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Sébastien Cadeilhan « Au Canada, être entraîneur est un vrai métier ! »

06/06/2018 à 18:34

Sébastien Cadeilhan (23 ans), latéral formé au Montpellier HSC et passé par le Canet Roussillon FC et l'AS Lattes, joue et entraîne aujourd'hui pour le club canadien de l'AS Blainville (PSLQ). Le jeune passionné de football exerce aussi un rôle dans l'école de foot de l'Impact Montréal. Pour Actufoot, il se livre sur sa nouvelle vie au grand nord blanc.

Sébastien, où et à quel âge avez-vous commencé le foot ? Quel souvenir en gardez-vous ?

J’ai commencé à 7 ans à l’AS Lattes. J’ai eu une très bonne pré-formation là-bas. J’ai été bien formé par mon père d’abord puis j’ai eu de bons entraîneurs au club. Mon meilleur souvenir reste la Coupe de l’Hérault qu’on avait gagné en Poussins en 2005. A cette époque, je voulais déjà devenir pro et ça s’est accentué quand je suis parti au centre de formation de Montpellier.

Comme vous venez de le dire, vous avez fait le centre de formation du Montpellier HSC. Comment était la qualité de ce centre de formation ? Qu’avez-vous appris ?

Ça m’a forgé un gros mental car ce n’est pas facile d’aller là-bas quand on est jeune. La formation était top. Après, ce n’est pas forcément nous qui décidons si on poursuit l’aventure ou pas, mais ça reste une belle expérience…

Pourquoi n’avez-vous pas été conservé au club ? Avez-vous des regrets ?

J’étais en 1ere année de 17 ans. J’ai fait pas mal de matchs surclassé en 17 ans Nationaux. Mais en fin de saison ils ont trouvé que je n’avais pas une âme de défenseur et ont décidé de ne pas continuer avec moi. Sur le coup, ça a été assez dur à encaisser mais avec le recul je me dis que ça m’a permis de vivre plein de belles choses. Grâce à ça, j’ai fait une dernière année de terminal plus stable en étudiant dans un vrai lycée et non au centre de formation.

Ensuite, vous partez au Perpignan Canet FC (aujourd’hui Canet Roussillon FC), comment s’est passée l’aventure ?

C’était l’une de mes meilleures années niveau foot. On avait un super groupe et le club avait une super organisation. On avait réussi à se maintenir en U17 Nationaux en finissant 9e avec que des clubs pros dans la poule. C’était une super expérience.

Puis, en 2012, vous revenez à l’AS Lattes, votre club des débuts…

J’ai eu mon bac à Perpignan et du coup j’ai intégré l’université de Montpellier. Je suis donc revenu à Lattes. J’ai intégré les U19 Nationaux puis je suis monté avec la R1. J’y suis resté jusqu’à l’année dernière. Le bilan a été positif car j’étais à l’université, j’ai pu passer mes diplômes d’entraîneur et car j’ai commencé ma formation de coach au club. En R1, on avait un super groupe et c’était donc intéressant mais ça a beaucoup changé au fil du temps. L’année dernière, l’ambiance s’est dégradée… C’était plus compliqué… Il devait y avoir un changement d’entraîneur mais ça ne s’est pas fait, il y a eu pas mal de nouvelles arrivées, bref c’était difficile. On a fait une belle saison quand même mais je me suis dit que c’était le moment pour moi de changer d’air.

A l’AS Lattes, vous étiez entraîneur mais aussi joueur. Comment on gère cette double fonction ?

Oui j’étais aussi entraîneur des U11 (1). C’est beaucoup de temps personnel à prendre, on met de coté tout le reste. Le weekend, tu as le match avec les petits puis toi tu as ton match aussi. Ça prend beaucoup de temps mais quand on aime ça ce n’est pas gênant.

Depuis Janvier 2018, vous vous êtes installé au Canada car vous avez signé pour le club de l’AS Blainville ? Pouvez-vous nous expliquer votre choix ?

J’avais fortement envie de partir de France pour avoir une expérience à l’étranger dans le foot et vivre de ma passion car c’est mon objectif depuis tout petit. J’ai commencé à me renseigner sur les opportunités à l’étranger et j’ai vu qu’au Canada on pouvait avoir un visa de travail ouvert de deux ans (Visa Vacances Travail). J’ai contacté les clubs de la ligue semi-pro du Québec et un club m’a répondu : l’AS Blainville. J’ai voulu tenter l’aventure et ça se passe vraiment bien.

Pouvez-vous nous parler de ce club ? Que représente-il au Canada ?

