Interview

Florent Balmont : « On ne pense jamais durer aussi longtemps ! »

18/06/2020 à 16:55

La carrière de Florent Balmont (40 ans) pourrait se résumer en un mot : longévité. Lyon, Toulouse, Nice, Lille, Dijon : l'ex-milieu de terrain sort de 18 saisons consécutives en Ligue 1 ! Pour Actufoot, celui qui a connu l'équipe de France chez les Espoirs revient sur son parcours après avoir raccroché les crampons il y a quelques semaines.

Florent, 615 matches chez les professionnels, 20 ans de carrière en pro… Tout ça donne un peu le vertige non ?

Le vertige je ne sais pas, mais je suis content de ma carrière. Il y a 18 ans, je n’aurais pas cru durer autant, faire autant de matches en Ligue 1 et d’avoir pu en profiter un maximum.

Vous ne pensiez pas durer si longtemps ?

Ah non, on ne pense jamais durer aussi longtemps ! Quand on passe la barre des 30 ans, en France, il y a un peu plus un blocage sur les anciens. Et moi, j’ai toujours dit qu’il était important d’avoir des joueurs d’expérience avec un certain âge. Je ne me voyais pas aller jusqu’à 40 ans, ça c’est sûr ! J’en ai profité et mon corps ne m’a pas dit stop avant. Je connais des potes qui ont été obligés d’arrêter avant. Moi j’ai eu la chance de pouvoir aller jusqu’à 40 ans.

« Je n’ai pas de secret en particulier »

Comment expliquez-vous cette longévité ?

On me la pose souvent cette question, mais je n’ai pas de secret en particulier. J’ai trouvé le juste milieu par rapport au soutien familial que j’ai depuis longtemps avec ma femme, mes enfants, ma famille proche et mes amis proches. J’ai eu de bons moments pour déconnecter, nous sommes professionnels et il faut faire attention à beaucoup de choses. Mais il faut aussi profiter de la vie et quand il le faut bien manger, boire un verre de vin. Il ne faut pas faire trop d’excès quand même mais il faut en faire avec la pression des résultats.

Pourquoi cette décision de raccrocher les crampons cette saison ?

Je m’étais vraiment fixé cette échéance. Quand on passe la barre des 40 ans c’est le moment d’arrêter, même si physiquement et mentalement ça allait bien. Quand on commence à ne plus être dans le groupe même si nous en sommes encore capables, c’est peut-être le moment de raccrocher. Je l’ai un peu compris cette année. Je m’étais préparé à cette décision. Il y a deux années quand je me suis blessé, je ne voulais pas m’arrêter sur une blessure. J’ai tout fait pour revenir. Tous les objectifs que je m’étais donné dans ma tête, j’ai réussi à les atteindre.

La forte probabilité de ne pas pouvoir rejouer à cause du covid-19 ne vous a pas freiné au moment de votre annonce ?

Non. C’est sûr, j’aurais voulu terminer sur le terrain et jouer un dernier match, avec ma famille et mes amis proches dans les tribunes. Maintenant, j’aurais le temps de faire un jubilé par la suite, il n’y a pas de regrets sur ça. Avec la crise actuelle, il faut prendre du recul. Nous sommes en bonne santé, c’est le plus important.

Vous avez commencé le football à Ozons au poste d’attaquant, qu’est-ce qui vous empêché de devenir un très grand buteur ?

C’est toujours pareil, quand on est gamin on commence souvent à un poste et on change une fois adolescent. J’en connais pas mal qui ont commencé gardien avant de terminer attaquant. Moi, j’ai commencé attaquant et à l’âge de 13-14 ans, on m’a placé milieu de terrain et à partir de là je n’ai plus bougé.

« J’ai pu profiter du monde amateur »

Après avoir joué à Cascol de 12 à 17 ans, vous rejoignez l’OL un peu sur le « tard », comment expliquez-vous ne pas avoir intégré un centre de formation plus tôt ?

Tout simplement parce que mon père n’a pas voulu. Lyon était venu plusieurs fois à la charge et mon père a toujours refusé. Je le remercie encore parce que j’ai pu profiter du monde amateur, m’amuser avec les potes. Et quand je suis rentré à Lyon, dans un club pro, il a fallu se battre pour sa place, on rentre dans une compétition serrée. J’étais armé pour ça, j’ai eu la chance de monter les échelons.

Quel a été votre moment le plus fort à Lyon : la victoire en Gambardella ou votre premier match en pro ?

La victoire en Gambardella est un très bon souvenir, un premier trophée. Il n’y en a pas beaucoup qui la remporte, c’est une compétition très difficile et j’ai eu la chance de la gagner avec une bande de potes. Quand j’ai signé pro, c’était une récompense pour moi, pour ma famille, de signer dans un club formateur. Ce sont des moments importants du début de ma carrière.

