Portrait

Nicolas Chiummiento, des rings de boxe aux terrains de foot

29/04/2020 à 18:30

Il a beau avoir conquis le monde et l'Europe à plusieurs reprises, Nicolas Chiummiento n'a jamais perdu de vue son Calais natal. Déjà très impliqué dans la vie du quartier du Beau-Marais, ce boxeur aux multiples ceintures a étendu, un peu plus encore, son champ d'actions. Sportif professionnel, fonctionnaire de police, il intervient désormais dans le club du Calais-Beau-Marais, en tant que préparateur physique et mental. Portrait.

Depuis quelques mois, le grand rectangle vert est en quelques sortes devenu son nouveau ring. Quadruple champion du monde de boxe française en -85 kg, Nicolas Chiummiento s’est attaqué à un nouveau défi en intégrant l’univers du football amateur. Au club du Calais-Beau-Marais, d’où il est originaire, il intervient désormais en tant que préparateur physique et mental. « Nicolas habite dans le quartier et a toujours été lié au club. C’est un passionné de foot qui vient souvent au stade pour voir les matches. En plus de cela, c’est un très bon ami à moi. Depuis un certain temps, on discutait d’une possible collaboration. Elle s’est faite de fil en aiguille, tout naturellement », rembobine le président Ezzedine Kara.

Pour en revenir aux prémices de cette association, il a d’abord fallu, pour le champion de boxe, effectuer une première prise de contact avec les licenciés du club. Une sorte de round d’observation dirons-nous. « Je ne voulais pas arriver et leur dire : bon, je vous donne une séance, vous la respectez et c’est tout. J’ai voulu prendre le temps de les découvrir, rappelle celui qui est également fonctionnaire de police, passé au sein des rangs de la BAC et aujourd’hui instructeur-formateur aux techniques d’intervention et moniteur de tir. Au sein de ce quartier classé ZUP (zone urbaine de priorité, ndlr), chaque joueur – et chaque homme – a un parcours de vie et des expériences différentes. Je tenais à faire de l’individualisation avant de passer à des séances collectives. » C’est aussi ce que demandait son président : trouver une transversale entre le côté individuel et le collectif dans l’approche compétitive.

La transversale boxe – foot

Pour y parvenir, le double champion d’Europe s’est basé sur son expérience de boxeur. « Quand je monte sur le ring, je monte seul, mais je suis toujours entouré d’un staff, rappelle-t-il. C’est en cela que la boxe est le foot peuvent être connexes » – contrairement aux aprioris que l’on pourrait se faire. Et ces deux disciplines ne sont pas les seules à partager des valeurs communes. « Dans n’importe quel sport, il y a toujours des choses à aller piocher. L’objectif, c’est d’aller puiser ce qui nous intéresse pour développer de nouvelles qualités dans notre pratique », argumente le titulaire d’une licence pro en boxe anglaise et champion d’Europe en full contact. C’est d’ailleurs ce qu’il a fait il y a quelques années lorsque, dans le cadre de sa préparation, il a sollicité Delphine Ledoux, gymnaste ayant participé – et donc préparé – les Jeux Olympiques 2012.

Nicolas Chiummiento s’est confié auprès de Calaisis TV après son titre de champion du monde remporté en 2010.

Dès lors, avec le club du Calais-Beau-Marais, Nicolas Chiummento a pour mission d’apporter aux « jeunes » de l’équipe une, comme il aime les appeler, ce qu’il a appris et développé sur le ring. Cet aspect combatif, hargneux et, aussi, cette savante gestion de son propre métabolisme. « Sur le plan mental, il est prêt à aller au combat. Il a vraiment un très gros niveau. Physiquement, il sait se mettre dans le dur. Ses séances sont cadrées au millimètre et il connaît son corps sur le bout des doigts. Il sait déceler le point de rupture d’un sportif et est capable de le pousser au maximum. C’est une aubaine pour nous », apprécie Ezzedine Kara.

« Entraînement dur, combat facile »

Afin de prodiguer au mieux ses conseils, Chiummiento applique au football le leitmotiv qu’il utilise pour sa boxe : « entraînement dur, combat facile ». Et qu’importe le niveau de la division au sein de laquelle évolue l’équipe fanion (en R3 en l’occurrence), le boxeur de 27 ans tend à faire respecter à ses disciples l’esprit de compétition. « Je leur rappelle souvent que le résultat sera celui qu’il est. Mais que l’important est de se donner à fond et de ne pas avoir de regret », insiste-t-il.

Face à lui, pas d’adversaire comme il en a l’habitude, mais de jeunes hommes, toujours ouverts aux critiques et à l’écoute des conseils prodigués par ce quadruple champion du monde. « C’est le message que j’essaye de faire passer : être à l’écoute et accepter les critiques nous permet d’avancer. Je pars du principe qu’il n’y aura jamais de combat parfait, comme il n’y aura jamais de match parfait », tempère-t-il. Et la méthode Chiummiento semble fonctionner, puisque des retours qu’il a de son président, et de ce qu’il voit dans les vestiaires, « les joueurs sont toujours concentrés, toujours d’accord avec les propos exprimés » par le boxeur. « C’est forcément une bonne chose, mais j’aimerais quand même un peu de contradiction de temps en temps. Que les joueurs formulent des critiques », ajoute le Calaisien.

Aujourd’hui, alors que tous les championnats de football sont arrêtés, Ezzedine Kara et Nicolas Chiummiento ne manquent pas de nouveaux projets. Établir avec les catégories jeunes l’approche physique et mentale qui est faite avec les seniors en fait partie. « Cette intervention ne tiendra pas compte de la dimension « compétitivité », mais sera davantage axée sur une vision d’entraide, de soutien », précise le jeune homme de 32 ans, titulaire d’un brevet d’Etat d’éducateur sportif. Pour Nicolas Chiummiento, c’est donc un nouveau terrain sur lequel il va pouvoir exercer. Encore un.

Harry Hozé