que le président m’a contacté il y a une dizaine de jours.

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Quel a été son discours ?

Il m’a dit : « on s’oriente vers quelque chose de différent, quelque chose où les jeunes auront une place importante. Toi, tu es libre, tu es quelqu’un de compétent, alors on pourrait réfléchir à un projet commun ». J’avais, de mon côté, une idée de projet que je voulais déjà mettre en place à Boulogne. Alors ça a été naturel pour moi de le leur présenter. Je pense qu’on s’est bien trouvés. Le club, partant sur un nouveau concept, a jugé opportun de me solliciter. Et moi je voulais établir ce projet dans un club cohérent comme l’est celui du Portel.  Ce n’était peut-être pas prévu, mais ça s’est bien goupillé.

Quelles seront vos missions dans ce nouveau club ?

Mes missions ici seront assez larges. La principale sera d’assurer le poste de responsable de la formation qui m’est confié. L’idée, c’est de prendre l’équipe réserve, et de garder cette continuité avec le secteur de la formation. Nous voulons, avec l’ensemble des éducateurs, mettre en place un projet global qui a pour but de placer les jeunes au centre de l’échiquier. Il y aura également ce lien direct avec Vincent Ehouman, qui est le manager et le gestionnaire de l’équipe première. L’équipe réserve sera celle qui va valider notre formation. L’objectif étant de faire jouer au maximum les jeunes et de garder cette continuité dans le projet.

« Si je viens au Portel, c’est pour que les jeunes aient une possibilité d’avancer, de progresser, en ayant une visibilité de jeu. On veut pouvoir offrir de nouvelles possibilités »

En quoi est-ce bénéfique pour l’institution ?

Le but n’est pas de se glorifier en se disant « on a une équipe jeune, avec une moyenne d’âge de 19 ans ». Si je viens au Portel, c’est pour que les jeunes aient une possibilité d’avancer, de progresser, en ayant une visibilité de jeu. Qu’ils puissent se dire qu’il pourront évoluer avec l’équipe réserve, en R2 ou R3 et, en voyant plus large, avec l’équipe première. On veut pouvoir offrir de nouvelles possibilités. Avec mes cinq années à Boulogne, j’ai acquis de l’expérience et je sais ce que veulent les jeunes.

Que demandent-ils ?

Ils veulent trois choses à la fois : du niveau de jeu – donc c’est important que l’on soit très haut avec l’équipe première. Ils veulent également de la performance en jeunes – pour cela il faut qu’avec nos équipes de jeunes on arrive à se positionner très rapidement aux plus hautes divisions de Ligue, et pourquoi pas d’ici quelques années tutoyer le championnat U19 National. Et ils veulent également du temps de jeu. C’est très compliqué de cumuler ces trois critères. Mais c’est ce qu’on va s’efforcer à faire. Au Portel, on veut pouvoir leur offrir du temps de jeu avec les équipes A et B et pouvoir les évaluer. On veut des jeunes du Boulonnais qui restent au club et qui ne partent pas. Alors on s’est fixé d’atteindre nos premiers objectifs d’ici 2024, pour le centenaire du club.

« Je vais bosser avec des gens de qualité, qui m’apprécient et dont je connais les capacités. Ce sera vraiment un projet collectif. Je veux arriver avec mes idées, mais faire en sorte que ce soit notre projet. »

Quels sont-ils ?

Avec l’équipe première, on aimerait atteindre le niveau National. On a l’espoir avec la DNCG d’être maintenus et ne pas être relégués en R1 pour la prochaine saison (l’arrêt prématuré des championnats implique une rétrogradation pour l’équipe fanion du Stade Portelois ; décision pour laquelle les dirigeants ont fait appel, ndlr). Avec l’équipe réserve, il s’agirait de se positionner et se maintenir en R2. Si on peut tester nos joueurs à ce niveau c’est intéressant. Chez les jeunes, c’est d’avoir toutes nos équipes en R1. Et puis comme challenge suprême, on s’est fixé, d’ici quelques années, de viser le championnat de U19 National. Tout cela permettrait d’avoir un panel important à proposer aux jeunes. Et tout ce qu’on veut faire chez les garçons on veut aussi le faire avec les filles. C’est ambitieux mais on va prendre le temps, on va bosser sur notre formation.

Qu’est-ce que vous allez pouvoir apporter à ce club ?

