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Guessouma Fofana (Le Mans) : « Mon objectif est de repartir là-haut »

26/03/2020 à 14:44

Guessouma Fofana a signé son premier contrat pro à l'âge de 23 ans à l'Amiens SC, quelques mois après une année complète sans jouer. Rencontre avec le milieu de terrain de 27 ans prêté cette saison au Mans FC par l'En Avant Guingamp. De son Havre natal à Boulogne-sur-Mer ou Lyon-Duchère, le frère de Gueïda Fofana a dû gravir les échelons un à un !

Guessouma, la première question que nous avons envie de vous poser est : comment allez-vous ?

Ça va, mais ce n’est pas facile avec la pandémie du coronavirus. Je suis rentré au Havre auprès de mes proches comme tous les footeux qui sont confinés.

Que faites-vous de vos journées en confinement ?

Pas grand-chose, je suis avec mes enfants, je m’occupe d’eux, on regarde la télé. Forcément, je m’entretiens physiquement pour préparer une éventuelle reprise. Mais aujourd’hui, on n’en sait pas plus. Je me prépare, avec les autorisations données, je vais courir quand je peux. On a reçu un programme par le club. Il faut s’adapter et on n’a pas d’autres choix que d’attendre.

« Nous étions sur une bonne spirale »

On vous imagine frustré, vous et vos coéquipiers, de voir la saison suspendue alors que vous étiez en pleine lutte pour votre maintien ?

Oui c’est clair, nous étions sur deux matches sans défaite dont une victoire à Guingamp. Nous étions sur une bonne spirale. Nous n’étions pas dans une position favorable au niveau du classement. Dans l’hypothèse que le championnat soit figé à cette 28ème journée, aujourd’hui on se pose des questions. Mais bon, la santé passe avant tout ! On comprend les décisions, on a tous des enfants, des familles. On veut être loin de cette maladie, on sait que ces décisions sont nécessaires et obligatoires pour reprendre un jour.

Vous avez fait votre formation au Havre AC, dans votre ville d’origine. Quels souvenirs gardez-vous de vos années en centre ?

Que des bons souvenirs ! Les années au centre de formation sont forcément les meilleures, on est jeune, on est tous ensemble, on est dans l’apprentissage, on est à l’école. Le centre de formation du Havre est réputé pour être très performant, ça m’a permis de franchir plusieurs caps. Etant dans ma ville, ça m’a permis aussi de rester proche de ma famille et de mes amis.

Pourquoi le centre de formation du HAC est-il si performant ?

Par le nombre de joueurs formés. Au Havre, on forme des hommes avant des joueurs. Et lorsque tu vas ailleurs, ça te semble plus facile. Ce n’est pas toujours simple au Havre car les dirigeants et les entraîneurs sont très stricts. On nous impose une charge de travail conséquente. Quand tu travailles dans le dur, quand tu arrives en pro, tu es prêt pour « aller à la guerre ».

« Je ne me voyais pas repartir sur une année de CFA »

Vous n’avez pas eu votre chance en équipe première au HAC, une déception ?

Oui et non. Le Havre voulait poursuivre avec moi car j’avais réalisé une très belle année en CFA sauf que le club ne souhaitait pas que je reprenne en pro. Je ne voulais pas reprendre avec l’équipe réserve, ça ne m’a pas enchanté, je voulais connaître autre chose. Je voulais franchir un palier. Une déception car on quitte le cocon familial et un club qui est dans notre cœur. Il a fallu chercher ce contrat ailleurs et c’est ce que j’ai fait.

Pourquoi le HAC ne vous a pas proposé de contrat pro ?

Aucune idée, ils estimaient peut-être que je n’avais pas encore le niveau. Je ne me voyais pas repartir sur une année de CFA, j’avais besoin de découvrir autre chose.

Qu’avez-vous appris de vos saisons à Boulogne-sur-Mer et Lyon Duchère ?