Avez-vous pour regret de ne pas vous être imposé à l’OL ?

Non, non pas de regrets. J’étais dans la période où il était compliqué d’y percer car c’était une équipe de top niveau européen, il était très difficile d’y gagner sa place. Mais j’ai énormément appris grâce à de très bons joueurs. C’était le moment de partir aussi du club pour jouer et pour m’éclater de mon côté.

Avec qui avez-vous le plus noué de relations dans le vestiaire ?

À cette époque-là, il y avait beaucoup d’anciens. J’ai traîné avec les jeunes : Sidney Govou, Rémi Vercoutre, Peguy Luyindula, mais aussi avec les anciens Christophe Delmotte, Florent Laville, de très bons gars que j’ai beaucoup apprécié. Le groupe était de qualité avec du respect.

« L’OGC Nice ? Que du bonheur… »

Que retenez-vous de vos quatre saisons à l’OGC Nice ?

Que du bonheur, 4 années magnifiques avec les supporters, le stade du Ray. J’ai pu faire une finale de la Coupe de la Ligue même si j’ai un petit regret. On a pu faire plaisir aux supporters qui étaient 30 000 au Stade de France. On a fait deux saisons dans les 10 premiers au classement et une année à jouer le maintien.

Lille (2008-2016), où vous réalisez le doublé coupe-championnat en 2011, jouez la C1 et la C3, était une suite logique au vu de votre progression ?

J’ai senti que le club montait en puissance. Pour moi, c’était une très grosse progression d’aller à Lille et tout de suite, je m’en suis rendu compte. Une très grosse équipe, de grands joueurs, on a eu des résultats au fil des années. J’ai connu la coupe d’Europe, avec un groupe de pote sensationnels, des supporters énormes. 8 ans…que de très bons souvenirs !

Eden Hazard peut-il devenir l’un des plus grands joueurs du monde ?

J’ai toujours dit que c’était un joueur exceptionnel, à Chelsea il a fait de supers choses. Mais pour gagner le ballon d’or, il devait partir de Chelsea au Real Madrid. L’année dernière, il a eu pas mal de soucis physique, ce qui l’a freiné dans sa progression. L’année prochaine, je suis sûr qu’il va faire une grosse saison et il n’en sera pas loin.

Dijon (2016-2020) était le club idéal pour terminer votre carrière ?

Franchement oui. Quand vous êtes à Lille et que l’on vous fait comprendre qu’il faut partir, Dijon est arrivé. J’étais persuadé que c’était le bon choix. Je ne m’en suis pas voulu et j’y suis resté 4 ans. J’ai pu aider le club à rester en Ligue 1 pour la 5ème année d’affilée. C’est une fierté car ce n’était pas gagné surtout pour un club de Ligue 2 qui monte en Ligue 1. Une belle évolution du club et très content d’être parti là-bas.

florent balmont

La Ligue 1 est un championnat plutôt décrié (le jeu, le manque d’ambition des équipes…), pourtant vous lui êtes toujours resté fidèle… Comprenez-vous ces critiques ?

On est toujours dans la critique, c’est toujours la même chose en France, on a un problème de ce côté-là. En France, il peut y avoir des matches chiants mais comme dans tous les championnats. En Ligue 1, on va avoir de très bons matches, de la qualité de jeu. C’est partout pareil. Les joueurs qui sont arrivés à Paris, à Monaco ont fait du bien au championnat, ce n’est qu’un plus pour le championnat français.

Quel coach vous a le plus marqué et/ou vous a le plus influencé dans votre parcours ?

Tous les entraîneurs que j’ai eu m’ont apporté quelque chose, mais celui que j’ai bien aimé, je ne m’en suis pas caché, c’est René Girard. Peut-être que son jeu était un peu le même que le mien, j’ai appris à le connaître, ça s’est très bien passé comme avec tout le monde.

« Il faut laisser aux jeunes le temps de s’aguerrir »

De vos débuts à aujourd’hui, pensez-vous que le football a changé ?

Il a changé. Aujourd’hui, la valeur marchande d’un joueur n’est plus la même. Les jeunes sont montés un peu plus vite, il y a plus de business dans le football. On va me faire passer pour l’ancien mais je le dis souvent, il faut laisser aux jeunes le temps de s’aguerrir. Aujourd’hui, au bout de 10 matches, le joueur est déjà considéré comme le meilleur d’Europe.

Vous voir prolonger le plaisir en foot amateur la saison prochaine est-ce une possibilité ?

J’irais m’entretenir à l’entraînement, ça c’est sûr mais pas jouer dans un club amateur en compétition.

Propos recueillis par Farid Rouas.

Crédits Photos : DFCO / Vincent Poyer