Je vais arriver déjà avec beaucoup d’humilité. Je suis dans le Boulonnais depuis une vingtaine d’années et je sais que Le Portel est un club avec une grande force de caractère et des valeurs. Donc je vais dans un premier temps essayer de m’imprégner du club, écouter et m’efforcer de découvrir les sensations de chacun. J’apporterai également mon expérience de formateur et je la mettrai à profit de mon nouveau club. De par mes cinq années passées à Boulogne, j’ai quand même côtoyé des institutions professionnelles, à travers notamment le championnat de U19 Nat. Ici, je vais bosser avec des gens de qualité, qui m’apprécient et dont je connais les capacités. Ce sera vraiment un projet collectif. Et c’est justement ce critère qui a fait la différence dans ma volonté de m’engager au Portel. Je veux arriver avec mes idées, mais faire en sorte que ce soit notre projet.

« Avec six voire sept clubs à ce niveau, je trouve ça effarant que des jeunes quittent encore la région »

D’une manière globale, quel regard portez-vous sur la formation dans la région ?

On a la chance d’avoir énormément de structures pro. Lens et Lille seront en Ligue 1 la saison prochaine, Amiens, Valenciennes, Chambly et Dunkerque à l’étage inférieur… Ca fait quand même six clubs professionnels dans les Hauts-de-France. Il y a aussi Boulogne en National ! Mon avis, c’est qu’avec six voire sept clubs à ce niveau, je trouve ça effarant que des jeunes quittent encore la région. Sur les cinq saisons que j’ai passées à l’USBCO, on a une dizaine de garçons qui sont partis et qui ont percé dans d’autres clubs, au niveau professionnel : on a Colin Dagba au PSG, Hugo Vandermersch à Caen, Aurélien Scheidler qui va aller à Dijon… Pour moi c’est une anomalie. Après, c’est vrai que pour les clubs c’est parfois compliqué de s’aligner sur le plan financier.

Comment l’USBCO et le Stade Portelois abordent cette double mission ?

A Boulogne, le choix a été fait de privilégier l’équipe première. Je respecte cette décision. Mais on ne peut pas avoir un projet avec l’équipe une et en même temps faire de la formation. Certains clubs arrivent à faire les deux, mais il faut pour cela avoir des moyens énormes. J’ai trouvé au Portel un club qui, par la force des choses, par l’expérience due au Covid, a su s’adapter. Les dirigeants ont pris une sage décision, ont cherché à être novateur sur le projet qu’ils mettront en place et prévoir ce qu’il se passera dans les années à venir.

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Quel est votre discours vis-à-vis des joueurs ?

On va leur dire que les résultats passent par eux. Car ce sont eux qui sont sur le terrain. On va leur dire aussi qu’on va essayer de les amener au plus haut niveau jeunes, pour leur permettre de développer au mieux leurs qualités. En fait, on va créer un contexte de réussite autour d’eux qui s’étend jusqu’en seniors, avec aussi bien la réserve que l’équipe première. L’ambition avec Vincent (Ehouman), c’est d’inclure trois, quatre voire cinq – et on ne se privera pas s’il y en a plus – U18 au sein de l’équipe fanion. En gros, on préfère passer par les jeunes avant d’aller chercher à l’extérieur. L’ambition c’est de former nos garçons et de leur prouver qu’on peut leur faire confiance. Mais cela ne passe pas juste par le fait de les intégrer dans les groupes de la A ou de la B. Ils doivent comprendre le message suivant : si tu es performant, on va te faire jouer et te tester en te donnant du temps de jeu. C’est le discours que l’on va avoir ces prochaines années. Le club doit devenir une solution naturelle pour les jeunes du secteur.

C’est-à-dire ?

Un joueur qui a de l’ambition doit pouvoir se dire : je vais aller au Portel parce qu’on va me donner ma chance. Après, c’est sûr, il faut bosser. Nous, derrière, il faut qu’on soit sérieux aussi. Plusieurs de nos jeunes quittent le Portel pour aller à l’USBCO. Je trouve, encore une fois, que c’est une anomalie. C’est une anomalie qu’une institution comme Boulogne tape 10 joueurs d’un autre club du secteur. Mais en même temps, je me dis que si 10 joueurs partent à Boulogne, c’est qu’il y a déjà un bon travail qui y est effectué. Désormais, à nous de nous défendre notre formation. A nous de montrer les dents, et de faire comprendre aux joueurs : ta place est ici.

 

 

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