À Boulogne, je n’ai fait que 3 mois. Quitter le Havre a été compliqué, j’ai eu du mal à m’adapter et je n’ai pas une très bonne relation avec le coach Georges Tournay. J’ai décidé de prendre mes affaires et rentrer chez moi. Après, j’ai fait un an sans jouer. Je n’avais plus d’objectif footballistique. J’ai repris une licence à Lyon Duchère. En jouant sans me prendre la tête, j’ai repris goût et les sollicitations sont venues. J’ai beaucoup réfléchi avant de me relancer dans ce milieu. Les choses viennent toutes seules, l’appétit vient en mangeant comme on dit.

« L’expérience de Boulogne m’a un peu dégoutté du foot »

Pourquoi cette réflexion sur le football ?

Je n’ai pas eu de réelles mauvaises expériences. L’expérience de Boulogne m’a un peu dégoutté du foot, mais je savais que pour prétendre à quelque chose, il fallait repartir de ma ville du Havre. J’ai mis ma carrière en suspend pendant un an. Quand on m’a proposé cette licence à Lyon Duchère, je n’ai pas refusé car le foot me manquait quand même un peu. A Lyon Duchère, les choses sont reparties. J’ai commencé à être performant. J’ai réfléchi mais j’étais prêt mentalement à affronter le monde du football. J’ai reçu des propositions de Ligue 2. Mais en discutant avec mon frère, je me suis dit que ce n’était pas forcément la meilleure idée. Lorsque j’ai fait le grand saut la 1ère fois, ça s’est mal passé. Donc mon frère m’a dit de faire étape par étape et de prendre le niveau au-dessus, en National. Amiens a fait le forcing pour me faire venir avec un projet sur deux saisons et une remontée en Ligue 2. Nous sommes montés à chaque année.

Votre signature à Amiens a été un tournant dans votre carrière, c’est avec ce club que vous découvrez le monde professionnel en passant du National 1 à la Ligue 1… Racontez-nous vos années en Picardie ?

Je suis arrivé presque sur la pointe des pieds, j’étais dans la découverte. Les choses sont allées très vite, avec une grosse préparation. Je suis de suite propulsé titulaire, une petite blessure aux adducteurs va me ralentir un mois mais derrière, je fais une saison pleine. Et on monte en Ligue 2 sur la dernière journée contre Belfort, à domicile. L’année suivante, on monte en étant l’équipe qui va jouer le maintien. On fait un très gros début de saison, on s’installe en haut du tableau. Avec la confiance et la qualité des joueurs, on a réussi à être régulier et à être dans le peloton de tête jusqu’au sprint final. On monte en Ligue 1 à la 96ème minute. Sur le plan personnel, ça a été une très grosse saison. On avait hâte de connaître la Ligue 1.

Comment avez-vous vécu ces moments sur la pelouse ?

C’était un sentiment bizarre car on n’y croit pas trop. Après c’est ma plus belle sensation que j’ai connu depuis que je joue au foot. Il y a ce moment d’euphorie et après on réalise l’exploit, quelque chose de grand. Mais oui, sur le moment, c’est difficile de contenir ses émotions.

« Tanguy Ndombele est l’un de mes meilleurs amis »

Vous avez été en concurrence avec un certain Tanguy Ndombele. Comment ça s’est passé entre vous deux ?

On parle de concurrence, c’était un coéquipier ! C’est l’un de mes meilleurs amis aujourd’hui, une de mes plus belles rencontres dans le football. Il est arrivé sur la pointe des pieds mais il s’est fondu dans un collectif. Tous les joueurs ont brillé à travers ce collectif. Tangy a su montrer ses qualités sans surjouer, il a fait ce qu’il fallait. On avait une très bonne relation. On a joué au même poste, nous étions parfois associés sur le terrain. Ça toujours été une relation saine tout comme le groupe avec des objectifs communs.

Votre frère est aussi milieu de terrain. Qui est le plus fort de vous deux ? A-t-il eu une influence dans votre parcours ?

