Interview

Ahmed Aït Ouarab : « C’est là que le football dépasse les limites du sport »

23/11/2018 à 16:29

L'ancien entraîneur adjoint de Lyon-Duchère AS est depuis quelques mois le sélectionneur adjoint de la Mauritanie, au côté de l'ex professionnel Corentin Martins. Pour Actufoot, il revient sur son arrivée auprès de la 104e nation FIFA, ses missions au quotidien, et bien entendu, la première qualification historique du pays pour la CAN 2019, au Cameroun, en juin prochain.

Ahmed, quels sont vos ressentis après cette qualification historique pour la CAN 2018 ?

Il y a deux sentiments. Le premier, c’est une grande fierté d’avoir pu participer, contribuer à cet événement historique pour la Mauritanie. Et en même temps, beaucoup d’émotions. Car sans être Mauritanien, on ressent beaucoup de choses. Donc j’imagine que pour eux, c’est quelque chose d’extraordinaire.

Comment qualifier l’engouement du peuple mourabitoune autour de cet événement unique ?

C’est la fierté d’un pays. La Mauritanie est en plein développement, elle a connu quelques difficultés il y a une dizaine d’années. Aujourd’hui, c’est un pays qui se redresse, où tout est à reconstruire et à créer. C’est là que le football dépasse les limites du sport, car cela entraîne et uni le pays pour son développement.

La Mauritanie est classée 104e nation au classement FIFA. Vous remportez quatre de vos cinq rencontres pour vous qualifier. C’est un parcours autant surprenant qu’exceptionnel ? 

Tout à fait. Pour remettre les choses dans son contexte, on est arrivé au début de cette aventure des qualifications avec David Klein, l’entraîneur des gardiens. Mais je salue le travail de Corentin Martins, qui est l’entraîneur/sélectionneur en place depuis quatre ans, le travail de Ahmed Yahya, président de la Fédération et celui de Moustapha Sall, adjoint également et présent depuis quatre ans auprès du staff. Je veux rendre hommage à ces personnes là pour leur travail.

Quelles sont les clés de la réussite de la sélection cette année ?

Je crois que c’est ce qu’il manque à pas mal de pays africains. De l’organisation, de la compétence et de la passion. Le président est un homme rigoureux, travailleur et passionné. Quand on est honnête et travailleur, le travail paie.

Qu’est ce qui vous avait poussé à relever ce challenge à l’époque ?

L’histoire est assez sympathique. Je crois toujours au fait de donner avant de recevoir. A l’issue de mon histoire avec La Duchère, pendant la période estivale, Pascal Bollini (directeur UNFP FC) me contacte pour accompagner Serge Romano sur le stage UNFP pendant vingt jours. Serge part pour prendre le poste de sélectionneur adjoint de l’Algérie et Corentin Martins cherchait un adjoint pour la Mauritanie. Les deux, trois connaissances qu’il avait étaient déjà en poste. Corentin a demandé à Pascal Bollini s’il connaissait quelqu’un. Le fait d’avoir été à ses côtés pendant vingt jours, qui plus est de manière bénévole, fait qu’il a soufflé mon nom. Ensuite, le sélectionneur m’a appelé et ça s’est fait assez rapidement !

C’était le destin ?

Oui, bien sûr ! Parce que quand je quitte La Duchère, je me suis un peu jeté sans filet. Je n’avais pas encore connaissance de ces offres là, même si j’étais assez confiant sur mon parcours. Je suis quelqu’un de travailleur, compétent et fiable. Je crois vraiment que c’est le mot. Du coup, quand les gens apprennent à me connaître, généralement, ça se passe bien !

Quelles sont vos missions en tant que sélectionneur adjoint ? 

Premièrement, c’est le rôle basique d’entraîneur adjoint à savoir l’animation des séances, la gestion du groupe, les relations individuelles avec les joueurs. On est aussi sur différents stages, la programmation technique des entraînements. En dehors de ça, on travaille également sur de l’analyse vidéo, l’observation de l’adversaire, celui de notre jeu. Le dernier volet, c’est la supervision de matches et de joueurs potentiellement sélectionnables.

Cela représente quelle charge de travail ?

C’est beaucoup de boulot quand la période internationale arrive. C’est très intense. Après, comme on est sur des dates FIFA bien espacées, cela diminue la charge quand on n’est pas en stage ou proche des rassemblements. Là, par exemple, le prochain rassemblement est en mars. Je vais avoir un petit boulot de rapport du dernier stage, un travail de vidéo du dernier match. Jusqu’à mars, cela me laisse du temps.

Il vous reste un dernier match de qualification officiel à disputer. Ce n’est que du plaisir désormais ?

J’ai envie de dire que certes, l’objectif est atteint, mais le foot est heureusement et malheureusement, un sport où on n’a pas la mémoire longue. On dit que l’appétit vient en mangeant. Forcément, les gens vont attendre qu’on fasse une performance au moins correcte au niveau de la CAN. Si c’est pour y aller et être ridicule, ce serait dommage. Du coup, les gens vont monter leur niveau d’exigence vis à vis de notre dernier match. Donc ce dernier rendez-vous, c’est du plaisir, oui, car il y a moins d’enjeu, mais on va déjà être tourné vers la préparation de la CAN.

 Comment allez vous préparer les prochains mois jusqu’à la compétition au Cameroun en juin prochain ?

Inconsciemment, cette aventure créée des liens avec le groupe. Je pense que pour ma part, c’est d’avoir un suivi un peu plus attentif des joueurs dans les clubs, et d’attirer leur intention sur le fait qu’ils doivent bien bosser jusqu’au mois de juin. Un suivi un peu plus amical auprès des joueurs, en fait.

C’est compliqué devoir les matches de tous les joueurs. Pour certains, moins médiatisés, on imagine que la tâche est rude.

Certains joueurs jouent dans des championnats connus donc c’est assez simple de regarder les matches. On travaille avec la plateforme WyScout pour les visionner. Il y en d’autres qui évoluent dans des pays un peu moins renommés et c’est en effet moins facile d’avoir les images. Quand c’est en France, ça va. On a notre réseau qui nous permet d’avoir des infos, plus le suivi des médias qui permet de nous aider pour le cas d’un joueur amateur, par exemple. Après, il ne faut pas croire non plus qu’on regarde tous les matches ! Pour notre cas, des joueurs mauritaniens, il n’y en a pas des millions. Donc forcément, on risque de retrouver 80 voire 85% des mêmes joueurs à chaque rassemblement. On a deux, trois noms qu’on suit et qu’on va essayer de convaincre de nous rejoindre. Les autres, on les connait, ils ne vont pas régresser d’un coup en six mois.

L'info en +
Le dernier match qualificatif des Mourabitounes se disputera le 22 mars prochain contre le Burkina Faso !

 

Crédit photo : FFRIM