C’est un club qui était déjà là mais qui commence à bien se structure depuis une dizaine d’années. Il a gravi tous les échelons pour devenir l’un des clubs majeurs du Québec. Ils ont autant de licenciés en garçons qu’en filles. L’équipe fanion joue dans un niveau équivalent à la division 3 américaine. Il y a la MLS, la NSL, plusieurs ligues semi-pro comme la PLSQ, et quelques unes en dessous.

Comment est le jeu là-bas ?

C’est assez physique mais très bon techniquement, du moins à Blainville. Tactiquement, c’est moins bon qu’en France mais il y a déjà de bonnes bases.

Que pensent-ils des français qui viennent s’installer là-bas ? Est-ce que le club leur demande des conseils ?

Ils sont contents que ça puisse commencer à s’ouvrir. S’il n’y a que des joueurs canadiens, c’est difficile de se développer. Les étrangers qui viennent, ils le prennent assez bien. Bien sûr, ils demandent des conseils aux Français sur le développement et sur la technique pure mais sinon c’est encore mieux structuré qu’en France.

Vous avez là-bas aussi une double casquette d’entraîneur-joueur. Ça fonctionne pareil qu’en France ?

Entrainer et jouer permet de vivre du foot et de ne pas avoir besoin de travailler à côté. Les entraînements ont le même fonctionnement. Ce qui change, c’est la rémunération. Au Canada, on est obligé d’être déclaré, c’est un vrai travail ! On ne reçoit pas des chèques à la fin du mois où on ne sait pas combien on va toucher… Là-bas, c’est officiel !

Vous avez aussi pu intégrer l’Impact de Montréal dans les écoles de soccer. Pouvez-vous nous expliquer votre mission au sein de ce grand club canadien ?

C’est un programme qu’ils ont mis en place pour détecter les futurs joueurs potentiels de leur académie. Ils font des camps de perfectionnement et de progression pour les jeunes aux alentours de Montréal. Il y a quelques entraîneurs présents, on regarde les jeunes et on leur propose des entraînements de qualité. Cela permet au club de l’Impact de Montréal d’avoir un œil sur une grande population de jeunes joueurs.

Rémi Garde est l’entraîneur de l’Impact Montréal qui joue en MLS. L’avez-vous déjà rencontré ? Est-ce un modèle pour vous ?

Je ne l’ai pas croisé mais ce qu’il a fait avec Lyon était assez intéressant. Il a relancé une jeune génération de joueurs. Les gens là-bas lui donnent assez peu de crédit. Il est un peu critiqué mais si les résultats reviennent il n’y a pas de raison que sa côte de popularité remonte.

Avez-vous rencontré d’autres français dans les clubs canadiens où vous exercez ?

Il y a deux français qui sont dans l’équipe à Blainville. Un y est depuis une dizaine d’années, l’autre depuis 8 ans. Ils ont commencé en apprenant à Blainville et ont décidé de s’installer définitivement ici car ils s’y plaisent bien.

Est-ce qu’il y a des choses qui vous ont surpris en arrivant au Canada ?

Ce qui m’a surpris, c’est la différence dans la nourriture. Les produits ne sont pas vraiment les mêmes. Il n’y a pas de fromage et pas de charcuterie, ce n’est pas sain quand on est sportif mais ça manque quand même. Il faut s’adapter ! Il y a aussi le climat… Le premier hiver a été dur avec des températures qui ont atteint les -30°. Mais les beaux jours sont revenus et c’est vraiment un beau pays ! En hiver, les entraînements se déroulent à l’intérieur, il y a pas mal de terrains couverts et la vie ne s’arrête pas.

Comment est l’ambiance dans les stades là-bas ?

Ils mettent des gros moyens dans la communication pour attirer un max de personnes. L’ambiance est bonne mais on n’a pas un grand stade non plus. Blainville a terminé vainqueur de la Première Ligue de soccer du Québec (PLSQ) et représente donc le Québec cette saison dans le championnat canadien. Ce weekend il y aura le premier match de ce championnat devant 2000 personnes.

Quel est votre objectif personnel au Canada ?

Je veux voir, passer ma 1ère saison pour me faire une idée et je verrai par la suite. L’objectif était de vivre du foot et donc l’objectif est réussi. On verra ce qu’il se passe après…

Vous voyez-vous revenir en France un jour ?

Je ne sais pas encore, j’ai du mal à me faire une idée. Béziers est monté en Ligue 2 et s’ils m’appellent alors j’irai ! (rires) On ne sait jamais, on peut toujours rêver !

Que peut-on vous souhaiter pour la suite ?

De la réussite dans le champion de PLSQ, dans le championnat canadien, prendre du plaisir avec les équipes que j’entraîne et dans ma vie au Canada. Après, ce sera que du bonheur !

Propos recueillis par Keevin Hernandez