Lui forcément, je ne vais pas me mettre au-dessus de mon exemple ! Il a eu un parcours plus défini que le mien, il a été capitaine de toutes les sélections, il a joué son 1er match en n’étant pas majeur. Il a joué dans un grand club, l’Olympique Lyonnais. Lui a toujours été promis à cet avenir, il a beaucoup travaillé. Si aujourd’hui j’en suis là, c’est grâce à lui aussi. Dans les moments difficiles, où je voulais arrêter, il était toujours présent. A Lyon Duchère, c’est lui qui a contacté le coach pour me mettre à l’essai car il ne voulait que je reste au Havre à ne rien faire. Il a eu un rôle très déterminant dans ma réussite ! Il m’a un peu guidé, il me donne toujours des conseils et je les écoute attentivement.

Les bonnes performances aidant, on parle de vous outre-Manche avec Stoke City et Birmingham. Mais finalement vous restez en Picardie, pourquoi ?

Honnêtement je me pose la question. Il y a eu des sollicitations en France, à l’étranger. Je me suis posé la question de rester ou de partir. J’avais envie de découvrir le championnat de Ligue 1 avec Amiens. Il fallait aussi que le club s’y retrouve.

Vous avez connu une grave blessure (fracture du péroné) en 2017 qui vous a stoppé dans votre élan. Comment l’avez-vous vécu ?

Il faut s’adapter, mais ça n’est pas été évident lorsque vous êtes sur la pente ascendante. Je joue les deux premiers matches en Ligue 1 (contre Paris et Angers), je réalise un très bon début de saison, dans la lignée de mes derniers mois. Et le mardi suivant le match contre Angers, je connais cette grave blessure après l’entrainement. C’était ma 1ère grave blessure. Je n’ai pas été éloigné longtemps car j’ai fait en sorte de revenir le plus vite possible. Une épreuve compliquée ! C’est tombé aussi en même temps que la blessure de mon frère qui a stoppé sa carrière car il a tenté de revenir plusieurs fois sur 2 saisons et demie. On se pose beaucoup de questions à ce moment-là. Je connaissais mon temps d’arrêt, je savais ce qu’il fallait faire pour revenir. Aujourd’hui, j’ai la chance de pouvoir continuer à jouer. J’ai le meilleur exemple à la maison que tout peut s’arrêter. Je n’ai jamais songé à arrêter le football. Il faut être patient, on ne peut aller plus vite que la musique. J’étais déterminé à revenir sur les terrains.

« Il y a eu des approches de quelques clubs »

La reprise a été compliquée et vous êtes vendu à l’EA Guingamp pour 3 ans sans grande réussite. Pourquoi selon vous ?

La reprise a été compliquée fin novembre, début décembre mais j’ai enchaîné beaucoup de matches, il y a eu un contrecoup physique, normal. L’année suivante, je suis de nouveau titulaire, je joue régulièrement. Avant la fin du mercato estivale, l’EA Guingamp prend contacts avec moi et souhaite me faire venir. Je me suis posé la question d’aller voir ailleurs, j’avais tout connu avec Amiens. Je me suis dit que c’était le moment d’aller vers un nouveau projet et sortir de ma zone de confort. A Guingamp, j’avais pris un risque car l’équipe avait perdu ses quatre premiers matches. Pour moi, c’était un club stabilisé en Ligue 1 et partir là-bas était pour moi l’occasion de passer un cap. Je suis arrivé par l’intermédiaire d’Antoine Kombouaré. Ça s’est bien passé mais Antoine Kombouaré a été licencié et à l’arrivé de Jocelyn Gourvennec, j’ai moins joué voir plus joué du tout. Donc des mois très compliqués à vivre. Le club est descendu en Ligue 2, au début je me voyais rester mais mentalement, je savais qu’il fallait que je parte ailleurs pour reprendre du plaisir et retrouver mon niveau. J’ai fait le choix du Mans.

Vous êtes aujourd’hui prêté au Mans. Comment voyez-vous la suite ?

Je suis sous contrat avec Guingamp donc je rentre à la fin de saison. Mon objectif est de repartir là-haut. J’ai enchaîné beaucoup de matches et ça m’a permis de retrouver toutes mes sensations. J’espère bien finir la saison. Il y a eu des approches de quelques clubs. Avec la situation actuelle, je n’ai pas cherché à m’informer. On verra, il ne faut pas se laisser perturber.

Propos recueillis par Farid Rouas.

Crédit Photo : Le Mans FC

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